‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 31 sur 105 · LA RENTREE AUX TLILERIES · texte numérisé non relu

LA RENTREE AUX TLILERIES

expressif, confondent, dans cet embrassement, et leur profond désespoir, et la vive et mutuelle estime dont ils sont pénétrés l'un pour Tautre. Ce naïf récit ne rappelle-t-il pas les vieilles légendes du moven à^e ?

Cependant, l'Assemblée avait rendu, dès le matin, un décret dont le premier article était ainsi conçu : < Aussitôt que le roi sera arrivé au château des Tuileries, il lui sera donné provisoirement une i^arde qui, sous les ordres du commandant £,^énéral de la garde parisienne, veillera à sa sûreté et répondra de sa personne. > D'autres articles avaient décrété de même une garde particulière pour l'héritier présomptif de la couronne et une pour la reine. L'Assemblée ordonnait en outre que tous ceux qui avaient accompagné la famille royale dans sa fuite seraient mis en état d'arrestation et interrogés. Le roi était provisoirement suspendu des fonctions de la royauté, et le ministre de l'intérieur avait ordre de faire publier à linstant même le décret à son de trompe dans tous les quartiers de la capitale.

La nuit est venue. Les fugitifs sont sous le coup d'une sorte d'hallucination. Leurs oreilles sont encore assourdies par les clameurs qui retentissent constamment depuis quatre jours. Brisés par les fatigues et par les émotions de tout genre, ils vont enfin essayer de se reposer. Mais le repos qu'ils prendront est un repos rempli d'angoisses. S'il est vivant comme homme, Louis XVI est mort comme roi. On lui promet qu'il ressuscitera. Mais à quel prix, et quelle sera-t-elle cette vie précaire qu'on lui rendra comme par grâce, en galvanisant son pouvoir royal : Il n'ose plus ni parler ni agir. C'est à peine s'il ose respirer. On lui ferait un crime d'un soupir. Une larme serait sa condamnation. Il faut que, jour et nuit, il entende, sans se plaindre, les paroles obscènes ou cruelles qui se débitent jusque sous ses fenêtres. Le jardin des Tuileries n'est plus qu'un camp révolutionnaire, où crient les colporteurs de journaux et de pamphlets, où s'agitent les conspirateurs, où s'aiguise peu à peu le couperet régicide. Ce beau jardin, jadis si paisible, cet ancien rendez-vous de la mode et de Télé-

gance, est devenu, tout autant que celui du Palais-Royal, une arène d'anarchie et de désordre. Tout à cote, sur l'emplacement des futures rues de Rivoli et de (^astiglione, est la salle du Manège où l'Assemblée nationale, héritière des droits de la couronne, tient ses assises en souveraine. (Te^t dans l'étroit espace entre la place du (Carrousel et la salle du Manège que se débat la royauté, qui agonise douloureusement. Le palais et le jardin, les ruelles qui les bornent au levant, la place qui les borne au couchant, tout est funeste, tout respire la discorde et la rébellion. On dirait que des voix menaçantes sortent de chaque pierre, de chaque arbre. 11 y a dans l'atmosphère quelque chose de fatal. Catherine de Médicis avait bien raison de se défier des Tuileries comme d'un séjour voué par avance aux catastroj^ics. Dans ce palai^. où, pour mieux dire dans cette prison, l'héritier de saint Louis, de Henri IV et de Louis XIV n'est plus un roi : c'est un otage.

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