LE DUC D'ORLÉANS EN
de prise sur un prince qui serait resté fidèle à une femme telle que la duchesse d'Orléans.
Engagé, presque malgré lui, dans le tourbillon démagogique, le duc voudra parfois s'arrêter. Une voix secrète lui criera: Marche ! Il essayera en vain de prendre des précautions contre ses propres entraînements. Partout la fatalité le poursuivra. Au commencement de 1792 il voudra, comme ses fils, les ducs de Chartres et de Montpensier, se réfugier à l'armée, asile du patriotisme et de l'honneur. Mais à peine s'y sera-î-il rendu qu'on lui refusera l'autorisation d'y rester. Alors il demandera un commandement dans la marine. Le navire sur lequel il voudrait s'embarquer ne reviendra en France qu'à la lin de l'année 17^3. Supposons que la demande du prince eût été accueillie, il n'aurait été ni conventionnel, ni régicide. Mais sa mauvaise étoile le retiendra dans ce Paris funeste, où se dresseront l'échafaud de son roi et le sien. On eût dit qu'une force mystérieuse le poussait vers l'abîme. Ce n'est pour ainsi dire que par raccroc qu'il sera élu membre de cette Convention, où il doit jouer un si triste rôle. Les vin2ttrois premiers députés Je Paris étaient nommés le 18 septembre 1792. Il ne restait plus à élire que le vingt-quatrième. Ce sera le duc d'Orléans. Il n'aura que la stricte majorité absolue. Une voix de moins, il ne serait pas nomme, et sa mémoire n'aurait pas une tache ineffaçable.
C'est le moment où il demandera à mistress Elliot si elle le croit assez coupable pour parcourir les rues de Paris sans se sentir malheureux. Alors, elle le suppliera < de sortir des mains detous les êtres vils qui l'entourent, et de ne pas laisser des misérables se servir de son nom pour commettre des actes aussi horribles >. Le prince répondra : « Cela paraît facile à faire danr. votre salon ; je voudrais bien que cela fût aussi facile en réalité; mais je suis dans le torrent, et me trouve oblige de le suivre. Je ne suis plus maître ni de moi, ni de mon nom. »
Citons, à ce propos, une page d'un livre de M. Granier de Cassagnac : VHistuire des causes de la Rcj-uluti'iiî française.
MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES
Ne s'appliquent-elles pas aux princes et aux souverains, aux démagogues el aux tribuns, ces paroles sur les hommes qui font un pacte avec le génie des factions, et qui se donnent à lui en échange de la domination et de la renommée - < On les voit briser les lois, courber les sceptres, et changer les dynasties ; ils peuvent soulever les nations, ébranler les armées, incendier les villes ; ils peuvent emplir leurs coffres de millions, leurs palais de statues, et leurs boudoirs de femmes; il n'y a qu'une seule chose qu'ils ne puissent jamais, c'e^t se dérober à la puissance du principe qu'ils ont pris pour guide et pour maître. Ils sont enchaînés aux ruines qu'ils ont faites comme I^romethee à son rocher. Eux seuls, dans Thumanité tout entière, ne peuvent être ni justes, ni modérés, ni cléments ; eux seuls ne peuvent ni s'aliliger des malheurs, ni se repentir des fautes. Ainsi le veiU le pacte insensé dans lequel leur orgueil a livré la raison, la conscience, la vertu contre l'empire que donnent les multitudes égarées, et qui fait du pouvoir des révolutions la plus implacable
et la plus abrutissante des servitudes (^u"un mouvement
fugitif de révolte ou de dégoût contre ce joug fatal vienne à poindre dans leur pensée, la terre s'ouvre aussitôt, et les dévore. Tels sont les hommes révolutionnaires. > Tel fut le duc d'Orléans. Comme Samson, il ébranla les colonnes d'un édifice séculaire. L'édifice s'écroula; mais ses décombres écrasèrent du même coup les ennemis du duc et le duc lui-même.