‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 39 sur 105 · RETOUR DE' LA PRINXESSE DE LAMBALLE AUX TUILERIES · texte numérisé non relu

RETOUR DE' LA PRINXESSE DE LAMBALLE AUX TUILERIES

l'effet de la Constitution. Adieu, ma chère Lamballe, croyez que ma tendre amitié pour vous ne cessera qu'avec ma vie. > M"" de Lamballe n'en accourut pas moins au poste du danger. Au moment même où elle venait de toucher le sol de France, la reine lui écrivit: < Non, je vous le répète, ma chère Lamballe, ne revenez pas en ce moment ; mon amitié pour vous est trop alarmée ; les affaires ne paraissent pas prendre une meilleure tournure, malgré l'acceptation de la (Constitution sur laquelle je comptais. Restez auprès du bon NL de Penthièvre, qui a tant besoin de vos soins... Dieu veuille que le temps ramène les esprits ; mais les méchants répandent tant de calomnies atroces que je compte plus sur mon courage que sur les événements. Adieu donc, ma chère Lamballe. Sachez bien que de près comme de loin, je vous aime, et suis sûre de votre amitié. > Kn vain Marie- Antoinette avait supplié la princesse de ne pas venir se jeter dans la gueule du tigre. Plus grand était le péril, plus enthousiaste fut l'empressement à le braver. Arrivée près de son beau-père, à Anet, le 14 novembre 1791, M"" de Lamballe en repartait le 18, et se rendait directement à Paris. Le duc de Penthièvre dit alors: « Je loue fort l'attachement de ma belle-fille pour la reine ; elle a fait un bien grand sacrifice de revenir auprès d'elle. Je tremble qu'elle n'en soii victime. »

La princesse de Lamballe avait d'autant plus de mérite qu'elle venait chercher, non des honneurs, mais des dangers. Ce n'était plus qu'oliicieusement qu'elle remplissait ses fonctions de surintendante. Les charges de cour étaient supprimées, et le roi reculait indéfiniment la formation de sa nouvelle maison civile. 11 lui répugnait d'accepter les choix qu'on lui proposait, et de s'entourer de personnes dévouées à la Révolution. « Je sais bien, disait-il au ministre Bertrand de Molleviile, que la reine ne peut pas garder sans inconvénient auprès d'elle des femmes d'émigrés, et je Ilu en ai déjà parlé ; mais on ne peut pas exiger non plus qu'elle fasse sa société de M""' Pétion, Condorcet et autres de cette espèce. Quant à moi, la plupart de ceux dont le service

MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

m'était le plus agréable dans mon ancienne maison m'ont abandonné, et, parmi ceux: qui me sont restés, il y en a qui font le tourment de ma vie. > Le roi et la reine ne voulaient point de maison civile, dans la crainte de constater, par les nouvelles dénominations des charges, l'anéantissement des anciennes, et aussi pour ne pas admettre dans les emplois les plus élevés des gens qui n'étaient point faits pour les remplir. « Si cette maison constitutionnelle était formée, disait Marie-Antoinette, il ne resterait plus un noble près de nous, et, quand les choses changeraient, il faudrait congédier les gens que nous aurions admis à leur place. >

La cour n'était plus que Tombre d'elle-même. Le séjour des plaisirs s'était transformé en lieu de soucis, de déceptions et de tristesses. On craignait le poison pour le roi et la reine, et Ton était obligé de prendre une foule de précautions à chacun de leurs repas. Madame Elisabeth écrivait à M'"' de Raigecourt, le i6 novembre 1791 : « Il s'est passé ces jours derniers une drôle de chose. Un caporal a inventé de consigner le roi et la reine dans leurs appartements, depuis neuf heures du soir jusqu'à neuf heures du matin. Cette consigne a duré deux jours sans qu'on le sache ; enfin, le troisième, un grenadier a averti son capitaine. Toute la garde est furieuse ; il va y avoir un conseil de guerre. Dans la règle, le caporal devrait être pendu ; mais je ne crois pas qu'il le soit, j'en serais bien fâchée. Le roi devait monter à cheval un de ces jours-là, il a fait vilain ; le roi est resté chez lui, ce qui a fait dire dans tout Paris qu'il est de nouveau en arrestation. > Voilà où en était arrivé l'héritier de Louis XIV. La princesse de Lamballe n'avait-elle pas un grand mérite à venir s'enfermer dans ce château des Tuileries où l'année 1791 finissait si douloureusement ? Elle y habitait le rezde-chaussée du pavillon de Flore, au-dessous de l'appartement de Madame Elisabeth. Ces deux femmes admirables furent pour la reine des amies qui poussèrent l'esprit de sacrifice jusqu'à l'héroïsme. Rien de plus touchant que tant de courage uni à tant

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