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L'AGONIE DE LA ROYAUTÉ

PARIS AU COMMENCExMENT DE 1792

Le Paris Je 1792 n'est plus le même que le Paris de 1789. En

1789, après la prise de la Bastille, la vieille société française jetait encore des lueurs brillantes. Le passé subsistait à côté du présent. On n'a\ait supprimé ni les noms, ni les armoiries, ni les livrées, ni les charges de cour. L'aristocratie et la révolution vivaient face à face, lui 1792, le tableau était bien changé. Le Paris de la noblesse n"est plus dans Paris, il est à Coblentz. Le faubourg Saint-Germain ressemble à une solitude. Depuis le mois de juin

1790, on a jeté bas les armoiries. Les blasons des antiques hôtels ont été brisés et précipités dans le ruisseau. Plus de luxe, plus de livrées, plus de carrosses avec armes sur les panneaux. Les titres et les noms seigneuriaux ont été supprimés. Le duc de Brissac s'appelle M. Cossé ; le duc de Garaman, M. Piquet; le duc d'Aiguillon, M. Vignerot. ISAlmauach royal de 1792 ne mentionne plus une seule charge de cour.

En 1789, dans les rangs de la noblesse, l'émigration était encore l'exception. En 1792, c'est la règle. Geux des nobles qui ont eu le courage de rester à Paris, au milieu de la fournaise, pour faire de leur corps un rempart à leur roi, paraissent presque honteux de leur conduite généreuse. Le prestige mondain s'est

évanoui. Presque tous les salons étaient encore ouverts en 1789. l^n i7()2, ils sont à peu près tous fermés, ceux de la mai^istrature et delà haute iinance, comme ceux de l'aristocratie. Aux •Tuileries, l'étiquette subsiste, mais il n'y est question d'aucune fête. Pas de bals, pas de concerts, rien de cette éléi^ance et de cette animation qui taisaient autrefois de la cour un rende/-\'ous déplaisirs, lin lySi), il y avait partout des illusions, des rêves, un naïf espoir de Tàge d'or. Kn 170J, les églogues et les bucoliques commencent à passer de mode. Le diapason de la haine a haussé. 11 y a déjà dans l'air de la poudre et une odeur de sang. Tout le monde a l'instinct que la France et l'iùirope vont engager un duel terrible. Les passions sont, de part et d'autre, arrivées à leur paroxysme. Le soupçcMi, l'inquiétude sont partout. Le despotisme des clubs devient chaque jour plus menaçant. Les Jacobins ne régnent pas encore, mais ils gouvernentc 'l'el député qui, livré à ses propres inspirations, \oterait dans le sens conservateur, vote dans le sens révolutionnaire, uniquement par peur des tribunes. Vai I7<S(), le sentiment religieux n'était point encore altéré dans les masses. I']n 1792, l'irréligion et l'athéisme ont déjà produit leurs ravages, liln 1789, les révolutionnaires les plus ardents, Marat, Danton, Robespierre, étaient tous royalistes. Au commencement de 1792, la république perce déjà sous le masque de la monarchie.

Les Tuileries, menacées par les ruelles voisines du (Carrousel et du Palais-Royal, ressemblent à une forteresse assiégée. La Révolution augmente chaque jour contre le sanctuaire de la monarchie le nombre de ses tranchées et de ses j^aralléles. Ses cab-ernes, ce sont les faubourgs; ses soldats, les hommes à piques, à bonnets phrygiens. Louis XVI, dans son palais, est comme un général en chef qui, dans une place forte, aurait volontairement noyé ses poudres, encloué ses canons, déchiré ses drapeaux. 11 n'inspire plus de confiance à ses troupes. Une capitulation semble imminente. Le malheureux monarque attend vaguement quelque secours du dehors, l'arrivée de je ne sais quelle armée libératrice.

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