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il:
court moment d'exaltation généreuse, l'illusion de toucher un peuple d'insulteurs l'abandonnait bien vite. Sa vie était une lutte de chaque jour, de chaque heure. L'épouse, la mère, la reine ne cessait de combattre contre la destinée. T^lle mangeait et dormait à peine ; mais elle puisait dans Texcès du danger un surcroît d'énergie, de force morale et matérielle. Éveillée dès la pointe du jour, elle exigeait qu'on ne fermât ni volets, ni persiennes, afin que ses nuits sans sommeil fussent plus vite consolées par Taurore. Les sentiments les plus divers s'emparaient de son âme. Captive dans son palais, tantôt elle se croyait condamnée irrévocablement par la fatalité, tantôt elle espérait sa délivrance.
Vers le milieu d'une des dernières nuits qui précédèrent le 10 août, la lune éclairait sa chambre à coucher. « Dans un mois, dit-elle à M"" Campan, je ne verrai pas cette lune sans être dégagée de mes chaînes. » Mais elle n'était pas sans inquiétudes sur tout ce qui pourrait se passer auparavant. « Le roi n'est pas poltron, ajouta-t-elle; il a un très grand courage [vissif, mais il est écrasé par une mauvaise honte, une défiance de lui-même qui vient de son éducation autant que de son caractère. 11 a peur du commandement ; il craint plus que tout autre chose de parler aux hommes réunis. Il a vécu enfant et toujours inquiet sous les yeux de Louis XV, jusqu'à l'âge de vingt ans ; cette contrainte a inllué sur sa timidité. Dans la circonstance où nous sommes, quelques paroles bien articulées, adressées aux Parisiens qui lui sont dévoués, centupleraient les forces de notre parti ; il ne les dira pas. > Puis xMarie-Antoinette expliqua pourquoi elle-même ne se mettait point en avant. < Pour moi, disait-elle, je pourrais bien agir et monter à cheval, s'il le fallait ; mais, si j'agissais, ce serait donner des armes aux ennemis du roi ; le cri contre l'Autrichienne, contre la domination d'une femme serait général en France, et, d'ailleurs, j'anéantirais le roi en me montrant. Une reine qui n'est pas régente doit, dans ces circonstances, rester dans l'inaction, et se préparer à mourir. >
Le danger augmentait sans cesse. Un des derniers jours de