XI
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S mai. — 11 y a vingt-trois ans un prélat, revêtu d'une chasuble
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d'or, la crosse en main, la mitre en tête, complimentait la jeune dauphine, devant le portail de la cathédrale de Strasbourg. Ce prélat, c'était, fatal présage ! le prince Louis de Rohan, le triste héros futur de laffaire du collier... Et puis elle continuait son triomphal voyage. Sur son passage, les villes et les campagnes étaient en liesse. Les jeunes filles, vêtues de blanc, portaient des fleurs et des couronnes; les cloches sonnaient à toute volée.
g mai. — Le conseil général de la Commune rend l'arrêté suivant :
« Le conseil général, délibérant sur la maladie annoncée du fils de défunt Capet, et sur la demande de Marie-Antoinette d'un médecin pour le soigner, arrête que demain il entendra à ce sujet les commissaires qui sont aujourd'hui de service au Temple. »
10 mai. — La reine avait demandé M. Brunyer, le médecin de ses cnfanîs, mais le conseil général de la Commune prend cette décision : « Après avoir entendu la lecture d'une lettre des commissaires qui sont de service au Temple, et qui annonce que le petit Capet est malade, le conseil général arrête que le médecin ordinaire des prisons ira soigner le petit Capet. attendu que ce serait blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre. »
11 y a aujourd'hui dix-neuf ans, Louis XVI et Marie-Antoinette montaient sur le trône. Pauvre jeune homme, pauvre jeune femme que Dieu condamnait à régner, et qui, saisis d'effroi, commençaient leur règne dans la prière et dans les larmes!
j6 mai. — Anniversaire de leur mariage. Le i6 mai 1770, Marie-Antoinette arrivait à Versailles, à dix heures du matin. A une heure, elle se mariait dans la chapelle du château. A trois heures, un orage formidable éclatait. La pluie noyait les illuminations. Les rues, les places, le parc, nétaient plus qu'un désert.
24 mai. — Il y a huit ans, c'était une journée d'allégresse. Marie- Antoinette qui, le 27 mars 1785, avait mis au monde l'enfant
destiné à s'appeler Louis XVII, célébrait, en grande pompe, à Paris, ses relevailles. Cinquante gardes du corps escortaient sa voiture de gala, traînée par huit chevaux blancs. Le canon des Invalides tonnait. On acclamait encore la future martyre. Dans la journée, elle se rendit à Notre-Dame, puis à Sainte-Geneviève, puis aux Tuileries, où elle dîna. Le soir, elle alla souper au Temple, au Temple qu'elle devait revoir quelques années plus tard. La soirée se termina par un feu d'artifice que l'ambassadeur d'Espagne fit tirer, en présence de la reine, sur les combles de son hôtel, situé place Louis XV. Le Temple et la place Louis XV, que de réflexions dans ces seuls mots !
3o mai. — Qu'elle est terrible, cette place! Ah! n'est-elle pas marquée par la fatalité ? N'était-ce pas un présage, ce qui s'y est passé, il y a aujourd'hui vingt-trois ans? On y célébrait le mariage du dauphin. Une foule innombrable circulait à la lueur des lampions et des torches. La nuit était superbe. Étoiles et lune rivalisaient avec les illuminations. Sur ce même piédestal, où se dressera plus tard la statue de la Liberté, pique en main et bonnet phrygien sur la tête, la statue équestre du roi Louis XV resplendissait. La pièce principale du feu d'artifice figurait le temple de l'Hymen. Le bouquet s'élançait en gerbes radieuses, et la foule joyeuse s'extasiait, quand tout à coup une fusée égarée sur le bois des ifs causa un incendie. Une colonne de curieux, qui se rendait aux boulevards par la rue Royale, rencontra dans sa marche une autre colonne qui, de la rue Royale, se rendait sur la place Louis XV. Les deux flots opposés se heurtèrent. Le tumulte, la confusion, la terreur furent inexprimables. L'air retentit des cris poussés par les mourants. D'innombrables victimes furent étouffées, broyées. Ce n'était qu'horreur, désolation sur la place maudite.
Au même moment, une voiture, venant du Cours-la-Reine, arrivait aux Champs-Elysées. C'était la jeune dauphinequi entrait pour la première fois à Paris, se réjouissant de voir enfin cette
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ville si belle et si célèbre, dont on lui avait tant de fois parlé. Mais que se passait-il donc? Étaient-ce des cris de joie ou des cris de terreur qui frappaient son oreille ? La voiture s'arrêta. La dauphine demanda ce qu'il y avait. On le lui dit. Puis elle rebroussa chemin, et rentra consternée à Versailles, tandis qu'on portait les morts dans le cimetière de la Madeleine, où Ion a enterré Louis XVI, et où, avant la fin de l'année, Marie-Antoinette elle-même reposera.
3i mai. — Anniversaire pénible pour la reine, celui de la sentence du Parlement dans l'affaire du collier. Il y a sept ans — le 3i mai 1780 — le cardinal de Rohan était purement et simplement acquitté, et, dans son hôtel de la rue Vieille-du-Temple, à quelques pas de la tour où Marie-Antoinette est maintenant enfermée, il recevait de la foule une brillante ovation. La reine disait alors : < Il semble que la perversité ait calculé de sang-froid tous les moyens de froisser mon âme; mais je triompherai des méchants, en triplant le bien que j'ai tâché de faire. Il est plus aisé à certaines gens de m'affliger que de me forcer à me venger d'eux.» Goethe a écrit : < L'affaire du collier produisit sur moi une impression inexprimable. Dans cet abîme d'immoralité, qui, à la ville comme à la cour, et dans tout l'État, s'entr ouvait à mes yeux, je voyais surgir les plus épouvantables conséquences, et, pendant un long temps, je ne pu. délivrer mon imagination de il présence des spectres qui la hantaient. >
Aujourd'hui, 3i mai 1793, quelle est la nouvelle catastrophe qui se prépare ? Les prisonniers du Temple entendent battre la générale et sonner le tocsin, sans qu'on veuille leur dire pourquoi il y a tant de bruit. On leur défend de monter sur le haut de la tour, défense qui se renouvelle chaque fois que Paris est en rumeur! Madame Elisabeth interroge les municipaux, et l'un d'eux lui répond : * C'est la commission des douze qui cause tout ce tapage. > En effet, si l'on entend un tel bruit au dehors, qu'on se figure Vie tout le quartier brûle; si les salves répétées du canon d'alarme
ébranlent et secouent la ville ; si dans toutes les prisons d'État, au Luxembourg, à Saint-Lazare, à l'Abbaye, les détenus poussent des cris de détresse, en s'imaginant qu'à leur porte frappent les massacreurs de septembre, c'est qu'une commission de douze conventionnels, chargée de rechercher les complots contre la liberté, est accusée par les Montagnards de poursuivre les patriotes. Plusieurs arrestations viennent d'être opérées dans le voisinage même du Temple. L'effervescence de tout le quartier est à son comble. Les Girondins seront les vaincus du jour. A quoi leur aura-t-il servi d'avoir fait le lo août et voté la mort de Louis XVI ? Le temps approche où, enfermés à la Conciergerie, dans la même prison que Marie-Antoinette, leur victime, ils ne seront séparés d'elle que par l'épaisseur d'un mur, et où l'un d'eux, Valazé, écrira à sa femme : « Il n'y a qu'une chose à laquelle je ne puis pas me faire, c'est que je suis dans le voisinage de la veuve Capet, et que les mêmes verrous nous enferment l'un et l'autre, comme pour indiquer par ce rapprochement une complicité entre elle et moi. C'est peut-être ce qu'il y a de plus extraordinaire dans ma destinée. >
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Cette devise de Marie-Antoinette est bien vraie : < Celui-là aime peu, qui craint de mourir : Poco ama ch'il mon'r terne. > Les âmes dévouées ne connaissent ni les défaillances ni les découragements. Toulan, suspect à la Commune, depuis la dénonciation de Tison, ne pouvait plus franchir le seuil du Temple, mais il était encore en communication avec les prisonnières. Il avait fait face à Hébert, son accusateur, et réclamé audacieusement l'apposition des scellés chez lui. Puis il s'était sauvé. Mais, libre, il n'avait point quitté Paris. Il habitait mystérieusement une chambre dans une maison voisine du Temple, et là, il donnait en secret des nouvelles à Turgy, qui les rapportait à la reine. Turgy était cet officier de bouche de l'ancienne cour, qui, le matin du 6 octobre 1789, avait sauvé les jours de Marie-Antoinette, en lui ouvrant la porte secrète qui conduisait aux petits appartements. Il avait trouvé le moyen de se faire employer à la cuisine du Temple, et c'est lui qui, à l'aide de deux de ses camarades, Marchand et Chrétien, jouant comme lui leur tête, était le lien de correspondance entre la tour et le dehors.
Un municipal qui, plus heureux que Toulan et Lepitre, avait jusque-là échappé à tous les soupçons, témoignait à la reine un
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dévouement sans bornes. C'était un limonadier du nom de Michonis, il avait pour ami un épicier, capitaine de la garde nationale, qui se nommait Cortey, et qui cachait aussi, sous des dehors révolutionnaires, un royalisme ardent. Cortey demeurait rue de la Loi (ancienne rue Richelieu), et commandait la garde nationale de la section Le Peletier. Ces trois hommes également intrépides devinrent les instruments d'un complot d'évasion, qui eut lieu au mois de juin et dont le baron de Batz était l'âme.
Quel type que ce baron de Batz, cet homme mystérieux, invisible, insaisissable, la terreur des républicains, le désespoir de la police, véritable Protée qu'on prenait pour un magicien, un être surnaturel! Autour de ce nom, il y avait une légende; on se demandait par quels sortilèges ce conspirateur émérite pouvait tromper tous les argus, échapper à toutes les poursuites, passer à travers toutes les trames, comme une guêpe, paraître, puis disparaître comme une ombre. Les poches pleines de faux passeports, de fausses cartes civiques, de faux certificats de résidence, on eût dit qu'il avait le don de l'ubiquité. Le baron de Batz avait été grand sénéchal du pays d'Albret. Député de la noblesse aux États généraux, il s'y était fait remarquer par ses connaissances financières. Sur le Journal de Louis XVI, on trouve à la date du I" juillet 1792 : < Retour et parfaite conduite de M. de Batz, à qui je redois 5i2,ooo livres. > Au lieu d'émigrer, il était resté à Paris, pour mettre au service de la cour une activité, dont les ressources étaient inépuisables. C'est lui qui, le 21 janvier, quand Louis XVI, allant à l'échafaud, passait sur les boulevards entre les portes Saint-Martin et Saint-Denis, avait eu le courage de crier : < A nous, ceux qui veulent sauver le roi !... > C'est lui qui, poursuivi alors par les gendarmes à cheval, leur avait échappé par miracle. C'est lui qui, avec sa petite phalange royaliste, les Montmorency, les Sombreuil, les Pons, les Saint- Maurice, les Marsan, les Rochefort, avec son fidèle aide de camp son alter ego, le marquis de la Cuiche, caché sous le nom de Sévignan, avait acheté la police, soudoyé des bureaux tout ert-
ers répandu 1 or partout, i„,asiné les plans les plus hardis et les plus .ngénteux. C'est lui qui, passé maître dans l'art de se
deTa'ïoi T r'"'^"^"^"' '°^^ - -- -^- '^e P-is, rue de la Lo,, chez Cortey, et y avait organisé, à l'insu des républi-
a.ns un vén.able état-major. Ces deux ho,.n,es, aussi aven reux 1 un que l'autre, étaient bien faits pour se comprendre, et i s auraient sauvé la reine, si la reine avait pu être sauvée.
Int.mement lié avec les révolutionnaires les plus ardents an.l,eravec leurs manières et avec leur langage, 'corte;, on' d .nsp,rer la mo.ndre méfiance, était considéré par la CommuTe comme un républicain modèle. Aussi lui confiiit-on souvent T lu. c^ a la compagnie dont il était capitaine, la garde de la tour du Temple. Batz lui demanda de le comprendre sous un ni supposé, ,3„s la liste des hommes de cette 'compag'nrrqZ s ntodmsant a.ns, dans la tour, il pût se faire une idée exacte des local, tes, pour le complot qu'il préparait. Cortey se prêta à ce des,r, et le baron, inscrit, sous le nom de Forget, au contrôle d gardes nat.onaux de la rue Le Peletier, pénétra dans le Temp avec eux. Les ,K,urs suivants, il s'appliqua, avec Cortey, à choi^ P r-' >es gardes nationaux une trentaine de royalistes sur dont ,1s composeraient l'escouade qui serait de service au Temple le jour du complot. Cet embauchage était peut-être la partie la'
r L In m' t"" ''"' '^ •""" ^"'" ^'^Sissait de me. te exé ut on. Ma,s Batz ne doutait de rien : il trouva les complices quil cherchait. Restait une autre difficulté : c'était de faire com cder le tour de garde de Cortey avec le tour de service de M.chon,s Michonis avait en effet un rôle important d ns P oiet dévas,on. C'est lui qui devait tout dirigerdans le logeme de la retne, ou .1 n'avait accès que lorsqu'il était de service en quahte de municipal. Ainsi au baron de Batz, à Cortey It à M.chonis les rôles étaient déjà distribués.
Voici ce qui avait été convenu. Le jour où le service de
celu. de M,chon,s, comme municipal, Cortey entrerait au Temple
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avec son détachement de trente hommes choisis, parmi lesquels le baron de Batz devait figurer, sous le nom de Forget. On arrangerait les choses de manière à ce que les trente hommes fussent en faction aux postes de la tour et de Tescalier, ou bien en patrouille, de minuit à deux heures du matin. Les hommes de faction dans l'escalier auraient sur leurs habits de longues redingotes d'uniforme. Michonis prendrait trois de ces redingotes et en revêtirait la reine. Madame Royale et Madame Elisabeth, qui se trouveraient ainsi déguisées en gardes nationaux, et qui, l'arme au bras, se mêleraient aux factionnaires, et seraient incorporées dans une patrouille, au milieu de laquelle on cacherait le petit Louis XVIL Cortey commanderait la patrouille et lui ferait ouvrir la grande porte du Temple. Une fois dehors, la famille royale serait sauvée. Des voitures seraient disposées pour une fuite rapide, rue Chariot, et le matin, les geôliers trouveraient vide le logement des captifs.
Marie-Antoinette avait été tant de fois déçue dans ses espérances qu'elle ne croyait pas beaucoup au succès de cette nouvelle tentative. Elle s'y raccrocha cependant comme un naufragé au dernier débris d'un navire. Il y avait dans la témérité du baron de Batz quelque chose de si fier, de si communicatif, qu'il parvint à faire naître une dernière illusion dans ce cœur fatigué d'espérer.
Le jour fixé était venu, et tout s'annonçait bien. Cortey, à la tèie de ses trente hommes choisis, arrivait au Temple. Dans leurs rangs était le baron de Batz, sous son faux nom de Forget. Michonis, de service ce jour-là, se tenait dans le logement de la reine. Toute la journée s'était passée, sans aucun symptôme inquiétant. L'évasion de la famille royale devait avoir lieu à deux heures du matin, et Batz se réjouissait à l'avance du succès de son entreprise.
Tout à coup, à onze heures du soir, le savetier Simon entra essoufflé dans le corps de garde, qui était au rez-de-chaussée de la tour. En apercevant Cortey, sur lequel il n'avait point du tout de soupçons; < Si je ne te voyais pas ici^ dit-il, je ne serais pas
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tranquille. > Batz, qui était dans le corps de garde, eut, dit-on la pensée de brûler la cervelle au malheureux surveillant ; mais' Il craignit d-êlre trahi par le bruit de la détonation d'une arme à feu et d'aggraver ainsi les périls de la reine. Alors, montant au second étage, Simon exhiba un ordre du conseil général qui enjoignait à Michonis de lui remettre ses fonctions et de se rendre sur-le-champ à la Commune. Michonis obéit sans hésitation Arrivé dans la première cour, il y trouva Cortey. < Que signifie tout cela ? , lui di,-il. Le capitaine répondit tout bas : < Sois tranquille, Forget est parti. »
P" quelle circonstance imprévue le projet d'évasion échouat-.l ? Voie, ce qui s'était ^passé. Un gendarme d'ordonnance au Temple avait trouvé le soir même, vers neuf heures, un papier sans adresse, portant, sous son pli cacheté, ces mots : < Michonis vous trahira ce soir. , Ce papier, ouvert par le gendarme, avait été remis par lu. à Simon, le seul des six commissaires du jour qu .1 connût particulièrement. Simon s'était rendu en toute hâte avec ce billet au conseil général de la Commune. On sait ce gui s ensuivit. A quoi tiennent les destinées humaines : Sans ce billet anonyme, qui n'avait point d'adresse, sans ce billet trouvé par hasard sur le pavé, devant la grande porte du Temple, il est probable que la famille royale eût été délivrée, que Marie-Antoi nette et Madame Elisabeth n'auraient point ;orté leur tète ^ ; lechafaud, que Louis XVII ne serait pas mort victime des a hë ments cruels de Simon...
Deux heures du matin venaient de sonner. Elle était passée heure fixée pour l'évasion. Les prisonnières, voyant que Micht n arnvait pas, comprirent que tout espoir était perdu. Ce prl avorte n'eu, d'autre résultat qu'un redoublement de surveilfan e et, le 3, juin les comités ordonnèrent une inquisition rigoureuse' qu. eut Hennot pour agent au Temple. '
La fin du mois de juin fut marquée par un incident tristement étrange. On se rappelle que dans la petite pièce par où l'on pTné .ra.t au troisième étage de la tour et qui était voisine de la reine
se tenait, avec sa femme, un geôlier, nommé Tison, chargé de surveiller les prisonnières et Louis XVII. Marie-Antoinette s'était toujours défiée de ce ménage qui lui témoignait parfois un certain intérêt, mais pour la mieux tromper, et dont elle n'était point la dupe. On se souvient qu'elle avait tant recommandée M. de Jarjayes de s'en méfier. C'était le ménage Tison qui, le 19 avril, avait dénoncé Toulan et les autres municipaux dévoués à la famille royale. Eh bien, M'"" Tison eut son chemin de Damas. Peu à peu à la haine succéda le remords, puis, avec le remords, l'affection, la vénération. Combien de fois, si l'on enfermait dans une même prison des personnes qui se croyaient irréconciliables, ne finiraient-elles pas par s'aimer autant qu'elles s'exécraient auparavant ! C'est ce qui arriva pour la femme du geôlier. Le spectacle sublime dont chaque jour elle était témoin la fascina; tant de vertus avaient subjugué 1 ame d'abord fermée à la pitié. Chose curieuse que cette incomparable puissance de séduction qui appartenait à Marie-Antoinette ! Ceux-là seuls qui ne la voyaient que par intervalles pendant quelques minutes, ceux-là seuls pouvaient la haïr. Quiconque aurait passé une journée tout entière à causer avec elle serait infailliblement devenu son serviteur. A la Conciergerie comme au Temple, elle rencontra des dévouements inattendus, inespérés, et, quand elle gravira les marches de l'échafaud, le bourreau, ému et frissonnant, aura plus envie de se jeter à ses genoux que de la frapper.
Les remords de M"" Tison devinrent si vifs, si cuisants, qu'ils lui montèrent à la tète, elle perdit la raison. Écoutons le récit saisissant de Madame Royale :
€ M™* Tison devint folle ; elle était inquiète de la maladie de mon frère, et, depuis longtemps tourmentée de remords, elle languissait et ne voulait plus prendre l'air. Elle se mit un jour à parler toute seule. Hélas ! cela me fit rire, et ma pauvre mère ainsi que ma tante me regardaient avec complaisance, comme si mon rire leur faisait du bien ; mais la folie de M""" Tison augmentait, elle parlait tout haut de ses fautes, de ses dénonciations, de
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prison, d'échafaud, de la reine, de sa famille, de nos malheurs, se reconnaissant par ses fautes indigne d'approcher mes parents. Elle croyait que les personnes qu'elle avait dénoncées avaient péri ; tous les jours elle attendait les municipaux qu'elle avait accusés, et, ne les voyant pas, elle se couchait encore plus triste ; elle faisait des rêves affreux qui lui faisaient pousser des cris que nous entendions. >
La pauvre folle ne reconnaissait plus sa propre fille. Dans l'escalier de la tour, elle n'osait plus ni monter ni descendre; elle criait qu'on voulait l'arrêter, la conduire en prison. Dans la chambre de la reine, elle se jetait sans cesse aux genoux de l'auguste captive. < Je suis une malheureuse ! s'écriait-elle, je demande pardon à Votre Majesté, je suis la cause de votre mort. > Un mouvement de compassion profonde, semblable à celui que le Christ eut pour le bon larron, s'empara de 1 ame si généreuse de Marie-Antoinette. < Il est impossible, nous dit Madame Royale, d'avoir plus de pitié que ma mère et ma tante pour cette femme dont assurément elles n'avaient pas lieu de se louer; elles la soignèrent et l'encouragèrent tout le temps qu'elle resta au Temple dans cet état ; elles tâchaient de la calmer par l'assurance véritable de leur pardon. > Turgy nous donne cet exemple de la bonté de la reine : < La reine, dit-il, ayant été malade, et n'ayant pris aucun aliment dans la journée, me fit dire de lui apporter un bouillon.
Au moment où je le lui présentai, cette princesse, apprenant que la femme Tison se trouvait indisposée, ordonna qu'on lui portât ce bouillon, ce qui fut exécuté. Je priai alors un des municipaux de me conduire à la cuisine pour y aller prendre un autre bouillon ; aucun d'eux ne voulut m'y accompagner, et Sa Majesté fut obligée de s'en passer ». >
Le 29 juin, la Commune prenait la décision suivante :
Les commissaires du Temple écrivent que la citoyenne Tison a la tète * Turgy, Fragments historiques sur la captivité du Temple.
6i4 LA DERNIÈRE ANNÉE DE MARIE-ANTOINETTE
aliénée, ainsi qu'il est constaté par les certificats des médecins Thierry et Soupe. Le conseil général, diaprés les observations du maire et le procureur de la Commune entendu, arrête i» que la citoyenne Tison sera traitée dans 1 enclos du Temple et hors de la tour ; 2» qu'elle aura une garde particulière.
On transporta d'abord la folle dans une chambre du palais du grand prieur ; puis, comme son état s'aggrava et que ses convulsions devinrent si fortes, qu'il fallait plusieurs hommes pour la tenir, on la conduisit à l'Hôtel-Dieu, où elle mourut dans le délire et le désespoir. Eh bien, Marie-Antoinette se préoccupait de cette femme comme d'une amie ; elle glissait secrètement dans la main de Turgy un papier où elle avait écrit ces questions : < Que crie-t-on sous nos barreaux ? La Commune est-elle relevée ? La femme Tison est-elle aussi folle qu'on le dit ? Pense-t-on à la remplacer auprès de nous ? Est-elle bien soignée ? »
LE DERNIER MOIS AU TEMPLE
Marie-Antoinette était accablée de douleur, mais elle avait encore des grâces à rendre au ciel, elle restait auprès de son fils. Cet enfant si aimable, si aimé, avec ses beaux yeux bleus, ses cheveux blonds, sa physionomie d'ange, était sa consolation, son espoir ; il y avait des moments où, lorsqu'elle le regardait, elle perdait, comme par enchantement, le souvenir de tous ses maux. Les mères seules savent ce qu'il y a de profondeur dans cet abîme divin qui s'appelle l'amour maternel. Pour demeurer auprès de l'enfant dont le sourire était si doux, le regard si pur, la reine avait refusé la liberté ; c'est pour lui qu'elle était prisonnière ; c'est pour lui qu'elle allait mourir sur l'échafaud. Eh bien, elle n'en avait aucun regret. Elle écrivait à Toulan, afin de consoler cet homme dévoué qui avait voulu l'arracher à ses fers: < Je vois tous les jours mon fils, > ce qui, dans sa pensée, voulait dire : Ne me plaignez pas. Elle aimait Louis XVII et elle le respectait; pour elle c'était son fils, c'était aussi son roi ; elle trouvait dans cet enfant un mélange de grâce et de majesté; elle s'attachait à lui avec d'autant plus de passion, d'acharnement, qu'elle avait craint souvent de se le voir enlever ; toute sa force d'affection se concentrait sur cette tête chérie.
Aussi, le 3 juillet, quelle douleur, quelle exaspération quel désespoir, quel délire, quand, vers dix heures du soir au moment où lenfant royal dormait, et où Madame Elisabeth lisait un livre pieux, les prisonnières virent entrer un municipal, qui leur donna lecture d'un arrêté du Comité de salut public, ordonnant < que le fils de Capet serait séparé de sa mère et remis dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil général de la Commune >. Quel coup de foudre ! A ce moment, cette reine si digne SI calme, si auguste dans le malheur, ne se posséda plus ; son chagrin, sa colère, ses sanglots, ses larmes, firent explosion. Il y eut alors une des scènes les plus déchirantes dont l'histoire ait gardele souvenir. Madame Royale elle-même va nous en faire le récit • < Mon frère se jeta dans les bras de ma mère en poussant les hauts cris et demandant à n'être pas séparé d'elle ; de son côté ma mère fut atterrée par ce cruel ordre, elle ne voulait pas livrer mon frère, et défendit contre les municipaux le lit où elle l'avait placé. Ceux-ci, voulant absolument l'avoir, menaçaient d'employer la violence et de faire monter la garde. Ma mère leur dit qu'ils n'avaient donc qu'à la tuer avant de lui arracher son enfant et une heure se passa ainsi en résistance de sa part, en injures 'en menaces de la part des municipaux, en pleurs et en défense' de nous tous. Enfin, ils la menacèrent si positivement de la tuer ainsi que moi, qu'il fallut qu'elle cédât encore par amour pour nous Nous le levâmes, ma tante et moi, car ma pauvre mère n'avait plus de force ; et après qu'il fut habillé, elle le prit et le remit entre les mains des municipaux en le baignant de ses pleurs prévoyant qu'à l'avenir elle ne le verrait plus. Ce pauvre pciii nous embrassa toutes bien tendrement, et sortit en fondant en larmes. »
O mères, vous qui savez aimer, vous dont le cœur est un trésor de dévouement, vous qui, si l'on voulait vous arracher vos enfants, les défendriez comme des lionnes comre les ravisseursvous qui, pour les sauver, feriez des miracles et donneriez mille fois votre vie, plaignez, plaignez la pauvre reine, et demandez-vous
LE DERNIER MOIS AU TEMPLE
à vous-même ce que vous éprouveriez, si jamais l'on vous faisait subir des tortures pareilles à son supplice ? Républicaines ou royalistes, quelles que soient vos idées, quelle que soit votre patrie, souvenez-vous seulement que vous êtes mères, et pleurez avec celle dont la destinée est le symbole de vos inquiétudes et de vos angoisses !
< Ma mère, nous dit encore Madame Royale, chargea les municipaux de demander au conseil la permission de voir son fils, ne fût-ce qu'aux heures de repas ; ils le lui promirent. > Hélas ! cette autorisation ne lui fut pas accordée. Marie-Antoinette apercevra encore son fils par la fente d'une cloison, sur la plateforme de la tour, mais lui ne la reverra plus...
L'enfant fut enfermé au second étage, dans la partie de la tour que son père avait occupée. Il retrouva, en frissonnam, la chambre où avaiem eu lieu les adieux de Louis XVI et de sa famille; il ne voulait manger que du pain, et, pendant deux jours entiers, il pleura. Son précepteur, c'était le savetier Simon, celui qui avait fait échouer le projet d'évasion préparé par le baron de Batz, Michonis et Cortey, celui qui, comme municipal, s'était toujours distingué par sa haine pour les augustes prisonniers. < Lage l'innocence, l'infortune, la figure céleste, la langueur et les larmes de l'enfant royal, rien ne pouvait attendrir ce gardien féroce. Un jour, étant ivre, peu s'en fallut qu'il n'arrachât, d'un coup de serviette, l'œil de ce jeune prince, que, par un raffinement d'outrage, il avait contraint de le servir à table. Il le battait sans pitié. Un jour, dans un accès de rage, il prit un chenet, et, l'ayant levé sur lui, il menaça de l'assommer. L'héritier de tant de rois n'entendait à chaque instant que des mots grossiers et des chansons obscènes. < Capet, lui dit un jour Simon, si les Vendéens te déli-
< vraient, que me ferais-tu ? -Je vous pardonnerais, répondit le
< jeune roi '. >
Revenons au récit de Madame Royale, si pathétique dans sa • François Hue, les Dernières Années de Louis XVI.
6i8 LA DERNIÈRE ANNÉE DE MARIE-ANTOINETTE
LE DERNIER MOIS AU TEMPLE
simplicité : « Les municipaux ne restèrent plus chez ma mère ; nous fûmes nuit et jour enfermées sous les verrous. Ce nous était un adoucissement d'être débarrassées de la présence de pareilles gens. Les gardes ne venaient plus que trois fois par jour, pour apporter les repas, et faire la visite des fenêtres, afin de s'assurer si les barreaux n'étaient pas dérangés. Nous n'avions plus personne pour nous servir, et nous Taimions mieux, ma tante et moi nous faisions les lits, et nous servions ma mère. Nous montions sur la tour bien souvent, parce que mon frère y allait de son côté, et que le seul plaisir de ma mère était de le voir passer de loin par une petite fente. Elle y restait des heures entières, pour y guetter l'instant de voir cet enfant ; c'était sa seule attente, sa seule occupation. Elle n'en savait que rarement des nouvelles, soit par les municipaux, soit par Tison, qui voyait quelquefois Simon. Tison, pour réparer sa conduite passée, se conduisait mieux, et donnait quelques nouvelles à mes parents. Quant à Simon, il maltraitait mon frère au delà de tout ce qu'on peut imaginer, et d'autant plus qu'il pleurait d'être séparé de nous; enfin il l'effraya tellement que ce pauvre enfant n'osait plus verser de larmes. xMa tante engagea Tison et ceux qui, par pitié, nous en donnaient des nouvelles, à cacher toutes ces horreurs à ma mère ; elle en savait ou en soupçonnait bien assez. >
7 juillet. — Le bruit s'était répandu dans Paris que le complot tramé par le général Dillon avait réussi, malgré l'arrestation du général, et que Louis XVII avait été enlevé de la tour. On disait que le jeune roi avait été vu sur les boulevards, qu'il avait été porté en triomphe à Saint-Cloud. Au moment où la foule se dirigeait vers le Temple, pour avoir des détails, le Comité de sûreté générale y envoyait une députation en toute hâte, afin d'y constater la présence de l'enfant. Chabot et Drouet, — Drouet, l'homme de Varennes, — qui faisaient partie de cette députation, ordonnèrent de faire descendre Louis XVII dans le jardin, afin qu'il y fût vu par la garde montante. L'enfant se plaignit d'être
séparé de sa mère. On lui imposa silence. En même temps, les membres de la Convention qui étaient venus pour s'assurer de la présence de Louis XVII, montèrent chez Marie-Antoinette. Elle leur demanda pourquoi on avait la cruauté de la séparer de son fils Ils se contentèrent de répondre qu'on croyait nécessairede prendre cette mesure. « Un nouveau procureur général vint aussi nous voir, ajoute Madame Royale. Ses manières nous étonnèrent, malgré tout ce que nous avions appris à connaître depuis nos malheurs. Du moment que cet homme entrait, jusqu'à son départ, il ne faisait que de jurer. >
14 juillet. — Mort de Marat. Simon en fit porter le deuil à Louis XVII.
3o juillet. ~ Ce fut la dernière fois que Marie-Antoinette vit son fils. Depuis la mort de Louis XVI, elle n'avait jamais consenti a descendre dans le jardin. Elle ne prenait l'air qu'au sommet de la tour, sur la plate-forme. Cette plate-forme se trouvait partagée en deux parties par des cloisons en bois disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les fentes. L'une des deux parties était réservée à la promenade de l'enfant, l'autre à celle des prmcesses. Mais ce ne pouvait être que par hasard que les deux promenades se fissent en même temps; ce hasard, la malheureuse reine l'attendait fiévreusement; son cœur battait si fort, dans l'angoisse de cette attente, que sa poitrine en était comme brisée. De toutes les choses de l'univers, une seule l'intéressait : apercevoir son fils; les yeux, l'oreille, collés sur la cloison de planches, elle frissonnait, à chaque mouvemem, à chaque bruit de pas. Est-ce lui ? se disait-elle : mais non, ce n'était pas son enfant; c'était quelque municipal, quelque employé faisant sa ronde, et, morne, elle retombait dans l'abîme de son désespoir. Depuis quelques jours, son fils ne lui apparaissait plus ; et cependant elle ne se décourageait pas; elle remontait chaque jour sur la plate-forme, anxieuse, attendant sans cesse.
LE DERNIER MOIS AU TEMPLE
Enfin, le 3o juillet, pendant qu'elle regardait à travers la fente de la cloison, son enfant passa devant elle; elle le vit, mais sans que Tenfant se doutât qu'il était auprès d'elle; elle le vit, mais sans pouvoir crier : je suis là; elle le vit, pâle et maladif, portant sur sa chère petite tête le hideux bonnet rouge, sur son visage la trace de la souffrance et de la persécution. Elle le vit tourmenté par Simon, qui, de mauvaise humeur ce jour-là, parce qu'il venait d'apprendre la prise de Valenciennes par le duc d'York, jurait et blasphémait, en faisant retomber sa colère sur le pauvre enfant.
Ah ! si la petite colombe avait pris son vol vers le ciel, si l'enfant était mort, enveloppé dans la robe blanche de son baptême, enseveli avec cette parure, il reposerait maintenant dans la joie du Christ, parmi les anges; mais le revoir vivant d'une vie pire que la mort, le revoir flétri, dégradé, livré à des misérables qui torturent son corps, qui voudraient tuer son âme, le revoir dans cette atmosphère d'impiétés, de blasphèmes, le.jouet, la proie d'un tel démon ! On a décapité Louis XVI, mais du moins on ne Ta pas avili ; on lui a laissé un prêtre pour l'aider à gravir les marches de l'échafaud. Ah ! le sort du fils est plus cruel que celui du père. Corrompre, c'est plus atfreux que de tuer. Oh ! voilà ce que dans ses rêves les plus funèbres, dans ses pressentiments les plus sinistres, la malheureuse mère n'aurait jamais pu concevoir ! Oh ! voilà le comble de la douleur !
Elle le voit, ce fils bien-aimé, elle le voit, et elle ne peut se précipiter jusqu'à lui, le serrer contre son cœur, le couvrir de larmes et de baisers. Elle le voit, et elle ne peut pas lui parler; et jamais, plus jamais, elle ne lui parlera ; jamais l'enfant infortuné ne les entendra plus, les accents de cette voix chérie, la voix de sa protectrice, de sa mère, de sa mère qui le consolait quand il était malade, quand il souffrait, quand il pleurait. Le revoir ainsi, le revoir, et pour la dernière fois, ce pauvre enfant, le revoir dans un pareil état d'humiliation et de misère ! et ne pouvoir le défendre contre ces monstres, l'arrachera ces tigres, à ces corrup-
teurs, à ces infâmes ! non, certainement, au moment même où elle gravira les degrés de la guillotine, Marie-Antoinette n'éprouvera point une aussi grande douleur. Alors, par dignité, elle saura composer son visage ; elle mourra en souveraine, elle mourra en fille des Césars; elle sera douce et majestueuse envers la mort; mais là, sur celte plate-forme de la tour du Temple, à cet instant si désiré, hélas ! et si cruel, où elle aperçoit son fils, elle fléchit, elle éclate en sanglots; c'est la Mater dolorosa !
Je me souviens du chant du Stabat. Là son âme gémissait abattue par la tristesse et par le deuil, et percée par le glaive : Ciijus animam gementem, contristatam et dolentem pertransivit gladius. Tremblante, elle exhalait des plaintes et des soupirs, à la vue des tourments de son fils illustre : Quœ mœrebat et dolebat et tremebat cum videbat, nati pœnas inclyti. Qui pourrait, sans s'émouvoir, contempler cette tendre mère unissant sa douleur aux maux de son fils ? Quis posset non contristari, piam matrem contemplari. dolentem cum filio ?
L'enfant avait passé. Les yeux et le cœur pleins de cette vision, qui s'était évanouie comme une ombre, la malheureuse mère redescendit, brisée, désespérée, dans sa chambre de captive. Elle regarda silencieusement la place où était autrefois le lit de son fils, l'endroit où elle lui donnait des leçons, où elle lui faisait faire sa prière. Tous ces souvenirs envahissaient son âme; et elle se demandait à elle-même ce qu'elle avait fait pour que la Providence l'accablât sous l'insupportable fardeau d'une telle désolation !
Ainsi s'était écoulé le mois de juillet ; eh bien, ce mois si cruel n'était rien encore, comparé à celui qui allait suivre.
En juillet, il restait encore à la reine sa chère fille, son incomparable belle-sœur. En août, elle allait se trouver seule, seule, absolument seule à la Conciergerie, cette prison mille fois plus horrible que le donjon du Temple !
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