‹ Les Dernières années de Mme de WarensChapitre 5 sur 21 · ACTE DE RÉVOCATION · texte numérisé non relu

ACTE DE RÉVOCATION

de procureur

671 faveur du sieur (Mathieu Casse

par la dame baronne Warens de La Tour

L'an mille sept cent cinquante quatre et le troisième mars, à Chambéry, sur une heure après midi, dans la maison où habite la dame baronne de Warens, située au feaubourg du Reclu de la présente ville, pardevant moi notaire Royal collégié, soussigné, en présense des témoins ci après nommés, s'est personnellement établi et constitué le sieur Mathieu, fils de feu sieur Thomas Casse, natif et habitant de la paroisse d'Aurelle en Maurienne, de présent audit Chambéry, lequel, de gré, néanmoins du consentement de dame Françoise Louise Eléonore de La Tour, fille de feu noble Jean Baptiste de La Tour, baron d'Empire, épouse de noble Isaac Sébastien de Warens, native de

Vcvay, pais de Veaux en Suisse, habiiaïUc dez longues années en la présente ville, m'a déclare, en présence des témoins cy après, vouloir cesser, annuller, révoquer la procuration généralle qu'il a faite à laditle dame baronne de Warens, sous la datte du premier février mille sept cent cin. quantc deux, rcccu par moi dit notaire soubsigné, ainsi que par le présent acte ledit Casse annuUe et révoque la procuration ci-dessus désignée, avec promesse que fait laditte dame baronne Warens de La Tour, de ne vouloir jamais se servir dudit acte ci dessus désigné, pour quelle cause que ce soit concernant la teneur d'icelui, ni de quels autres actes de procuration qu'auroit pu lui passer ledit sieuJ Mathieu Casse, pour agir à son nom, et à cet effet laditte dame baronne de Warens de La Tour s'est soumise aux peines de tous dépens, dommages, intérêts à l'obligation de tous et un chacun ses biens présents ci avenirs, sous la clause de constitut, Et de tout ce que dessus, ledit Mathieu Casse m'a requis, je dis nottaire soubsigné.

acte, et du consentement donné par ladite dame à la révocation de la procure ci dessus ténorisée, que je lui ai accordé, pour lui servir et valloir en tant que de raison. Fait et prononcé audit lieu, les an, jour et heure que dessus, en présence du sieur Claude Pierre fils d'himitier Simon Dumesier, de la province de Franche Comté, habitant dèz quelques années en la présente ville, et de honorable Thomas, fils à feu Maurice Albiex, natif de la même paroisse d'Aurelle en Maurienne, aussi résident dudit Chambéry, témoins requis. Droit de tabellion trois livres. Signé à la minutte de je dis notaire soubsigné, de ce recevant requis, par les dittes parties, par ledit Simon Dumesier, l'un des témoins et non par l'autre, pour être illittéré, de ce enquis. Contenant le présent, et par moi écrit, y compris mon verbal et signature, presque deux pages que j'ai levé pour le tabellion après due collation. — Ainsi est. Signé Cagnon, notaire

Le madré compère sentait que la ba-

ronnc était perdue ; il lirait son cpiiiglc du jeu, à temps. La pauvre femme en était réduite aux derniers expédients. Vous qui savez lire, méditez ces quatre lettres, dont chaque ligne est soulignée d'un sanglot :

A S\/ de Carolis — Ju ^ 77iars ly^^^.

Pour Tamour de Dieu M*" ayés pitié de moy je suis sans pain et sans credy par la malice de ceuxqui cherchent a me détruire, que votre charité me procure un secour de sa M^*-', et que sa protection deigne me faire ressentir les effets de ses grâces en chargeant M*" lintendant gênerai M' le premier et M"" le second président et de sinformer de moy quelles sont mes raisons de plainte, pour que sa M^'^ sache du moins si j'ay tort ou non de me plaindre d'une compagnie pour qui j'ay tant pris de peine et après avoir si bien reussy soit dans les traveaux des riches mines que jay découvert et que je fais travailler par les compagnies que jay établis en maurienne, soit dans l'établissement d'une fabrique de Chambery feaubourg du reclus

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pour toutes sortes de poterie et autres ouvrages en fer coulé. Soit aussy dans plusieurs belles découvertes de charbon de pierre et de terre, dont jay fais en reigle l'établissement de plusieurs fauses en divers endroits du duché de Savoye après avoir tant eu de peines et avoir eu les grâces du Ciel, pour la réussite de mes entreprises faudra il que mes adversaires me fassent mourir de misère, et seray-je privée de la juste récompence de mes traveaux par surprise ou longeur des procédures menque de force et d'apuis pour me deffendre je vous conjure M"" d'avoir pitié de moy, votre bon esprit et les grandes charités que vous pratiqués chaque jours me font espérer que vous accorderés vos soins charitables a une pauvre femme étrangère qui n'a rien a se reprocher dans sa conduitte que d'avoir agit avec trop d'honneur et de franchise a légard de ses associés ou ceux qui agissent en leur nom, qui l'on tous trompés et sacrifiés pour assouvir leur ambition et leur avarice, honnorés moy M"" je vous en prie d'un mot

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de rcponcc cl de votre puissante protection que je réclame avec une entière confiance, vous priant M' de vouloir af^^reer les assurances de ma plus parfaitte reconnoissance et du très soumis et très pn^fond respect avec lequel jay Ihonneur dctrc etc.

Monsieur au cas M"* que vous jugiés que S. M^*^ ne maccorde pas un don gratuit implorés du moins je vous prie la clémence du ro}^ pour que sa charité dcignc permetrc que la trésorerie me fasse une avance de cent louis ce qui pourv^oira aux besoins que jay du pain quotidien pendant que ma pension est engagée pour une année a mes créanciers et cela me donnera en même tems des forces pour pouvoir soutenir avec houneur la suite de mes opérations et de mes traveaux. Etc.

^Monsieur le comte de Giégory, général des

finances

du 7 mars 1754

Je su plie votre Exe. de vouloir me favoriser de sa puissante protection et me mettre aux pieds du roy pour recevoir une

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de SCS grâces particuliers dans mon pressent besoin, je crois lavoir mérite par mon zèle et par tout le travail que jay fais, si jay bien reusci a la découverte des riches mines dont jay formé les compag" de mauriennequi les travaillent aujourd'huy, je nay pas moins bien reusci à ma fabrique de potterie, et a la découverte des charbons soit de terre soit en pierre, jay plusieurs traveaux de charbon établis en règle et une compag^ pour continuer mes traveaux, jay fais a mes frais particuliers toutes les premières avances pour les decouvertes ces depences particulières etoient devenues indispensables pour que je pu parvenir a une reuscite et il n'est pas surprenant que je me trouve aujourdhuy dans un si pressent besoin, n'ayant encore rien pu tirer du produit de mes traveaux ce qui m' oblige a recourir pour quil plaise a S M ^^ ou a ses finances de m'accorder le secour dune avance de cent Louis pour me soutenir la vie en me procurant le pain quotidien qui me manque aujourdhuy pour avoir été forcée par mes créanciers

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clc Itnir rcinclrc p<»iirunc aiincc les pensions que la chaiiic du i<»y m'accorde en tresoicric, cl par le nioycnt de ce secour je pouiay nralimcntcr et soutenir en même tcms avec honneur mes entreprises et traveaux qui par la fj^racc de Dieu sont aujourdhuy dans leur point de solidité V. Exe. poura s'informer de la vérité de ce que jay l'honneur de luy avancer si elle le jui;e a propos a M*" Lintendant gérai a qui je suis toujours prcUc de rendre compte de mes opérations lorsque V. Exe. le jugera à propos le secour que jose attendre par la protection et charité de V. Exe. rentrera dans très peu de tems dans les coffres du roy et occasionnera un très grand avantage a l'état si je suis soutenue, jattend avec une entière confiance l'effet de la généreuse et puissante protection de votre Exe. et jay l'honneur de l'assurer de ma plus parfaitte reconnoissance et du très soumis et du très profond respect avec lequel jay l'honneur detre Eté

Le brouillon de ces deux lettres, ainsi

que les deux suivantes, appartiennent aujourd'hui aux Archives départementales de la Savoie.

cA cM. le chevalier de Robilant du ^ mars 17^4-

Je prend La Liberté Monsieur de profiter de cette occasion favorable pour me recommander a l'honneur de votre protection j'en ay très grand besoin pour maider a suporter toutes les contradictions que l'on me sucitte chaque jours pour retarder autant qu'on peut l'avancement et l'utilité de mes travaux il est très douloureux pour moy d'avoir a combatre tout a la fois la mauvaise foy et Lignorence de ceux qui devroyent être les plus engagés a me soutenir ; j'espère que Mr. Wallin aura bien eu la bonté de vous parler de moy et de me rendre justice. Sil veut se donner la peine de se ressouvenir de ce que j'ay eu l'honneur de luy dire a son départ il m'obligera infiniment de vous l'expliquer La triste situation ou je me trouve, sans qu'il y ait en rien de ma faute, il y a plus de

vingt anncfcs que je Iravaillois avec beaucoup de succcz a la dccouvcrle des mines de Savoye de même que pour les charbons, que jay également découvert avec tout le succez possible commil se voit aujourdhuy par nos traveaux des fosses a charbon que jay fais établir cl mètre en bonne règle, avec toute la diligence qui m'a été possible, cependant maigre/ tous les avantages que mes traveaux et mes découvertes minérales procureront a l'clat j'cntand dire chaque jour que je m'occupe a des chimères que je ferois beaucoup mieux de ne rien faire du tout que de mopignatrer a des recherches curieuses qui produisent des traveaux si peinibles et si dispendieux Si je ne me flattois pas Mr de la dousse esperancQ^que vos lumières supérieures sur les traveaux des mines vous engageront d'approuver ma conduitte, je serais entièrement rebutée et inconsolable prette a tout abandonner, j'ose vous suplier Mr de vouloir m'accorder votre apuis pour me soutenir et m'aider a rétablir ma fabrique de potterie qu'on vient de me détruire malicieusement

SOUS prétexte disent ils qu'ils veulent aller letablir en mauricnne ce qui leurs est impossible pour des raisons que j'offre a dcmontrcrTon ne peut faire en maurienne qu'un grand fourneau a couler la mine qui ne seaurait même y subsister que très peu de tems, accause de la difficulté des bois quil conviendroit infiniment de conserver très presieusement pour faire couler les mines des qualités supérieures au fer qui se trouvent être de très bonne qualité et abondantes dans la province de maurienne, je suis bien a pleindre Mr d'avoir afairc a des gens entêtés orgeuilleuses et ignorents qui font toujours presisement tout le rebour de ce qu'il devroit, pour que les cbxoses allassent commil faut honnorés moy Mr je vous prie d'un mot de reponce je seray consolée et suporteray mes chagrins et ma misère avec patience dez que j'auray le bonheur D'apprendre que vous este content de ce que je fais et je me ferai toujours une gloire et un devoir de vous rendre un compte fidèle des raisons de ma conduitte toutes Les fois que

VOUS le jup-crés apropos soyés Mr je vous prie bien persuadé que je conservcray une clerncllc reconnaissance des bontés dont il v(nis plaira de m'hf)nnorcr et je seray toute ma vie avec le plus parfait dévouement et le plus profond respect

La Lettre cy jointe vous fera aisément comprandrc que je suis contredittes en tout et que l'intercst du roy en souffre beaucoup. —

<( cA [M. Je S^-Laiircjît, du 7 UKirs ij^i- »

Quil plaise a V. Exe d'avoir pitié de moy et quelle deigne aprouver que j'ose continuer de la suplier de me mètre aux pieds du roy pour recevoir une de ses grâces particulier dans mon pressent besoin, je crois les avoir mérité par ma bonne volonté, par mon zèle par le travail que j'ay fais, si j'ay bien reuscy a la decouverte des riches mines dont j'ay forme les compag*''' de morienne qui les traînaillent aujourdhuy je nay pas moins bien reuscy a ma fabrique de potterie et a la découverte des charbons soit en terre soit

établis en règle et une compagnie mesd. traveaux jay fais a mes frais particuliers toutes les premières avances pour les decouvertes, ces depences particulières etoient devenues indispensables pour que je pu parvenir a une reuscite il n'est pas surprenant que je me trouve aujourd'huy dans un si pressent besoin n'ayant encor rien pu recevoir du bénéfice de mes traveaux je demande très humblement a S. Mté ou a ses finances le secour d'une avance de cent Louis, pour me soutenir la vie en me procurant Le pain quotidien qui me manque aujourd'huy pour avoir été forcé par mes créanciers de leur remetre pour une année les pensions que la charité du roy m'accorde en trésorerie et par secour je seray en état de soutenir avec honneur mes entreprises et traveaux qui par la grâce de dieu son aujourd'huy dans leur points de solidité.

V. Exe poura sinformer de la vérité de ce que ja^^ L'honneur de luy avancer si elle le juge apropos a Mr Lintendant gérai et Mrs le premier et second président a

DE MADA.MI h! WAHLNS 2^

en pierre jay plusieurs traveaux de charbon qui je suis prettc de rendre compte de mes opérations Lorsque V. Exe le jugera apropos le sccr)ur que j'ose attendre de Idquitc et de la charité de V. Exe rentreront dans très peu de tcms dans le coffre du roy et occasionnera un très grand avantage a Létal Lœil attentif de V. Exe p(Uir le bien et l'avantage des finances de de sa xM'^ est trop pénétrant pour ne pas pencer au delà de ma foible expression et pour ne pas sentir et voir a découvert que jexpose la vérité toute unie et sansfard si je suis soutenue il n'en peut arriver qu'un très grand bénéfice au pays icy au lieu que ma disgrâce fera peut être faire de tristes reflections aux étrangers que j'avois jnvité a faire passer encor de nouveau fonds en Savoye pour la continuation des minières metalique et des charbons j attend avec une entière confiance les effets de la généreuse et très puissante protection de V. Exe et jay L'honneur de L'assurer de ma plus parfaitte reconnais sance et dutres soumis et très profond respect aveclequel je suis

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Au lendemain même de ces appels désespérés, un autre acolyte de la baronne, Jean-Charles Perrin, passait un acte, par lequel il se retirait de la société que M°** de Warens avait formée, en 1752, pour l'exploitation des mines de houille de la Savoie, dont le Roi de Sardaigne lui avait concédé le privilège. Voici la teneur de ce document, très curieux dans ses détails, inséré au i*"" volume de 1754, folio 422, des registres du Tabellion de Chambéry.

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