PROCURATION
passée par pauvre dame baronne de Wareîis au sieur Joseph Thorin.
L'an mille sept cent cinquante quatre et le vingt unième jour du mois d'aoust, à Chambéry, à deux heures et un quart après midy, dans la maison d'habitation de la dame constituante cy après nommé, par devant moy notaire royal soussigné, présents les témoins cy après nommés, s'est personnellement établie et constituée pauvre dame Françoise Louise Eléonore, fille de feu noble Jean-Baptiste de La Tour, baronne de Warens, natifve de Neveu (sic) en Suisse, résident en cette ville, laquelle étant obligée de s'absenter pour ses intérêts particuliers, de gré a constitué et constitue pour son procureur spécial le sieur Joseph Thorin d'icy absent, moy dit
DL madaml: de warens 51
notaire pour luy présent et acceptant, c'est pour et à son nom régir et administrer les mines et travaux dépendant de la Compagnie formée entre la dame constituante, le seigneur Camille Périchon et le seigneur François Mansord, en conformité du règlement de ladite Compagnie, et sans préjudicier au procès noué au sénat entre lesdits associés et le sieur xMathieu Casse, avec pouvoir qu'elle lui donne d'établir ou révoquer les cmplo^^és, faire rendre compte par les régisseurs et gardes magasins, vendre les mattières provenantes desdites mines et fabriques au plus grand avantage de la Compagnie, et poursuivre les débiteurs d'icelle, leur donner touttes quittances et décharges, en un mot administrer tout ce qui peut dépendre de sa charge de directeur et caissier, à la charge qu'il rendra compte à ladite dame constituante, de son administration et luy fournira tous les trois mois, ou touttes les fois que ladite dame le requerra, les états de la sittuation de la caisse et des mattières qui seront par luy vendues, de celles qui
seront dans le magasin et de celles qui seront tirées dans les fosses, Et en cas de plaid, il pourra constituer ou substituer tel procureur qu'il jugera à propos, le tout avec élection de domicile Le tout quoy ladite dame constituante approuve et rattiffie dèz à présent comme pour lors, promettant néantmoins de le relever de tout ce qu'il pourroit souffrir, occasion de la présente procuration, aux peines de tous dépens, domages intérest, sous l'obligation de tous ses biens présents et avenirs, qu'elle se constitue tenir. Fait et prononcé en présence de noble françois Davied, seigneui de Foncenex et de Gy, habitant en cette ville, et de noble Pierre françois La Branche, habitant à Bramand en Maurienne, témoins requis qui ont signé, de même que ladite dame constituante sur la minutte de moy notaire recevant qui ay levé le présent, pour l'office du tabellion contenant sur icelle une page et demy.
Signé Petroz notaire.
DE mada^ml: dl vvaklns 53
Voici, concernant les mines de plomb situées au-dessus de Modane et exploitées par la société de Mme de Warens, un très curieux extrait d'un rapport sur les mines du duché de Savoie, adressé, le 27 août 1754, par l'intendant général de Chambéry, au commandeur Richa, directeur général du service des Mines, à Turin. Ce document est extrait des Archives départementales de la Savoie, Série C, N^^ 126 :
£\/^ le commendcur Tyicha
Du 27 aoust 1754
Je suis bien fâché de ne pouvoir répondre d'une manière plus satisfaisante à la lettre dont vous m'aves honoré, Mr, le 3™^ du courant ; les minières qu'on exploite en Savoye n'étant ny en nombre ni si abondantes en plomp pour pouvoir vous en procurer. Outre celles de Pesey qui doivent fournir à l'arcenal tout leur produit en plomp nous n'avons d'autres minières en activ^ité dans ce duché que celles
des huilles et celles de Maurienne au dessus de Modane. Ceux qui exploitent les minières des huilles ou M. le comte de Montjoye est intéressé sont déjà astraints par un contract de remettre tout leur plomp à Tarscenal, et doivent avoir passé cette soumission à votre bureau et soit faute
d'argent etc. . . ils profitent plus
tôt d'un filon de cuivre qui leur est de quelque plus grande utilité.
A l'égard des minières de Maurienne au dessus de Modane qui sont exploitées par la société de M""^ la baronne de Varrens, les travaux se continuent toujours, mais la difficulté de la descente de la mine des plus hautes montagnes leur cause beaucoup de fraix et à peine cette société peut elle suffire aux engagement qu'elle a avec la Direction des gabelles puisqu'elle a été obligée de diminuer la quantité promise aux gabelles de Savoye pour pouvoir fournir la plus grande portion à la direction générale des gabelles de Piedmont à laquelle elle addresse à Tur/n depuis quelque tems ses plomps. »
Cependant la baronne, après avoir donne sa procuration à Joseph Thr)rin, dtait partie pour Evian. La preuve en existe dans la lettre suivante, que lui adressait, de Thonon, un de ses amis, françois Daviet, lequel figure, comme témoin, dans les deux actes que M"'*' de Warens avait fait passer, le 21 août précédent.
Madame
J'auray l'honneur de vous voir le plus tôt possible M*" Fabre me presse de vous dire quil mat parlé plusieurs fois pour m'engager a ce voyage, l'empressement que iay pourra vous marquer ma iuste reconnoissance nat point diminué ; mais, Madame, iay eu des contretems qui mont privés de ce plaisir, Soyés en bien persuadée, car ie vous puis assurer que personne nest avec plus de justice ny avec plus de respect
Madame Votre très humble et très obeiss* serviteur Daviet de foncenex Thonon ce 13 y^re ij^^
J'ay bien remis vos lettres de Suisse avec les instructions que iy ay joint ; M"* votre parent etoit a notre passage a quelques lieues de La tour
Madame Madame la Baronne de Warens Baronne de Latour et présentement
a Evian
En mentionnant ce document, qu'il avait sous les yeux, Jacques Replat dit dans sa Note sur Madajne de Warens, à propos du post-scriptum : « Ceci nous fait présumer que, dans sa détresse, elle était venue en Chablais pour jeter du rivage un regard suppliant au pays natal, et pour faire appel au toit de famille qu'elle avait déserté. » Replat ajoute : Etait « inclus dans cette missive le billet d'un sieur Fabre : il prie madame de Warens d'écrire à Genève à MM.Bérard et associés : à telle fin que cette maison fournisse de la peluche destinée à pourvoir de veste et de surtout un sieur Joseph Piston, aux frais de la dame, bien entendu. » Or, la lettre de
David existe encore aux Archives de la Socit5té riorimonlane, où Eloi Serand Ta collationnée, exactement, pour le présent volume ; mais le billet de T'abre a disparu.
Madame de Warens était encore absente lorsque Wintzenricd lui adressa de Chambcry, le 8 octobre 1754, la lettre extrêmement curieuse, appartenant aux Archives départementales de la Savoie, dont voici la teneur inédite pleine de révélations :
Jay reçut l'honneur de la votre par le s^ Michot quil vous dira notre situations ma femme malade et moy qui ay la fièvre depuis dix jours, vous voyé par la sy ma situations est tranquille et gracieuse sans ma rester plus long tems sur ma situations je vient par celle cy vous donner le dernier avis que je crois que l'honneur et la probitté dont j'ay toujours faits profeitions mon dicter de même qu'un Etre suprême m'ont inspirer, le récit du s"" Michot m'a fait entrée dans des idées afreuses de létat
présent ou vous vous trouvé cependant nétant pas instruit afonds de vos ydées ny de vos affaires, la façon de vivre que vous avés prit jusqua présent vous ont otté tous vos amis, vous voulé entretenir bien des geans a de gros frais ce que le seig''le plus opulent ne pouroit pas faire voyé Mad*" a quoy vous sert défaire courir les montagnes à fabre a 600 I. par année et cy M. Daviet qui vous a trompé en tout et partout meritte davantage votre confience le s"" Merkel qui a 600 1. de la Compagnie outre cela vous lentretené luy et sa famille comment voulé vous que cela cepuisse faire cela est impossible avec le revenu que vous avés et l'état présent de vos afaire demande un menagem* tout contraire vous avés mangé par avence vos Cartier et je ne voit point quelle peut être votre idées, le s*" Vidot comme jevousTay marqué a conjedier les ouvriers du Bourget faute d'argent a ce qu'il dit ; M'' le marquis de Chaumont veut être payé par moy des 56 1. que Ion lui doit pour les charbonniers et ne veut sans prendre
qiK\ moy vous sente par la ciu'il faudra maigre moi que je me retourne contre ma Comp"'^ et vous êtes du nombre le s"" Davict et Vidot qui ont eut vos clés cela a mis une mcficncc dans la ville entre vous et moi qui est touttes à sa place, le s** Vernier votre procureur ma fait la grâce de me dire que si vous lui avies donne ou envoyé vos papier qui seroit party pour Lyon cependent a vos frais à fairies, mais qu'a l'entrée il ne le pouvoit faire ; la dessus je vous ai donnés avis de larivée des s""' Mensort et Denervos qui on déjà procédé a un invantaire en morienne en l'assistence du s*" Dupuis et le montant des fonds ou valeur de la Compagnie suivant leur conte ne monte qua 46 mil livres je crois avoir trouvé un Espédient qui est le dernier partir que vous avés aprendre est que vous me passiez une procure Générale pour toutte vos afaires tant de fabriques qu'autre et alors je me rendray a Lyon auprès de M"" Perichon en lui Espliquant patetiquem* et sans témoins votre situations et labandont que vous faites de touttes vos
prétentions en sa faveur fera que vous en pouriez tirer quelque choses pour vous remettre dans votre courant et vivre tranquiiem^ dans l'endroit quil vous plaira de choisir ou dans un couvent si mieux l'aimé pour quelque tems et aportée de Chambery sans en Etre Eloigné et cela ramainera tous les cœurs droit en votre faveur, et laissé pour lavenir touttes sortes d'entreprises puis quelle ne sauroit tourné qua votre desavantage voila mon sentiment en honnette homme et que je vous prie de pardonné la liberté que je prend de vous les donnés mais par le vouem' que j'ay et que j'auray toutte ma vie pour vous qui fait qu'aujourd'huy je vous ouvre mon cœur en entier cependent ilfaudroit que jut tout les papiers pour cela faire et tout seroit finit sans que personne le sut je vous diray qu'après la rentrée il veule vous demander au sénat les 3 mille et quelque livres que vous devés avoir reçu du s'^Majan et qu'il a vendu a M*" Perrichon, j'oubliay de vous dire que j'ay donné avis a M' Bérard de même
DE MADAME DE WAREN8 6f
qua VOUS Icn du s"" Vidot de sa conduillc que de la demande de M' de Chaumont sans avoir aucune responce puis que mes contes ne sont pas signés je vous prie de me les renvoyé par voye sure et comme mon conseil porte de demander a ma Compat^nic les 5 1. que le contrat porte pour un assosiés en route pour les afaires de sa Compagnie outre les faux frais il me les payeront puisquil font tcn de ditlîculter a me signe mes conte et moya mon tour je demanderay une vérifications des leurs quoy que je Tais ay signé Erreur ne fait pas conte, je vous ay aussy marqué que Vidot n'avoit pas remplir tous les mémoires que vous m'avés remis signé de votre main puis que je n'ay point eut devin ainsy il me reste 15 1. 10 du dernier argent quand il vous plaira de mccriresoit au s'" Vidot ou Morel pour me remettre vos papier de même qu'aux s*" Vernier La procure vous m'obligerer je vous ay marqué ce que m'avoit dit le s' Vidot ainsy vous ne m'en parlé point que voulé vous que je pense ci cen' est que vous ne voulé
pas que je retire cest argent par Tordre que l'on a mis sur mes billets ainsy je vous prie Mad^ prouvé moy le contraire dans la situations présentes ou le besoins est très violent chés moy n'ayant point d'autre resource vous le sçavé et point d'amploy jatent avec beaucoup d'impatience l'exécutions de vos promesses a mon Egard pour Etre employé au nom de Dieu ne mabandonné pas ny ma femme nom plus, qui prend la liberté de vous présenter ces profonds respect et fait chaque jours de même que moy des vœux au Ciel pour votre conservations et prosperitter. j'ay l'honneur d'Etre avec le plus profonds respect
Madame
Votre très-humble et trèsobeissant serviteur
De Courtilles
au nom de Dieu Madame ne nous laissé pas sy long tems sans nous donner de vos chère nouvelle et de létat de vos afaire
Chambéry ce 8" S^re 1754.
DL MADAAIL Uli WAKLNS 6)
Madame de Warcns conliiiuail de résider à Evian lorsque Wintzcnricd lui écrivil, de nouveau, le 7 mars 1755, ^*^ lettre suivante, qui complète celle du 8 octobre précédent et initie l'histoire aux embarras, sans nombre, qui assaillaient, alors, la pauvre baronne :
Madame
Personne au monde ne prend plus de part à votre indispossitions que ma femme et moy Dieu vieuUe vous redonner la sente et vous faire surmonté toutte vos pênes et inquiettude. pour repondre a tous les articles de Votre Lettre quoy que vous ne mavez jamais L'honneur de me répondre au mienne que par détour et non a mes artilles primo — sy vous m'aviez fait l'honneur de me repondre en son tens sur L'articles quy me conserne par M*" Nuert Le C^ de S' Laurent pour Lors cela auroit pu se faire apresent il ny faut plus pensé qua Noël prochain voila mad*" L'obligations que je vous ay, il ne faudroit plus donc qu'aussy manqué au
payem^ du mandat de M'De Choiry pour la S^ Jean pour me mettre dans le plus grand embarat du monde Dieu vieulle que vous ne le fassiez pas et quil soyent payé, il y a 7 mois et plus que je vous ay Ecrit pour L'artille de M' De Chaumont vous n'avez pas d'aigné jamais rien parlé ny a ces M" de Genève cest artille me regarde et non pas M'^Merkel ou fabre car vousL'aurié fait pourquoy m'empeché de faire mes affaires en me nonent d'un quelcun qui devoit passé icy au commencement de février pour achetter ma portions dittes vous et s'arranger avec moy. Aujourd'huy vous me faittes une propossittions dont je ne puis pensé que ce soit La votre idée de vouloir motter jusques au seul moyen qui peut me rester pour pouvoir me tirer d'affaire. Vous savez que j'ay besoin D'argent et non de Chimère car il faut vivre Mes'" de Genève peuvent avoir mis en fond environt Liv. 4500
M' Perrin 1000
) 7157 Moi 1000 1. d'un cotté ^
et 657 d'autre Fait 1657
Hors la cinquicnic de 7157 I. scroit pour mon conlc \.\^i 1. ^ Je scrois en avance de plus de 200 1. par ainsy je ne crains point ces messieurs il scn faut de beaucoup car je vous prie de joindre ce petit billet a mon conte et de ne le leurs point faire si<i:né mais de me le renvoyé tel autrement je seray obligé de protester contre tous d'allieur il y a bien des frais ou je n'entreray jamais c'est ce que je puis vous assuré tel est aussi le projet que je fait des charbons de tirer dans toutte nos fausse qui monte comme cy après
a La Sarra 2000
Nova Laisse 1000
La Rochette soit Les
Ilulie 300 .
> Ti/r ^ } 16300
a Montagny en 1 a- '
rentaise 6000
a Harache en Faus-
signy 7000
et quand nous ne retirerions que dix^ sols
le quintal de tous nos charbons les uns
dans les autre nous retirerions au de la de
notre déboursé ainsy Mad^ je ne puis ac-
cepter Toffrc que vous me faittes sans un content car il faut que je vive vous le scavé tout comme moj quelle sont mes faculter je nay donc a cause de votre silence a me repondre aud articles de mes Lettres perdu pour cette année toutte ressource du cotté de la Cour ten pour subside qu'enploy et pour la vente de ma portions il me faut du Contant Je ne crain nj ne redoute ces M'"^ de Genève quoyque vous et eux maye promis les 600 1. de Merkel à son absence je vois a quoy je doit me tenir qui est a rien aussi je ne me donneray pas beaucoup de mouvemen pour la Comp^^ car je ne verray rien que lors que Ton verra par vois juridique Temploy de l'argent dans toutte les fausse pour savoir sy le travail est fait dans les règles et sy le travail en meritoit la penne Je vous diray que je n'ay pas put encore avoir les papier de M'" le procureui Morel il me dit que vous Luj devez beaucoup et qu'il veut être pajé vous voyé par la que je suis dans Tembaras outre cela la procédure qua intenté contre moy le
i)i: aiadaml: de vvarens 67
S' l'cla de MoiUa^nolc pour les billons de sapin est dehors et en inlancc J'ay eut dcja trois ajournement personnel ehé le ju^e L'on est après Sandre auosy et ne scay pas trop comme tout cecy ira, M' Mcnsord de La ferrendierre pour qui vous avez paye 500 1. à M*" De Carpincl a été icy il est a Grenoble sy vous souhaité m'envoye son billet avec la lettre et le mettre a mon (Mxlre je me charge devant qu'il soit peut que vous en serez payée voyé sy vous souhaité me L'envoyé. Nous venons d'aprendre a présent la mort de M. le Conte de Bellegarde a Paris du 26 dernier et celle du Chevalier Didier Dindatrie a Argentine le 4 courant ayant fait les pauvres de la Charité de Chambery ses héritiers il doit 20 Livres à ]\L Dunoiret qui est fort en pêne Dieu vieulle que vous finissiez avec M*" Perrichon et ne craignié jamais que je dise votre situations bien loin de la car j'ay prouvé a Charbonnel et a tous le monde que vous viendrié icy dans le courant de may et que vous feriez honneur a toutte chose M'" Thorin cest
tout ce que vous faittes a Evian car cest luy qui madit que vous aviez asencé la maison de M. Lejeune et son jardin Je vous prie de me dire votre sentiment j'auroit envie décrire à M. Perrichon pour le prie de me protéger et de me faire avoir un employ en france de même qu'a M. Rousseau car il faut absolument pensé a faire quelque choses ou aller mendier nôtre pain ma femme et moy sy vous scaviez ma triste situations vous auriez pitier de moy, ma femme prend la liberté de vous offrir ces profond respect et se recommende a vos bontés pour que vous ne nous abandonnié pas. J'ay l'honneur d'Etre avec respect Madame
Votre très humble et très obéissant serviteur
De Courtilles
Chambéry ce 7® mars 1755
Ce document, conservé aux Archives de la Société florimontane d'Annecy, est, avec le précédent, d'une importance capitale. Communiqué à Replat, en 1855, par
1)1 MAOAMK Di: WARENS 69
Jules Vcrnaz, procureur du roi à Chambéry, son existence n'était connue, jusqu'à présent, que par une analyse succincte et la citation de huit lignes de la A^^)/c' sur tMjJjnic de \]\irc}is.
Cependant Madame de Warens continuait de s'endetter, sans trêve ni cesse. Sur sa demande, M. de Lambert, baron d'Angeville, avait, en 1754 et en 1755, fourni, durant onze mois, la pension à un sieur François Fabre, maître fondeur en fer coulé.
Ce dernier avait donné, à ce sujet, le 21 mars 1755, au château d'AUonzier, une déclaration écrite à Aimé-Louis de Lambert d'Angeville, publiée par Jules Vuy dans son excellent opuscule intitulé : Lettres inédites de Madame de Warens, Voici le texte de ce billet, dont les parties déchirées de l'original sont entre parenthèses :
« Je soubsigné françois fabre, maître « fondeur du fer coulé, certifie avoir de-
« meure en pantion, Tespasce de onse (( moy, ches monsieur noble de Lambert « baron Dangeville par ordre de madame (( la baronne de Warens de La tour. An « foy de quoy, jayfaitet signie Le présant (( certifica pour que La dit (te dame b) (( aronne de Warens peye ma pa (ntion « comme el) le a Convenu par ces letres à (( (Monsieur noble) de Lambert baron dan- (( geville. fait a (u château d'Allonz) ier. « Ce 21 mars 1755. françois (fab) re. ))
Néanmoins, les transactions allaient toujours leur train, dans l'entourage de Mme de Warens. En effet, Victor de Saint- Genis a publié, au Y volume de son Histoire de Savoie, document N° LXXXIII, la pièce intéressante dont voici la teneur :
Je soussigné au nom du sieur Rodolphe Wintzenried de Courtilles mon gendre et de Madame la Baronne de Warens de qui j'ai un pouvoir verbal assence et admodie à Jean Claude Charles de la parroisse de S*-Martin de Belleville ici présent, le droit
d'cxcavcr lui seul dans tout le territoire du dit s^ Martin de Helleville et des Allucs, tout [filon de charbon de pierres à l'exclusion de tous autres de la même manière que le privilège leur en a été accordé par patentes de S. M., à la charge qu'il payera tous les dommages qu'il causera par la dite excavation ; et c'est pour le temps et espace de trois ans, des ce jourd'hui commençant et par tel jour devoir finir sous la censé pour chaque année de dix livres monnaie de Savoye toutes les années payable a pareil jour que ce jourd'hui, a commencer d'ici en un an, sous la condition respectivement acceptée que venant a manquer régulièrement le payement de la dite censé, au moins huit jours après, le présent sera censé révolu, si ainsi le juge le dit S'" de Courtilles, ce que l'un et l'autre avons respectivement promis observer a peine de tous dépens, dommages et intérêts et à l'obligation le dit Charles de ses biens présents et futurs, et moi Bergonsy de ceux pour qui j'agis sous la clause de constitut en foi de quoi avons.
signés, à Moûtiers ce vintg six avril mil sept cent cinquante cinq.
signé : Bergonsy Ancenay J^^s Granier.
Pour copie conforme à l'original qui est
sur papier timbré duquel le sieur Jay
hippolyte dit Bolay de Villarrencel est
possesseur.
Modeste Puget.
à Villarenger le i6 7bre 1861.
La baronne entretenait, pendant ce temps, ses relations àThonon. Les Archives départementales de la Savoie possèdent, en effet, à la date du 3 mai 1755, ^^^ lettre adressée à Mme de Warens, à Evian, par un M. de Loes, qui lui explique les motifs qui l'ont empêché d'aller lui rendre ses devoirs plus tôt :
A Madame Madame la baronne de Wicarens A Evian.
Madame J'ettois bien à la bonne foy d'exécuter ma
painlc «.[Liand je promis qucj'aurois l'Iioiincur de vous aller voir peu de temps après cellui que j'avois eu de vr)us aller rendre mes obéissances à l£vian, mais la multitude d'affaire que j'ay ne me laisse pas le maître de faire tout ce que je devrois et que je voudrois.
Ma femme at été fort incommodée sur la fin de sa grossesse ce qui a à ce que je crois contribué à acoucher plutôt que Ion avoit conté d'un garçon qui par là ne paroit pas d'une bonne santé. La mère en at été fort malade et à présent le laict lui fait une cruelle guerre. Toutes ces circonstances me tiennent dans la gène et pour ainsi dire dans l'esclavage.
Si cependant j'avois cru de pouvoir trouver un cheval, je serois parti aujourdhui, pour vous aller rendre mes devoirs et répondre de vive voix à toutes vos bontés et confiance que vous me témoignés.
Je suis obligé par disette de fourrage de tenir les miens dans ma campagne qui est à 2 lieux d'icy. Demain il viendra quelqu'un de mes gens à qui je donneray or-
dre de Tamener et si Dieu me conserve et qu'autre mal n'arrive à ma femme j'auray l'honneur de vous aller trouver ces premier jour sans faute.
En attendant permettes que j'aye l'honneur de me dire avec un profond respect, Madame,
Votre très humble et très-obeissant serviteur.
De Loes
Thonon 3 may 1755.
Le mari de M""^ de Warens était mort quelques mois auparavant, à 66 ans, le 31 octobre 1754, et sa veuve pensait certainement, vers cette époque, à s'installer définitivement sur les bords du lac Léman, car, le 19 juin 1755, la baronne achetait, à Evian, une maison, dont elle devra résilier l'acquisition en 1757, faute de pouvoir en payer le prix. Elle intrigue, en même temps, pour ses affaires de mines, témoin le document suivant, conservé aux Archives départementales de la Haute-Sa-
voie, au Rcfj^istrc copie des lettres de l'Intendance du Faucigny, années 1753 *^ 1756; cette pièce a déjà été publiée par Théophile Dufour, dans sa remarquable étude : Jean- Jacques Rousseau et Madame de Warens ; notes sur leur séjour à Annecy d'après des pièces inédites.
Du 2'^ Aoust 1755
A Madame la Baronne de Warens de La Tour
Ilestvray, Madame, que j'ay, et aurois toujours pour vous un respect infini, sur ce principe vous devcs être plus que persuadée. Madame, que je n'échaperay pas une occasion à vous en convaincre, et de rendre à M" vos associés que j'estime beaucoup tous les services qui dépendront de moy, je n'ignore point non plus les avantages que nous procurera la Minière abondante de bons charbons que vous faites exploiter à Arache, et je pense que M*"^ nos Ministres en sont informés ; mais souffres. Madame, que je vous représente que sans un ordre de mes supérieurs. Je
ne peus donner le sentiment que vous me demandés à cet égard, et qu'aux dits cas je ne manqueray pas de leurs faire envisager autant qu'il me sera possible et que l'intérêt du Roy et du public l'éxi geront touttes les raisons que vous me faites l'honneur de me suggérer dans votre dite lettre vous prévenant néantmoins, Madame, que sans un ordre de la Cour, je ne scaurois permettre le transport des dits charbons par des radeaux sur la rivière d'Arve.
J'ai l'honneur d'être avec un très profond respect, M™% etc.
Vers la fin du même mois, Mme de Warens dut revenir à Chambéry ; en effet, le 22 août, la baronne passait une procuration par laquelle, étant obligée de s'absenter pour des affaires particulières et importantes, elle donnait pouvoir au sieur Claude Vidal, de Chambéry, de toucher, à partir de l'année 1756, les quartiers de la pension que le roi de Sardaigne lui allouait,— avec la stipulation de lui en réserver la moitié pour son entretien et d'appli-
i)i: MADAMi: i)i: warf.ns 77
quci" l'aiilrc à payer divers créanciers, qu'elle avait dans ce pays.
L'acte est passc^, non à la fabrique du Reclus, mais dans la maison du sieur Antoine Thonin, au faubourg de Montmélian, à ('hambery. L'un des témoins, Pierre Alichal, y est qualifie secrétaire de ladite da)uc. \^)ici la teneur de ce document, qui figure au Y volume de 1755, folio 197, des registres du Tabellion de Chambéry :