‹ Les dernières colonnes de l'égliseChapitre 10 sur 11 · A LA TENDRESSE MATERNELLE · texte numérisé non relu

A LA TENDRESSE MATERNELLE

Par deux fois, n'en pouvant plus, il a joint ses mains sur son cœur, les a tendues devant lui en levant les yeux au ciel, comme le prêtre offre le calice ;

Seigneur mon Guieu 1 j'suis près d'périr. Et v'ia ma peine, aile est ben vraie;

Puis, s'accoudant sur ses genoux sans repos, il les a ramenées sur sa pauvre bouche sans pain; puis encore, les laissant tomber sans les disjoindre, il s'est renversé pour essayer de voir le Consolateur dans la nuit mauvaise :

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Quoi y faut dir' ? Quoi y faut faire ? Jai mèni' pus la force ed'pleurer.

J'sais pas porquoi j'suis sur la Terre Et j'sais pas porquoi j' m'en irai.

Puis enfin le geste remontant et suprême des deux mains crispées ensemble, au-dessus de la clavicule, pendant que la face, tout à fait jetée en haut, implore désespérément :

Seigneur mon Guieu, sans qu'ça vous froisse, J'vous tends mon cœur, comm'la Pucelle, Et pis mes bras charg-és d'angoisse, Lourds du malheur universel !

Le pauvre homme est si éperdu qu'il demande « la liberté » 1 cette salope soixante-dix-sept fois infâme de liberté qu'il faut prendre de force et mener au lit à coups de bottes , car elle ne se donne jamais qu aux pourceaux ou aux assassins.

Après cela, il ne reste plus qu'à mourir. Mais auparavant il voudrait tant voir la Maison des pauvres « ousqu'on trouv'rait miséricorde » !

Eun' Mason, Sei/ai'neur, un Foyer Où y aurait pus à travailler,

Où y aurait pus d'terme à payer, Pus d'proprio, d'pip'let, d'huissier.

Y suffirait d'êt' su' la Terre,

Crevé, loufoque et solitaire, <

D'sentir venir son dergnier soir

Pour pousser la porte et.. . s'asseoir.

Quand qu'on aurait tourné l'bouton, Personn' vourait savoir vot' nom Et vous dirait — a Quoi c'est qu'vous faites ? Si you plaît ? Qui c'est que vous êtes ? »

Mais on dirait ben au contraire :

— a Entrez, entrez donc, mon ami, Mettez-vous à l'ais', notre frère, Apportez vos poux par ici. )>

Et pis dans les chambr's à coucher

Y gn'aurait des pieux à dentelles,

D' la soy'... d'ia vouât'... des oneillers,

Des draps blancs comm' pour des mariés,

Des lits-cage et mêm' des berceaux

Dans quoi qu'on pourrait s'fair' petiots ;

Voui des plumards, voui des berceaux Près d'quoi j 'mettrais esspressément Des jeun's personn's, prop's et girondes, Des rouquin's, des brun's et des blondes A qui qu'on pourrait dir' — « Moman ! »

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Ça s'rait des Sœurs modèl' nouveau Qui s'raient sargées d'vous endormir Et d'vous consoler gentiment A la façon des petit's mères,

— « Moraan, j'ai fait ci et pis ça ! » Et a diraient : — « Ben mon cochon ! »

— (.(. Moman, j'ai eu ça et pis ci. »

Et a diraient : — « Ben mon salaud ! »

« Mais à présent, faut pus causer, Faut oublier... Faut pus penser Tâchez moyen d'vous endormir.

Et surtout d' pas vous découvrir. »

Ma Mason, v'ià tout, ma Mason, Ça s'rait un dortoir pour broyés Ousqu'on viendrait se £air' choyer Un peu avant sa crevaison.

Le poème intitulé Z-e^ Masons, par quoi s'achève la présente édition des Soliloques et dont La Maison des Pauvres est la dernière partie, n'avait pas encore été édité. Le vagabond cherche sa maison parmi les cent mille maisons de Paris et c'est un étrange cauchemar de voir cette silhouette noire de rôdeur sur ce fond de bâtisses

et de ténèbres, à travers les différents quartiers, dans le bas des pages !

C'est ce que montre Steinlen et quand on a passé par là, ne fût-ce qu'un peu, il sort de cette vision comme une agonie de pitié. II cherche sa maison, ce pauvre d'entre les plus pauvres,

Et d' Charonne au quartier Monceau, Au milieu du sommeil des Hommes Me v'ià seul avec ma pensée Et ma gueul' pâl' dans les ruisseaux !

Quel périple ! Quelle Odyssée ! Quelles Lusiades de désespérance et d'horreur ! Il en voit de toutes les sortes, des maisons :

Y en a d' tous poils... y en a d' tout âge,

Y en a qui z'ont des flott's d'étages Et y en a qui z'ont qu'un preumier :

Y en a des r'tapées... des toul's neuves,

Y en a d' pimpanfs, et y en a d' gaies,

Y en a qu'a Tair triste des veuves Qui ne souriront pus jamais.

Quand j' rôdaill' dans les grands quartiers, J'en vois qu'est comm' des forteresses,

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Bouclées, cad'nassées et grillées.

Si Jésus voulait y entrer En disant : — <c Voyez ma détresse, v On s'rait pas long à 1* fusiller.

Y en a qu'est si rupin's et chouettes Qu'on s'dit qu'on aurait beau marner Fair' fortun' dans les cacahouettes, On pourrait jamais s'y plumer.

Quant aux quartiers des Purolains, Dans les faubourgs, dans les banlieues...

La plupart sont de grand's bâtisses,

Qui branl'nt, qui suint'nt, qui pleur'nt, qui puent,

De vraies casern's piein's de ménages

Où y a, quoi qu'en dis'nt les repus,

Du malheur à tous les étages.

Des p'tiot's sont encor pus affreuses. . . A sont gâtées... ruinées... lépreuses, On croirait des chicots pourris Bordant la gueule de l'enfer...

Mais il lui faut sa maison, à lui, celle qu'il a décrite et qui ne peut être, en fin de compte, que la Maison d'Or invoquée dans les Litanies, désignée paraboliquement à toutes les pages du Livre Divin, l'Unique sans souillure, la Toute-

Pleine de Grâce, la seule où Dieu ait voulu descendre quand il est venu chez les hommes et dont tous les habitacles de la terre ne sont que de ridicules et douloureuses défig-urations.

Il a trouvé cela au fond de sa peine : un besoin immense et ravageur de Celle que les Siècles nomades ont proclamée le Refuge, la Tour, l'Arche, la Maison toute en or, la Porte du Ciel, l'Etoile du matin, le Salut des faibles, la Consolatrice et l'Auxiliatrice et que les chrétiens nomment dix fois Reine, après l'avoir appelée onze fois Mère, très-exactement.

« Il semble qu'on reste pauvre toute sa vie, quand on a pas été aimé par sa mère, o m'a dit ce grand poète, faisant sur lui-même un mélancolique retour. Etre privé de tendresse maternelle, être privé de maison, voilà pour lui deux idées consubslantielles — réalisant ainsi, tout à fait à son insu, l'exégèse la plus profonde.

Et voilà que le pauvre qu'il a voulu faire, le pauvre si poignant et si bouleversant des Soliloques, ce pauvre complet, indigent surtout de

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foi religieuse, — en qui, pourtant, ces deux confluentes idées s'incorporent — voilà qu'il ne peut pas faire un pas dans la rue sans y rencontrer Jésus-Christ qu'il croit reconnaître, ni sans crier, de manière ou d'autre, vers Marie qu'il ne connaît pas.

Voui, j'suis un typ', moi, j'en ai d'bonnes. Quand les aut's y sont dans leur lit.

Bibi y Irimballe eun'Madone :

Notre-Darne des Démolis !

C'est quand j' suis 1' pus rauque et farouche Qu'a ni'apparaît comme un rayon !

Voui, quand jVas ruer dans les brancards, Tout par un coup v'ià qu'a s'élève, La Cell' qui dort au fond d'raes rêves Comme eun' bonn" Vierg' dans un placard !

Qui c'est? J'sais pas, mais aile est belle :

A s'iève en moi en Lun' d'Eté,

Aile est postée en sentinelle

Comme un llambeau, comme eun'clarlé !

A m'guette, aile écout' si j' l'appelle Du fond du soir et du malheur; Mèm' qu'elle a les tétons en fleur Et tout l'Amour dans les prunelles 1

Tout le cas du dernier poète catholique est dans cette dernière citation. Il ne sait pas ce qu'il aime, mais il meurt d'amour. Il ignore ce qui l'attire, mais il gravite par force, il tombe irrésistiblement sur Dieu et sur la Mère de Dieu toujours Vierge.

Et cela va si loin, dans l'expression, que son Pauvre — qui n'est autre que lui-même à une incroyable profondeur — ne rêve que de mourir dans les bras et sur le sein nu d'une femme qu'il appellerait « Maman » et qu'il téterait avant d'expirer,

Les yeux clos et les mains crispées Par la mort et par le plaisir.

Il y a une personne sur soixante-dix-sept mille qui comprendra ça. Et je m'en fiche. Le moyen que des gens passionnés pour l'automobilisme comprennent quelque chose à n'importe quoi? On est forcé de penser pour soi, d'écrire pour soi et d'espérer la fin de tout. Demain ce sera pis encore.

Rictus est accusé de sensualisme grossier ou de paganisme naïf. Le public, naturellement, le croit pornographe. Oui pornographe et même rigolo, à cause de quelques traits satiriques aperçus dans ses quatrains. S'il n'est pas classé parmi les scatologues, cela tient à ce que sa tendance religieuse est ignorée jusqu'à ce jour. Lorsqu'on le saura catholique, le doute à cet

égard ne sera plus permis. Je sais ce que je dis.

Telle est l'intelligence contemporaine. Vous pensez ce que deviennent les « tétons » des « petites mères », en passant par de telles âmes et de tels cerveaux! Je serais curieux aussi de voir l'effet, sur un auditoire de beuglant, de l'épouvantable et magnifique poème Pierreuse, dans Doléances, clameur tragique s'il en fut jamais.

Il y a encore la Farandole des Paiivs tifs Fan/ans, pièce relativement très-connue par quoi finissaient les précédentes éditions des Soliloques et qui est, peut-être, en poésie, la trouvaille la plus douloureuse.

Ah! par exemple, je ne vois pas le moyen de s'emballer luxurieusement ou joyeusement sur la Jasante de la Vieille, autre lamentation publiée, l'an dernier, en une plaquette amarante intitulée Cantilênes du malheur (i). Cette fois encore il y avait une maman, mais les sens n'avaient rien à y voir, je vous en réponds, non

(i) Paris, Seviu et Rcy.

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plus que la rate ou la fressure des bons rig-olos. « Jasante » est la délimitation argotique de l'idée de prière et la « Vieille » est une mère de douleurs venue pour gémir dans le lointain cimetière des suppliciés où est enterré son enfant. Elle ne sait pas exactement où est le corps :

Où c'est qu'on t'a mis ?

D' quel côté ? Dis-moi... mon ami ?

C'est plat et c'est nu comm' la main :

Y a pas eun' tombe... pas un bout d'croix,

Y a rien qui marqu' ta fosse à toi...

Sa prière, c'est de lui parler, à cet invisible, et le monologue, de plus en plus cassé par les pleurs, ressemble à un bêlement de vieille brebis restée seule, dont le boucher n'aurait pas voulu. C'est poignant à crever le cœur, ce rappel têtu des anciens jours, cette lubie obstinée d'une malheureuse presque en enfance, à force de chagrin, et qui veut toujours voir le petit garçon « si doux » d'autrefois dans la carcasse putréfiée de l'assassin raccourci :

Comme ej' l'aimais... comme on s'aimait ! C'était toi, ma seul' distraction,

Moa p'iit mari... mon amoureux !

T'étais râblé, frais et rosé,

T'étais tout blond et tout frisé

Comme un n'amour... comme un agneau.

Et j'en ai-t'y passé d' ces nuits (Toi dans ton p'tit lit endormi), A coude auprès de l'abat-jour Jusqu'à la fin de mon pétrole !

Des fois. . . ça s'tirait en longueur Mes pauv's z'yeux flanchaient à la peine. Alorss en bâillant dans ma main, J'écoutais trotter ton p'tit cœur Et souffler ta petite haleine,

Et rien que ça m'donnail du courage.

Ah ! en c'temps-là, dis, mon petit, De qui c'est que t'étais la lifille, L'amour, le trésor, le soleil, De qui c'est que t'étais V Jésus ?

De ta V^ieille... est-ce pas? De ta Vieille.

Qui faisait tout's tes volontés ?

Qui t'a pourri ? Qui l'a gâté ?

Qui c'est qui n'ta jamais battu ?

Et l'année d'tâ fuxion d'poilrine Qui l'as soigné, veillé, ffuéri ?

LE DERNIER POETE CATHOLIQUE 2Ctg

C'est y moi ou Len la voisine ?

Et à présent qu'le v'ià ici

Comme un chien crevé... eune ordure, *

Comme un fumier. . . eun' pourriture,

Sans un brin d'tleurs, sans eun' couronne

N'avec la crèm' des criminels...

Qui c'est qui, malgré tout, vient t'voir ? Qui qui t'esscuse et qui t'pardonne ?

Qui c'est qu'en est la pus punie ?

C'est ta Vieille... toujours.. . ta fidèle. Ta pauv' vieill' loqu' de Vieille, voistu 1

Oh! Louis tiens-toi sage.

Sois mignon. . .j'arr' viendrai bentôt...

Seul'ment... fais dodo... fais dodo, Comme aul'fois dans (on petit lit...

Tu sais ben. . . ton petit litcage. . .

Chut !... c'est rien qu' ça... pleur' pas. .. j'te dis Fais dodo va... sois sage... sage, ' Mon pauv' tout nu... mon malheureux,

Mon petiot... mon petit petiot.

Cette mère ne sait pas s'il y a un Dieu, mais elle sait qu'il y a un Jésus qui est son douloureux fils effroyablement égorgé pour les crimes de tout un monde, exactement comme l'Autre

qui était Dieu fut égorgé, avec cette différence à faire sangloter les morts, qu'il n'est pas un innocent. Mais la pauvre femme n'a pas besoin de savoir. L'horrible monde bourgeois qui tue les enfants des mères, durât-il encore des mille ans et lui fallût-il vivre jusque-là, elle viendrait toujours à ce cimetière de malédiction et d'infamie pour consoler au fond de la terre son premierné, son dernier-né, son nouveau-né, l'enfant de ses entrailles désolées de vieille mère dont la justice des hommes a fait un berceau d'éternité silencieuse.

Ah ! le plus dur de sa peine est assurément dans ces vers que je n'osais pas citer :

T'étais si doux... et pis... si beau... A caus' que moiy Pavais nourri.

Ce dernier vers ne semble rien et il n'est peutêtre pas grand'chose, mais, qu'on y prenne garde! le poète l'a écrit dans sa maison, l'affligé poète réduit à chercher sa propre mère dans le fantôme de cette malheureuse devenue ainsi deux fois la mère du condamné^, du supplicié, de

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celui qui est logé sous la terre, au-dessous des abominables pieds de ses juges et qui a besoin d'être consolé.

Le vieux corps de cette mère n'a plus de mamelles, mais il lui reste d'allaiter de son âme son pauvre enfant, qu'il soit un poète ou un assassin. Et ce geste de compassion surnaturelle fait chavirer toutes les Balances...

Jehan Rictus écrivant la Farandole a été, dans la pitié pour les Innocents, aussi loin qu'on puisse aller. L'effet de cette complainte est foudroyant. Mais, dans la Jasante, il paraît avoir eu la vision d'un deuil plus grand, incommensurable, le deuil des mères qui ont vu mourir leur enfant-Dieu dans l'ignominie et dont la plainte est répercutée au fond du gouffre par le gémissement inaudible des défunts.

Le secret de sa puissance de poète qui est énorme ne serait-il pas dans l'obsession simultanée de ces deux misères presque infinies : l'enfant sans sa mère et la mère sans son enfant? Tout le mal de ce monde est assurément con-

tenu dans ces deux formules. Cependant l'âme quasi-prophétique de Jehan Rictus le précipite surtout à la première. Sûr que les enfants ont un besoin éternel d'être allaités corporellement et spirituellement, le dernier degré de l'infortune est, à ses yeux, de n'avoir pas eu de part à cette douceur... Cela fait une détresse de toute la vie, la détresse des orphelins qui meurent de faim, à trois mois ou à quatre-vingt-quinze ans, pour n'avoir jamais pu téter leur mère!

Et maintenant, mon cher Poète, c'est à vous que je parle. Nous sommes, vous le savez, deux misérables, deux minables, deux anti-bourgeois, deux maudits,... deux locataires. Nul n'ignore, parmi la crapule des lettres, que nous sommes vraiment impossibles et, pour tout dire, uniques à ce point qu'il n'existe aucun moyen de s'arranger avec nous et moins encore de nous arranger. Nous sommes pour l'Art, pour la splendeur de la JUSTICE, pour la Pitié magnifique— sans putanat. Nous sommes des brûlants, et voilà pourquoi nous sommes des vomis.

C'eût été trop monstrueux que je ne parlasse pas de vous, à la fin. J'étais si désigné pour ça ! Mais il fallait une certaine heure. Je doute que

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mon suffrage vous soit profitable. Il est même à prévoir que vous en serez puni de manière ou d'autre par les Laurent ou les Edmond que j'utilise. Je n'ai pu, d'ailleurs, que me répéter à propos de vous. Il y aura bientôt vingt ans que je rends mes contemporains, à peu près sans exception. Que demander de plus à un seul homme?

Vous ne seriez pas un grand poète que je vous appartiendrais encore, parce que vous aimez le Pauvre — sans anthropophagie ni cabotinisme. Richepin, Séverine, Bazar de Charité! Ça finit quelquefois très-mal toutes ces « trompettes » exécrées dans l'Evangile. Cependant vous n'êtes pas tout à fait selon mes formules et je m'en afflige. Vous n'êtes pas davantage selon mes pratiques et j'en suis profondément triste. Mais, comme vous êtes un enfant de Dieu, il est fort probable qu'un jour vous me guérirez de la lèpre ou de la paralysie par l'imposition de vos mains et voilà ce qui me console. En attendant, il est acquis et indiscutable que vous êtes sans

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défense contre la Créature infiniment miraculeuse par qui tous les pauvres et tous les enfants des pauvres sont allaités. Elle est la Mère des vivants, c'est-à-dire, encore une fois, des pauvres, puisque les riches sont tous des morts et des morts en putréfaction, d'abominables charognes...

Oubliant les biscuits et les chromos, rappelez-vous seulement qu'EUe se nomme Pleine de Grâce et qu'EUe a Sept Glaives dans le cœur; vous La reconnaîtrez à ce signe.

Un prophète qui fut le Roi des Éblouissements annonçait, il y a truis mille ans, o^ Elle rira au dernier jour et je vous donne rendezvous pour être les spectateurs, auprès d'Elle, de l'écartellement du Monde tiré aux quatre chevaux de l'Apocalypse... Quand le moment sera venu et que les hommes agoniseront de terreur au fond d'un gouffre de silence, on entendra soudain l'éclat de rire colossal de l'Immaculée Conception!

LelMendiant prie au seuil de l'Église...

Seig-neur Jésus ! J'aimerais mieux que vous n'eussiez pas de maison. Regardez ces colonnes qui ne permettent même pas qu'on vous aperçoive de loin sur votre autel.

C'est vrai que je suis fameusement audacieux de vous parler de la sorte, puisque je suis un pécheur et que c'est à peine si j'ai le droit de lever les yeux.

C'est vrai aussi que je suis pieds nus et que je n'ai ni bourse ni besace. Mais n'est-ce pas ainsi que vous envoyâtes vos disciples, en leur recommandant avec mystère de « ne saluer personne en chemin »?

Vous me ferez cette justice que j'ai salué peu de gens depuis si longtemps que je suis errant parmi les hommes, à la façon d'un désespéré,

ayant choisi d'être compagnon du Vag-abond éternel.

Je crie donc vers vous, Seigneur. Est-il croyable que vous habitiez encore une demeure que ces misérables disent la vôtre et qu'ils prétendent soutenir comme des piliers inébranlables?

Donnez-moi la force d'un Samson pour jeter une bonne fois par terre cette caverne de voleurs et d'imbéciles plus impitoyables quedes assassins.

Alors, ô Saint Sacrement, vous irez par les chemins et par les champs, porté dans les cœurs brûlants et pantelants de quelques lapidés qui seront vos pauvres et à qui vous déléguerez votrepouvoir. Et, comme l'heure est proche où le Paraclet doit enfin venir, jamais on n'aura rien vu d'aussi beau!

En ces jours espérés depuis tant de siècles par tous ceux qui souffrent, ce sera si épouvantable d'être riche qu'il y en aura qui voudront avaler leur or liquéfié pour le cacher dans leurs intestins !

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