INTRODUCTION
jeux et les leçons. Plus tard^ lorsque la Bretagne se souleva contre la république^ il se fit chouan.
Et ce fut^ dit-on^ un terrible chouan !
Plus tard encore^ il émigra en même temps que son ami et maître le marquis de la**% mais Job était fait pour les landes de Bretagne, et ne sut point vivre en un autre pays. Il revint un beau jour sur une barque jersiaise, et commença la vie qu'il a toujours menée depuis lors.
Ce n'est pas un mendiant. Il ne demande rien; bien plus il n'accepte rien, si ce n'est le gîte et le repas. — Quand sa blouse, usée par un trop long service, tombe en lambeaux, le marquis de la*** lui donne une blouse neuve.
Les paysans lui offrent une botte de foin dans la grange, l'été ; l'hiver^ un coin de la salle commune et place à table.
Il paie cela en histoires racontées aux veillées.
Job est en effet un merveilleux conteur. Nous l'avons entendu bien souvent durant de longues heures. Lorsqu'il se taisait, nous croyions qu'il venait seulement de prendre la parole.
Si les récits qu'on va lire .semblent ternes et décolorés, qu'on ne s'en prenne point à lui, mais à nous. C'est lui, hélas ! qu'il faudrait entendre avec sa voix
6 tES DERNIÈRES FÉES. n
pleine et sonore^ son geste éloquent, sa pantomime inimitable. Tandis qu'il parle^ chacun se tait; on craint de se mouvoir; on ne respire pas. Chaque intelligence est suspendue à sa parole ; il est Tâme de tous ces corps qui ne sentent^ qui ne vivent que par lui.
Lorsqu'il mourra, -— et il est bien vieux I — ce sera un jour de deuil pour trente paroisses. Les enfants l'attendront en vain^ cherchant, à Thorizon, sur la lande, sa haute et sévère silhouette, et se demandant pourquoi Job-Misère est si longtemps à revenir. Les jeunes filles seront tristes en songeant à ces belles histoires qui les faisaient sourire et pleurer. Les garçons se souviendront des nobles batailles qu'il savait si bien raconter.
Car Job-Misère a des contes pour tous les âges et pour tous les goûts. Les quelques récits qui vont suivre sont un atome dans son vaste répertoh^e. — Peut-être y puiserons-nous de nouveau quelque jour. En ce siècle de plagiat, personne ne se gêne, et le pauvre Job-Misère est trop fier, trop charitable et trop sensé pour nous intenter jamais un procès en contrefaçon.