LES JUMEAUX DE SOUZA
Le lendemain, Alfonse de Bragance fut solennellement couronné en la salle du palais de Xabregas, devant cette môme assemblée qui avait assisté à sa honta de la veille. Â ses côtés, et si près du trône, que les franges du dais caressait son front, était dom Louis de Souza, comte de Gastelmelhor.
Alfonse ne semblait ni joyeux ni chagrin. Il bâilla bien des fois durant la cérémonie, et se dispensa d'assister au service funèbre de la reine sa mère, alléguant pour prétexte qu'il y avait deux jours que ses taureaux d'Espagne ne l'avaient vu.
La jîlupart des grands seigneurs, a demi satisfaits par la disparition de Conti, suivirent le roi au palais d'Alcantara. Gastelmelhor était bien, lui aussi, un favori, mais son illustre naissance faisait, en bonne jurisprudence courtisanesque, qu'on pouvait sans honte accepter ses caprices et se courber devant sa volonté.
Le roi le nomma, le jour môme de son couronnement, ministre d'État et gouverneur de Lisbonne.
Quelques jours après la mort de la reine, tous les membres de la maison de Souza se trouvaient rassemblés dans cette salle de l'hôtel du môme nom, où se sont passées plusieurs scènes de ce récit. La comtesse, dona Inès et Vasconcellos étaient en costume de voyage. Gastelmelhor
Di-gitized by
portait un magnifique habit de cour.* Dans la cour plusieurs carrosses attelés attendaient.
— Adieu donc, madanae, dit Gastelmelhor en baisant la main de sa mère; adieu, mon frère, so^ez heureux*
— Dom Louis, répondit la comtesse, je vous ai pardonné^ Maintenant que vous voilà {ftiissant^ soyez fidèle*
— Dom Louis, dit à son tour Vasconcellos, je ne vous ai point pardonné, moi, car jamais 11 n'y eut contre vous de colère dans mon cŒur« Mais je vous ai jugé : si vous me, cédez maintenant la main de dona Inès, c'est que vous vous croyez trop haut placé pour avoir encore besoin de sa for-
'tune.
— Vasconcellos !.é. voulut dire dom Louis.
— Je vous connais, reprit celui-ci. Et s'approchant tout à coup il ajouta à voix basse : Âdieu^ dom Louis; je vais loin d*ici, bien loin, pour n'entendre point parl^ de vous. Mais si la voix du peuple de Lisbonne se faisait qaei* que jour assez forte pour arriver jusqu'à moi, et venait me dire que Souza suit les traces de Vintimille, je reviendrais^ seigneur comte; car j'ai fait un serment au lit de mort de mon père.
Castelmelhor s'inclina froidement et baisa la main d'Inètf^ de Gadaval en la nommant sa iiœur. Puis il sortit pour se rendre auprès du roi.
Les autres membres de la maison de Souza prirent place dans un carrosse, et le cocher fouetta les chevaux.
— Y a-t-il bien loin d'ici au château de Vasconcellos? dit un étranger à l'un des valets de la comtesse.
*- Sic jours de marche.
— Pas davantage?... je vais aller avec tous*
— A pied? demanda le valet étonné.
— Pourquoi pas? répondit froidiement l'Oranger.
A ce moment, le carrosse qui portait les deux danl6s et Simon s'ébranla et passa près des deux interlocuteurs*
Simon jeta par hasard un coup d'œil de leur côté. Il reconnut Baltazar.
— Que Dieu me pardonne mon ingratitude ! s*écria-t-il, j'allais oubUeir l'homme qui deux fois m'a sauvé la tic$.é< et
Googre
qui a fait plus que cela pour moi, ajouta-t-il en regardant Inès avec tendresse.
Le carrosse s'arrêta. Quand il s'ébranla de nouveau, Baltazar, joyeux et confus à la fois, était assis entre Simon et la comtesse, au grand étonnement de la livrée de Sou2a.«.