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LE CHATEAU DE MALESTROIT

LE CHATEAU ItE MALESTROIT

M. de Rohan s'était fait, en ce temps-là, huguenot, ce qui était grande pitié pour un seigneur de si belle race.

On était à la deuxième moitié du seizième siècle. M. de Hercœur menait la ligue en Bretagne. Catholiques et gens de la religion se battaient fort rudement sur tous les points où ils se rencontraient.

Il arriva que les gens de M. de Rohan qui était alors à Paris, se laissèrent vaincre par HM. de Guer et de Malestroit, bons gentilshommes et fervents catholiques, qui les chassèrent à la fois de Rohan et du château de Guéméné. Les vaincus traversèrent en fuyant une partie du pays de Vannes, et ne s'arrêtèrent qu'au château de la Roche-Bernard/ dont le seigneur tenait pour la réforme.

Le chef des hommes d'armes de Rohan se nommait Guy de Plél». C'était un dur soldat, ne croyant ni à Dieu ni à diable, vivant de rapine, et toujours prêt à

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faire le mal. Il se ligua tout d'abord avec le mattre de la Roche-Bernard, et leurs troupes réunies mirent k rançon tout le pays des alentours. Ces deux mécréants ne faisaient nulle distinction de gentilhomme à vilain; ils pillaient les chaumières comme les châteaux, et ce ne fut bientôt, à dix li^es à la ronde, que misère et désolation.

H. de Malestroit, avant de quitter son château pour guerroyer contre les huguenots, avait laissé sa femme, Marguerite de Guer, au soin d'un fidèle serviteur, roturier de naissance, qui avait nom Toussaint Rocher. Toussaint n'avait jamais porté Tépée ni Tarquebuse de combat, mais il était brave, et, dans \me rencontre, il eût été un dangereux adversaire, car, chasseur de son métier, il maniait également bien raii)alète et la lourde carabine à rouet.

C'était un boname des marais. Son enfance s'étaii passée sur les bords de l'Oust, dans un petit manoir de la maison de Malestroit, que son père tenait à fief. Appelé par son seigneur au xîhâteau où il remplissait l'office de veneur depuis plusieurs années, Toussaint n'avait point oublié le passe-temps de sa jeunesse. Il se souvenait de ses compagnons restés simples paysans, et venait souvent visita sa vieille mère, w*ive mainte* nant, et habitant toujours le petit manoir de Gouriâ,

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dont les muraiUes l^i^dées se miraient dans les eaux claires du jpdarais.

Cependant MM. de Guer et de Malestroit^ poursuivant le cours de leurs succès^ s'éloignaient de plus en plus de leurs donwines. Jls traversèrent toujours vaijoqueurs, une bonne partie de la Basse-Bretagne^ et firent dessein d'aller assiéger Quimper* Une seule pensée venait troubler parfois la joie de leurs triomphes. Tous deux songeaient à la belle Marguerite, qui était la fille unique et chérie de Guer, et qui venait de donner un héritier à la noble maison de Halestroit. Us songeaient à elle, à son enfant, mais cela ne les empêchait point de mettre chaque jour quelques longues lieues de plus entre eux et le château qui renfes'mait ce précieux trésor.

Que pouvaient-ils craindre, en effet ? Les gens de Bohan avaient été vaincus, et Toussaint Bocher, serviteur fidèle, avait avec lui dix hommes d'armes de Guer, qui se fei^aieiit tous tuea*, jusqu'au dernier, pour défendre la fille de leur maître.

Voilà ce que pensaient l^ deux bon^ sf^gpeur^, 4ussi aUaiept-ite le ccaur léger, et l'épéç au vent, toujours prêts à combattre les liugviepot$, et m^vgréapt contre dame fortune toute fois que les hérétiques ne se présentaient pas deux contre un, pour le moins.

Au temps où Marguerite de Guer était damoiselle^ nombre de gentilshommes s'étaient disputé sa main. Parmi ces conquéranjf , se trouvait Guy de Plélan.

On ne peut trop dire s'il aimait Marguerite; mais^ à coup sûr^ il aimait de passion sincère et fougueuse le beau château de Guer et l'héritage du vieux seigneur.

Repoussé par la jeune fille, qui lui préféra Amaury, seigneur de Malestroit, Plélan conçut une haine mortelle contre les deux époux, et se fit huguenot tout exprès pour combattre son heureux rival.

Vaincu par Amaury sur le champ de bataille comme il l'avait été autrefois dans les nobles salons de Guer, il sentit redoubler sa rage, et jura de mourir ou de se venger. L'esprit du mal entend d'ordinaire ces serments impies, et fait en sorte que l'une des deux alternatives se réalise tôt ou tard.

Retranché au château de la Roche-Bernard, qui était une forteresse réputée imprenable, Plélan dominait toute cette partie du pays de Vannes, située entre Redon et Ploêrmel. Après avoir amorcé ses gens par le pillage de quelques bourgades, il se mit en route une nuit avec cinquante chevaux et tenta de surprendre Malestroit.

Vers minuit, la jeune comtesse fut réveillée par le

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