LE GHATBAU DE MALESTROIT
retentissement des masses d'armes^ heurtant le chêne épais des portes et par les cris perçants des sentinelles qui gardaient les remparts*
En un instant^ tout fut tumulte et désordre dans le château. La garnison^ découragée par sa faiblesse^ fit néanmoins face à Tennemi qui débordait de toutes parts^ et chaque homme d^armes^ sans espoir de vaincre^ mourut à son poste^ comme il convenait à des soldats de Guer. Plélan^ maître des murailles^ se précipita dans la place à la tête de ses gens.
— Veillez aux portes! cria-t-il; que personne ne puisse quitter le châteaa Le pillage commencera seulement quand on aura trouvé madame Marguerite... Dix onces d^or à qui me Tamènera !
Les vainqueurs se dispersèrent en tous sens dans le château. Plélan^ lui^fit allumer du feu dans la grande salle^ et^ s'étendant sur un fauteuil brodé aux armes de Halestroit^ il demanda du vin,
La grande salle était ornée^ comme c'était Thabitude^ d'une tapisserie d« haute lisse^ représentant les faits et gestes des anciens héros du nom. En outre^ un long cordon de portraits de famille faisait le tour des murailles.
— Elle va venir I pensa Guy de Plélan, qui but son premier verre de vin à petites gorgées.
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En remeUânt le gobelet vide sur la tidde^ il porta son regard sur les raideset fiers visages des vieux mes de Malestroit. Un sourire brutal et satisfait vint épanouir sa lèvre.
— • Messelgneurs^ s^écria*t-it^ vous me soubaitemz de bon cœur la bienvenue, si vous pouviez parler^ n'estee pas? Ah t mes nobles bôtes^ vous voilà prisonmer^ d^on bien pauvre gentilhomme, vous qui portez une couronne de comte au-dessus de votre éeusson... A votre santé, messeigneurs !
n vida d^un seul trait un énorme g(Aelet, et ajouta, en perdant son insolent sourire :
— Mais elle tarde bien à venir !
L'impatience le gagnait. Pour tromper cette impatience, il saisit un flambeau et fit le tour de la salie, s'arrêtant un instant devant chaque portrait pour kri lancer quelque misérable et grossier sarcasme.
Au bout d'une vingtaine de pas, il s'arrêta. CJn tremblemaoït fugitif et involontaire agita son bras.
— Ermengarde! mumiûr»t-il en épelant péniblement le nom inscrit en lettres d'or au'-deasous de l'un des pcM^^raits. — €elle-ci ét|iit, dit-on, une sorcière!
La toile représentait une femme jeune encore et d'une admbable beauté, Ses yeux étaient baissés. Une
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tristesse profonde tempéraitl^austère expressionde son visage. C'était «ne de ces physionomies hautaines et mélancoliques que la croyance bretonne regarde comme un présage de courte vie.
— Soarcière ou non, s'écria Plëlan, honteux de sa frayeur passagère> j^ viderai une coupe à sa santé.
Il revint vers la table et se versa pleine rasade.
Mais, au moment où il portait le gobelet à ses lèvres, son œil tomba par hasard sur une partie de la tapisserie où était birodée une scène étrange :
Madame &menga»de, — c'était bien elle, il n'y avait pas à s'y tromper, — se tenait debout à l'arrière d'une barque qui semblait emportée par le courant. Elle souriait et appelait de la main une autre barque pleine d'hommes armés. A l'avant de son esquif, et si près que l'écume blanchissait dé|à la proue, m gouffre béant tournoyait.
PJélan se prit encc^re à tremble», .et -il treoobla plus fort que la première fois, car il crut voir le regard de la comtesse répondre à son regard. II lui sembla que c'était à lui que s'adressait son geste et qlPelle semblait vouloir l'entraîner dans <je gouffe, vaste et infranchissable tombeau.
— Oui, oui I dit'il, comme s'il eût jchercbé à se rassura»*; j'ai entendu parler de cela.... La sorcière at-
tira dans Tablme un brave officier du roi^ et sauva ainsi^ en mourant^ son rebelle de père... Que m'importe ? — A ta santé, noble dame I
Plélan ne but pas, et recula jusqu'auprès du foyer. Soit qu'il fût ivre déjà, — soit tout autre motif, — il avait cru voir la tête de la comtesse répondre à son toast par une grave inclination.
Il s'assit, le dos tourné à la terrible tapisserie, et, saisissant le broc, il but à même, demandant au vin du courage. Le vin lui fit en effet oublier Ermengarde, et lui rendit le souvenir du véritable but de sa présence au château de Halestroit.
— Marguerite ! s'écria-t-il tout à coup. Les misérables l'auront laissée échapper !
Il frappa violemment la table de son poing fermé ; les veines de son font se gonflèrent, son œil devint terne et sanglant.
— Pour sa perte, murmura-t-il, il me faudra plus d'une vie !
A ce moment des bruits de pas se firent entendre dans le corridor, et les hommes d'armes entrèrent un à un. Personne n'avait vu la jeune comtesse.
— Qui vais-je pendre? se demanda Guy de Plélan. Le dernier honune d'armes entra. Il traînait un
prisonnier qu'il poussa rudement au milieu de la salle.