FIN DE RÈGNE I
L'épouse du gros financier, Madame X..., est toujours coquette, Mais la cinquantaine la guette Et le temps, ce vieux carnassier, Ronge, de sa griffe d'acier, Sa peau si blanche et la marquette.
Ah ! certes ! du matin au soir Elle lutte, lutte, se cabre, Contre l'envahisseur macabre, Avec les fards du désespoir !...
Sans cesse c'est une palabre Entre Madame et son miroir.
Où sont ces yeux que le poète
Célébrait en vers décadents?...
Où, ces cheveux noirs?... Où, ces dents,
Perles de l'Orient en fête?...
Ils doivent fuir le tête-à-tête :
Il leur faut les lustres ardents.
I06 FIN DE RÈGNE l
Naguère, sa belle poitrine Faisait dilater la narine Frémissante des amateurs, Quand les deux jumeaux tentateurs Pointaient vers les admirateurs Leur double fraise purpurine.
Quand son corset se dénantit De son dépôt, à la nuit noire, Maintenant le mont s'aplatit Dans un exode ondulatoire Et s'épand... C'est, en plus petit, Un débordement de la Loire.
La couturière est aux abois; Coiffeur, masseuse et camériste Ont fait flèches de tous les bois :
Rien n'y peut... La ruine insiste, La nature reprend ses droits...
Oh ! triste, triste !... Combien triste !
Un soir, elle murmurera : « Allons ! la destinée est telle, « Il faut dételer, je dételle. »
Et, courageuse, couvrira Sa gorge sous une dentelle Pour s'en aller à l'Opéra.