A LA COMPLAINTE QUI SUIT
Il y a une trentaine d'années de cela, mon éditeur E. Flammarion et moi nous étions traduits en Cour d'Assises; lui, pour avoir édité, moi pour avoir écrit le livre : Pour dire entre Hommes, qu'un inquisiteur moyen-âgeux avait estimé outrageant pour la morale et les mœurs.
Tous les meilleurs avocats de Paris s'étaient offerts pour nous défendre, sans honoraires, heureux de remporter un succès avec un plaidoyer humoristique. Nous avions pris: Flammarion M^ Pouillet, moi, M^ Léon Renault qui, tous deux, ont été Bâtonniers de l'Ordre. Au dernier moment, M« Léon Renault, empêché, envoya son jeune ami, Anfony Aubin, qui fit une plaidoirie charmante et qui est devenu, on le sait, un des maîtres du Barreau.
Le huis-clos avait été prononcé. Pensez-donc! On allait ouïr des choses épouvantables / Rien que des avocats dans la salle, mais ils la remplissaient avec leurs invités. Pendant que l'avocat lut les pièces incriminées, pendant les plaidoiries, ce ne fut qu'une succession de rires, chez les avocats spectateurs, chez les Jurés, et si le Président ne tonna point contre ces manifestations joyeuses, c'est que lui même riait.
Quand les Jurés, pour la forme, se retirèrent afin de délibérer, tout le monde était fixé. Au bout de dix minutes les dits
Jurés rentrèrent en nous envoyant des sourires et des saluts et le chef déclara que nous étions, à l'unanimité, reconnus innocents comme des agnelets venant au jour.
Le résultat fut que dans la semaine qui suivait on vendit 5.000 exemplaires de Pour dire entre Hommes !
En i8g6, on nomma Flammarion chevalier de la Légion d'Honneur. Ses amis lui offrirent un banquet et, comme j'étais absent de Paris, je lui envoyai, en guise d'exctises, la complainte suivante :