‹ Les Dernières fuséesChapitre 27 sur 29 · L*ÉTÉ DE I · texte numérisé non relu

L*ÉTÉ DE I

A Vincennes?... Sous les branches, Les lundis et les dimanches Ont laissé par trop d'odeurs De cervelas, de crevettes...

Et des morceaux de gazettes Couvrent de pires horreurs !

Aux cafés?... A la terrasse.

Si l'on vous sert de la glace, Elle fond comme en un four...

Réaumur bat la breloque...

Ce sont des œufs à la coque Que la poule met au jour.

Ira-t-on plonger sa carne Dans la Seine ou dans la Marne?...

Non !... Fuyons ces tristes bords Où, dans les eaux embourbées.

Mûrissent des macchabées Flanqués d'énormes rats morts.

Et la nuit !... La nuit terrible Où l'on fait son impossible Pour dormir avant le jour!...

La terrifiante étuve De la chambrette où se cuve L'ivresse du soleil lourd !

l'été de 192 1 193

Madame au balcon s'est mise, Pieds nus, bras nus, en chemise, Livrant aux regards voisins Sa chair, que la lune estompe Et que, sans relâche, pompe Le dard aigu des cousins.

Monsieur souffle comme un phoque, S'éponge, boit et suffoque.

En bannière, à son côté...

C'est une tenue informe Mais, en somme, assez conforme A son genre de beauté.

Où sont les chères caresses, Les baisers fous, les tendresses, Les invites des beaux bras?... Peut-on penser à de telles Echauffantes bagatelles Quand on nage dans les . draps !

Au palais, dans la cabane.

Partout l'Amour reste en panne,

Vanné, désachalandé...

A ses pauvres ailes sèches

Son carquois est plein de flèches.

Mais son arc est débandé.

194 l'été de 1921

— « Quand reverrons-nous Décembre?

« Le bon poêle dans la chambre « Et la neige sur le toit? »

Voilà ce qu'on dit, sans trêve; Tous nous n'avons plus qu'un rêve :

Pouvoir grelotter de froid !

Ce, pendant qu'en la fournaise.

Jetant encor de la braise, Ricane Bonhomme Temps Qui dit, haussant les épaules : « Non, décidément ces drôles « Ne seront jamais contents! »

PAS DE STATUE

PAS DE STATUE

Mes chers amis, quand je mourrai,

(Ça viendra, puisque c'est la norme)

Sur la terre où je dormirai

Plantez un saule, un frêne, un orme,

Un baobab, un oranger;

Semez du riz, de la laitue,

Du chiendent, du poil de tortue.

Mais, si vous voulez m'obliger,

Ne m 'élevez pas de statue !

Pensez qu'on viendrait tous les ans,

Ayant dévahsé les serres

Pour fêter mes anniversaires,

M'honorer de discours rasants :

On y dirait que ma mémoire,

Dans une auréole de gloire

Pour toujours devra resplendir !

Mensonge... on le sait... mais en somme.

Quoique défunt, on fut un homme :

Et cela fait toujours plaisir !

Mais les statufiés qu'on fête

Ont, privilège hasardeux.

D'entendre tout ce qu'on dit d'eux.

Après que la corvée est faite.

198 PAS DE STATUE

Machin, qui vient de déclarer Qu'on ne pourra trop admirer Mon œuvre pleine de génie.

Une fois sa tâche finie A son voisin dira tout bas :

« Ses contes?... Quel galimatias !

« Ses vers?,., quelle cacophonie !

« Des lariflas !... des lanturlus !

« Que bientôt on ne lira plus !...

Donc, pas de marbre, — même en pierre !.

Et puis, au seuil du Paradis,

Me voyez-vous, au bon Saint-Pierre

Demander l'entrée au logis !

Ce brave saint, que Dieu le père

Prépose au céleste cordon,

Me répondrait, en faux bourdon.

Tout en rajustant son binocle :

— « Il te faut double logement !

« Au ciel et sur terre?... Vraiment,

« Quel toupet !... File !... et vivement

(( Retourne poser sur ton socle ! »

Et je redescendrais, navré !...

Mes chers amis, quand je mourrai...

{voir la suite au commencement)

A mes amis-lecteurs et aux vieux camarades.

Souhaits pour l'année 1922

Que l'an qui va s'ouvrir vous ait des jours faciles, Des matins roses, des ciels bleus;

A la philosophie, amis, soyez dociles, Evitez les fronts nébuleux.

Ainsi qu'aurait pu dire un profond moraliste

La vie est un bloc d'aloès Qu'on suce sans relâche, en nigaud fatahste,

Jusqu'au jour d'aller ad patres;

Eh ! bien... emmiellez-le ce bloc pour votre usage

Et saupoudrez-le de gaîté...

Celui qui rit de tout est encor le vrai sage.

Le rire donnant la santé.

Pour vivre heureux suivez cette hygiène pratique;

Bonne en été comme en hiver :

Gardez-vous de la Bourse et de la Politique,

Des huissiers et des courants d'air.

Buvez sec !... l'avenir sourit dans la bouteille L'espoir joyeux sort du flacon;

Les cafards n'ont jamais cette mine vermeille Qu'agrémente un nez rubicond.

Aimez dur!... Au printemps lorsque sifflent les merles, Comme en hiver, chaud ! les vainqueurs !

Prouvez que ce n'est pas pour enfiler des perles Que Dieu vous fit des perce-cœurs !

Aimez ! Buvez ! Chantez !... de la terre gauloise.

Voilà la devise en trois mots; Jamais la Faculté ne viendra chercher noise

A vos corps gaillards et dispos.

Pratiquez-la toujours, cette belle devise

Si pleine de séductions...

C'est le verre à la main que chez nous on révise

Les faibles constitutions.

Oue ce soit du Suresne ou du vin délectable, Du bœuf aux choux ou des salmis.

Ce n'est pas le menu qui doit faire, à la table. Se réunir les vrais amis.

C'est pour se voir, caiiser, les coudes sur la nappe,

Prendre l'Univers en pitié; Du coffre aux noirs soucis entr'ouvrir la soupape,

Et renforcer votre amitié;

Et ce lien formé de bonne confiance

Se fait de plus en plus puissant,

Car l'amitié, pareille aux vins de notre France, Se bonifie en vieillissant.

Ayez cette vertu, de garder la mémoire Des camarades d'autrefois

Qui sont déjà rendus au paradis de gloire Réservé pour les francs gaulois...

Aussi, vous donnerez, à l'heure des goguettes. Tout en sablant du meilleur cru.

Un joyeux souvenir, entre deux chansonnettes. Au vieux poète disparu.

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