A CINQUANTE ANS
(Pièce à dire)
A l'ami Cyprien Pailhé
A vingt ans, ainsi qu'un pinson, On chante, sans reprendre haleine, La chanson d'amour... la chanson Dont on emplit mont, val et plaine.
Qu'il est doux ce refrain vainqueur.
Qu'à deux voix il sied de reprendre, Et que, sans besoin de l'apprendre.
On sait tout de suite par cœur !
A trente ans, c'est la même ardeur, Avec un peu plus de science, Résultat de l'expérience.
A quarante, on est au sommet De l'art... La voix est toujours sûre Mais garde un peu plus de mesure, Et l'on prépare son effet.
Lorsque la cinquantaine arrive.
Le bis, il faut qu'on le proscrive Pour ménager le galoubet :
La chanson n'a plus qu'un couplet.
Mais ce couplet c'est un poème !
On le fignole... on ne le sert Que comme un précieux dessert;
l6 LA CHANSON d'AUTOMNE.
Il représente l'art suprême.
Il faut pour retrouver la voix,
Avec son ampleur d'autrefois,
S'exercer aux savants préludes
Acquis par de fortes études,
Sous peine de rester pantois.
Si la gentille partenaire
De ce vaillant quinquagénaire
Veut débuter en allegro,
Lui dire : « Non... moderato!
« La nuance en est plus jolie...
« Et comme on dit en Italie :
« Chi va piano, va sano,
« Chi va sano, va lontano ».
Puis, finissant sur un point d'orgue.
Il peut s'écrier, non sans morgue :
L'arbre n'est pas déraciné!
Si l'écorce a vieilli, la sève encor bouillonne, Le feuillage est plus clair, mais il n'est pas fané. Et l'on se grise encore à la Chanson d'Automne î
Lamentations du soldat de 2™6 classe, Pitou (1908)
Sur l'air : Au temps des cerises.
Il va revenir, le temps des citrouilles,
Les petits n-oiseaux chantent dans les bois,
Je suis de la classe; Ça m'avance pas, faudra que je fasse Un mois de rabiot... peut-être deux mois! Il va revenir, le temps des citrouilles, Les petits n-oiseaux chantent dans les bois.
Ça me ferait rien, au temps des citrouilles, De servir encor dessous les drapeaux
Du pays de France, Mais c'est qu'au pays la belle Florence Elle m'attend, seule, à Fouilty-les- Veaux... Et voilà pourquoi-z-au temps des citrouilles Je m'embête bien dessous les drapeaux.
Elle m'a-z-écrit : « Au temps des citrouilles « Si tu reviens pas, tant pire pour toi « Si ça te chagrine.
« Je peux pas garder ma fleur purpurine,
« Trente jours de plus... c'est trop long pour moi;
u Si tu reviens pas, au temps des citrouilles,
« Je réponds de rien... tant pire pour toi ! »
Et je la connais, au temps des citrouilles. Elle a dans son cœur un petit brasier
Qui brûle sans cesse...
Si je reviens pas, malgré sa promesse.
Elle va s'offrir un autre pompier...
Et je me rêvais, au temps des citrouilles. D'éteindre moi seul son petit brasier.
Je rêve, la nuit, au temps des citrouilles. Je pousse des cris de petit cochon
Qu'on pince à l'oreille...
Toute la chambrée elle se réveille Et me fait lever à coups d'polochon.
Je rêve, la nuit, au temps des citrouilles. Je pousse des cris de petit cochon.
Vous vous pensez bien qu'au temps des citrouilles. Ça serait pour moi, qu'est son fiUiancé,
Bougrement dommage De trouver le jour de mon mariage Un petit n-enfant déjà commencé !... Les filles chez nous, au temps des citrouilles Font des fois ce tour à leur fiUiancé.
Le Gouvernement, au temps des citrouilles, Devrait pas permettre qu'on soye cocu
Etant militaire...
Près de sa promise, un factionnaire Monterait la garde sur sa vertu...
Mais se fiche bien qu'au temps des citrouilles Le bon militaire y soye cocu !