KIKI
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Air de VAndalouse (de Monpou), ou à dire.
Avez-vous vu dans Belleville Une chatte au poil brun-khaki, Onduleuse, mais point servile, Qui, pour tous, n'est pas très civile Et répond au nom de Kiki?
J'ai passé bien des nuits pour elle, Me demandant, les yeux rougis, Si la petite péronnelle, Courant la rue et la venelle, N'allait pas rentrer au logis.
Elle n'est pas de race altière
Ni de chats bourgeois parvenus;
Sa généalogie entière
Est écrite dans la gouttière :
« Kiki, père et mère inconnus ».
Aussi, c'est une démocrate.
Du bout de la queue au museau...
Elle est coquette, sans épate...
Tous les matous briguaient sa patte.
De Ménilmuche à Saint-Fargeau.
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Presque toujours son cœur folâtre Choisissait un galant crotté Plus facilement qu'un bellâtre...
Puis, elle revenait vers l'âtre Y chauffer sa maternité.
Comme mère, elle était cynique !
Quand, sauf un, j'avais tout noyé. Par le cou m'apportant l'unique Elle disait, dans sa mimique :
« Encore un... tu l'as oublié? »
Mais l'âge a calmé ma luronne.
Le fauve devient casanier; Sur ma copie, elle ronronne Et, parfois, sa griffe éperonne Pégase qui se fait prier.
Et son œil aussi s'inquiète,
Semblant dire : « O le pauvre fou !
« Qui se torture ainsi la tête
(( A ce beau métier de poète
« Qui lui gagne à peine mon mou! »
Les sphinx d'Egypte me font rire Avec leurs énormes yeux ronds Que le granit ou le porphyre Ont figés, sans y laisser lire L'énigme de leurs vastes fronts.
L'œil de Kiki c'est le Mystère Qui vit et, quoique impénétré, M'emporte bien loin de la terre.
Sur les ailes de la Chimère, Par delà le ciel azuré !
O son bel œil fait de sardoine, D'or, de topaze et de velours !...
Et sa belle fourrure, idoine, Mieux que cruchon, bouillotte ou moine, A réchauffer mes membres lourds.
Quand a fini la nuit trop brève,
Lissant son museau de satin,
Kiki miaule : « Allons ! qu'on se lève ! »
Et j'obéis, bien que j'endève.
Au gentil réveille-matin.
Si vous voyez dans Belleville Une chatte au poil brun-khaki, Onduleuse, mais point servile.
Dont je suis l'esclave docile.
Vous reconnaîtrez ma Kiki.
Il n'est pas situé très loin
Ce fertile champ de carottes,
Sans même aller jusqu'à Saint-Ouen
Vous pouvez en cueillir des bottes!
Quand l'heure vient de sommeiller
Sur lui votre tête se pose...
Vous le devinez, je suppose?
Ce beau champ là... c'est l'oreiller.
Sur lui que de projets sublimes,
Conçus et défaits tour à tour!...
Le poète y trouve ses rimes,
La fillette y rêve d'amour;
Mais s'il donne les riants songes
Il fait naître aussi les mensonges,
Et cet aimable conseiller
Est surtout... un grand carottier!
Qu'il soit oreiller de duchesse
Ou démocratique coussin.
En laine, en soie, en plume, en crin,
De ses flancs émerge sans cesse
La carotte... On peut en user
Sans arriver à l'épuiser.
Fanchon, la petite bobonne,
Veut obtenir de sa patronne
La permission de sortir;
Demain son Bidoche, au cœur tendre,
Sur le pont des Arts va l'attendre...
Oui, mais, quel prétexte fournir?
De son côté, le bon Bidoche
Se creuse longtemps la caboche
Et consulte son polochon...
Tous les deux trouvent la carotte
Oui, demain, va mettre en ribotte
Les cœurs de Bidoche et Fanchon.
Pour l'échéance fatidique.
Pour franchir le terme à payer, Pour faire au créancier la nique, Vous trouvez le moyen pratique En consultant votre oreiller.
Madame, devant sa toilette.
Attend son mari qui, ce sOir, Avec de vieux amis banqueté...
Elle consulte son miroir.
Se sourit et se fait risette.
Elle sait qu'il est fort galant Quand il a fêté le Champagne Et qu'il a le désir brûlant De fêter aussi sa compagne.
Du bruit?... des voix?... on a sonné...
Vite! au lit!... et vers le mur sombre
Elle tourne son joli né.
La chambre est à demi dans l'ombre,
Il entre et, selon l'habitude.
Veut embrasser, comme prélude,
Un beau bras nu qui s'offre à lui;
Mais sans se tourner, la rusée
A gémi, d'une voix brisée :
— « Laisse-moi!... non... pas aujourd'hui « Je suis malade... et par ta faute ! »
— Hein! (fait le mari qui sursaute)
« Ma faute? » — « Oui... depuis quelques jours « J'ai pris froid... c'est ton avarice... »
— « Mon... » — « Tu m'as refusé toujours v( Cet épais manteau de velours...
« Ah! ce n'était pas un caprice ! »
Elle s'est retournée un peu
Et veut, d'une main maladroite.
Dérober au regard de feu
Les charmants appas qu'il convoite.
Il implore : — « Voyons, Toto,
« Sois gentille... tiens! ton manteau
(c Tu l'auras demain... je le jure !
« Donne ton bec... )> — « Si j'étais sûre! »
— « Et j'ajoute un col de fourrure. » Il presse... elle hésite... et bientôt :
— « Faut-il vraiment que je sois bonne!
« Allons! viens!... va, je te pardonne! »
Et dans un chaud embrassement S'éteint... le refroidissement.
Et voilà les plus belles bottes, Qu'on extrait le plus fréquemment De ce joli champ de carottes !
(Duo champêtre)
Air ancien du Rossignoîet A. Ville et Dora.
MARGOT
Pourquoi qu' tu veux aller, Jeannot, Si tard au petit bois là-haut,
J'ons peur du loup, Jeannot!
JEANNOT
Le loup y est pas, viens écouter L' beau rossignol — rossignoîet — qui va chanter.
ENSEMBLE
Puisque 1' rossignol va chanter Faut aller l'écouter.
MARGOT
Non, j' veux point m'attarder, Jeannot, Y fait trop noir dessous l'ormeau, Y fait trop noir, Jeannot.
JEANNOT
S'y faisait clair, y n'chant'rait point [l' foin.
Ma p'tit' Margot — faisons point d' bruit — seois-toi dans
ENSEMBLE
Quand 1' rossignolet va chanter Faut s' tair' pour l'écouter.
MARGOT
Comme y chant' gentiment, Jeannot !
Je m' doutions point qu' c'était si biau ! "^ J' somm's tout' ravi', Jeannot î
JEANNOT
Avant d' dormir dans son buisson Va recommencer — pour t' fair' plaisir — sa p'tit' chanson...
ENSEMBLE
Parlons bas pour pas l'effrayer Y r'commence à chanter.
MARGOT
L' rossignol dit pus rien, Jeannot, Faut donc s'en r'tourner au hameau?
C'est déjà tout/jeannot?
JEANNOT
Nous r'viendrons d'main soir au p'tit bois Aura p't'êt' ben — puisque ça t' plaît — r'trouvé sa voix.
ENSEMBLE
L' rossignolet, même au printemps, Peut pas chanter tout T temps.
La musique se trouve chez l'auteur, 151, rue de Belleville.