C'est-à-dire les vers 321-352 du Grand Testament
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à conjecturer les vicissitudes au travers de quoi il
nous est parvenu.
Dès le premier vers le manuscrit donne :
La mort le fait frémir
au lieu de :
La mort le fait frémir, pallir.
Pourquoi cette omission ? Nous en saisirons la raison si nous rapprochons cette variante de celle qui se rencontre à l'avant-dernier vers dans lequel, après les deux lignes sur Jehanne, la bonne Lorraine, le copiste remplace le cri :
Où sont ilz, où, Vierge souvraine?
par cette fantaisie :
Et aussi la belle Helayne.
C'est que les vers de Villon ont été transmis oralement, de même qu'autrefois les poèmes homériques et les chansons de geste ; et, comme les hommes de cervelle médiocre ont toujours été plus attentifs à la rime qu'au rythme, ils se sont contentés avec des mots qui rimaient, faisant sauter « pallir », surérogatoire pour la rime, —et rompant le rythme et la logique du poème avec une variation sur « Hellayne » qui rime avec « Lorraine ».
Ainsi^ telles fariboles, premier vides et seulement
plaisantes, si Ton y applique son attention, vérifient une loi de la psychologie des foules et nous permettent d'entrevoir la manière selon quoi nous furent répétées les humeurs d'un garçon de vie chanceuse, — un chef-d'œuvre de la littérature.
De même au troisième vers de la ballade le scribe écrit « Archipiades » pour « Archipiada ».
Or Archipiada n'a jamais existé en tant que dame du temps jadis et M. E. Langlois a heureusement conjecturé (i) que ce vocable était une déformation du nom propre Alcibiade, homme alors mal connu, et par conséquent inerte devant toutes les tortures verbales. Et la leçon du manuscrit de Stockolm vient soutenir sa thèse par sa similitude plus grande avec le terme primitif : elle nous montre les transformations possibles d'un nom propre que des ignorants répètent sans en connaître la valeur.
Le dixième vers de la ballade montre encore mieux la fantaisie de l'histoire au moyen âge. Il s'agit d'Helloïse
Pour qui fut chastré et puis moyne.
Pierre Esbaillart
Et le scribe nous dit :
I. Mélanges de philologie romane offerts à C. IVahlund (Mâcon, 1896).
Par qui chartrieux fut et puis moyne, Pierre Esbaillart,
ce qui ne manque pas de sel puisque, avant la fâcheuse aventure, Helloïse n'envoyait pas Esbaillart au couvent.
Il suffit que nous ayons vu l'importance des variantes du manuscrit de Stockolm (i) pour comprendre la nécessité d'une telle reproduction. Car, si M. Longnon a indiqué ces variantes dans son édition des Œuvres de Villon, tout érudit a le devoir de contrôler ce travail, et il était nécessaire de faciliter cette besogne, ce qui était le dessein de Marcel Schwob. Il est seulement fâcheux qu'il ne soit pas là pour nous donner tout ce qu'il espérait tirer de sa publication.
En publiant le Parnasse satyriqne Schwob insistait sur cette idée émise par M. Bijvanck (2) qu'il ne faut pas séparer Villon de son siècle. Et on verra par
1. Ces variantes ne sont d'ailleurs guère plus importantes, ni plus fantaisistes que celles d'autres manuscrits où nous lisons: « Pieres es bailla » pour « Pierres Esbaillart » et « Berte au plat piè » pour « Berte au grant pié »... et je parle seulement de celles qui furent greffées sur la page qui nous occupe.
2. Un poète inconnu de la société de François Villon. Le grant garde derrière, poème du xv siècle, publié avec Introduction, Glose et Index, suivi d'une ballade inédite de François Villon à sa dame par W.-G.-C. B!jvanck (Paris, in-12. Champion, 1891).
quelques-uns des paragraphes suivants avec quel procédé de comparaison Schwob éclairait le texte de Villon, et combien nous lui sommes redevables de ces jours sur un monument si éloigné de nous et qu'on ne comprend qu'à demi si on arrive trop brusquement dessus.
Villon, se plaignant de la belle qui ne veut pas l'aimer, écrit :
Et se j'ay prins en ma faveur Ces doulx regars et beaux semblans De très décevante faveur Me trespersans jusques aux flancs, Bien ils ont vers moy les piez blans Et me faillent au grand besoîng.
Planter me fault autres complans Et frapper en ung autre coing (i).
Cette plaisante manière de se consoler du mal d'amour était chose fréquente au xv^ siècle, témoin le rondeau suivant qui est anonyme :
Après que m'avez fait arser (2) Par vostre decepvant manière, Me faut à quelque chamberiere Ma povre fortune passer,