XXXVI QUELQUES MOTS SUR L AUTEUR
pourquoi elle se soumet passivement à son père et épouse Edouard sans une tentative de révolte, sans même avoir l'idée qu'elle pourrait faire autrement. Toutefois, sans parler des raisons, après tout assez bonnes, que l'auteur donne de cela, je ne vois, pour moi, rien d'invraisemblable dans ce mélange d'un tempérament passionné et d'un manque absolu de volonté. Et si, d'autre part, on veut comparer Thérèse avec la Charlotte de Werther, beaucoup moins lointaine et vague, que l'on fasse seulement cette remarque, qui n'est pas toute au désavantage de Foscolo : Charlotte n'aime pas Werther passionnément, à vrai dire, si elle l'aime vivement ; Goethe a très exactement défini la façon dont elle l'aime : « Le départ de Werther menaçait de faire dans toute son existence un vide, qui ne pourrait plus être comblé. Oh! si elle avait pu, dans ce moment, le changer en un frère!... Elle finit par sentir profondément, sans se l'expliquer d'une manière bien claire, que le secret désir de son cœur était de le garder pour elle. » Ceci juste
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avant la scène du baiser, dont on a l'impression qu'elle est, de la part de Charlotte, une sorte de surprise, dont elle n'aura pas trop de peine à revenir peut-être, après laquelle, du moins, elle reste surtout mécontente et inquiète... Quand vous aurez lu les Dernières Lettres jusqu'à la scène du baiser, je suis persuadé, non seulement que vous la trouverez très belle, mais encore que, malgré la façon sommaire dont Thérèse a été esquissée, vous aurez, aussi forte que possible, la sensation d'une passion longtemps contenue qui éclate, la vision d'une femme qui se donne éperdument. Je ne dis pas que Gœthe ait eu tort de faire Charlotte telle qu'il l'a faite, car le portrait est absolument vrai, et fin, et exquis: je dis seulement que Foscolo, pour avoir très peu peint son héroïne, n'en a pas moins fait sentir, et de très près, de quelle manière bat son cœur de femme : ceci n'est pas d'un art médiocre.
Mais il faut que je laisse le lecteur libre de penser du bien ou du mal de Thérèse. De même, je lui abandonne les comparses, —
XXXVIII QUELQUES MOTS SUR l' AUTEUR
bien que ce soit un charmant ami que ce Lorenzo, qui tout le long du drame, sans se lasser jamais, invisible et présent, tour à tour encourage Ortis et le gronde, et s'inquiète, et fait ses commissions, et se laisse duper à la fin par lui qui veut mourir, et se traîne en silence derrière son cercueil. Dans Wertfier, Wilhelm n'est guère autre chose qu'une boîte aux lettres; ici, c'est un personnage de l'action, et assez touchant. - - Et cette mère qu'Ortis aime tant, qui n'ose intervenir dans la vie de son fils que pour payer ses dettes de ses propres économies, et, devinant qu'elle ne le verra plus, lui dit : au revoir, docilement, et se permet seulement un long regard plein de terreur...
Je voudrais au contraire qu'on appréciât à sa valeur le décor. Il est beaucoup plus exact qu'il ne semble, sous son vernis oratoire, et d'une très fraîche beauté encore. Ces monts Euganéens sont un pays délicieusement coloré, mouvementé, souriant : Foscolo l'a aimé et nous le fait bien voir, si on y regarde. Quant au rapport entre cette