II INTRODUCTION
troisième siècle, plus mêlée aux événements généraux, au mouvement social et politique, qu'elle ne l'avait été dans les deux premiers.
Les documents sur les anciennes persécutions étaient loin d'être aussi riches, aussi précis que l'eût demandé notre curiosité : ils se réduisaient à d'obscures allusions éparses dans les histoires païennes, de rares écrits chrétiens antérieurs au second siècle, pour celui-ci les ouvrages des plus anciens apologistes, quelques Actes de martyrs authentiques ou possédant une valeur sérieuse. Si nous n'avions pu, par un travail de critique souvent récompensé, tirer d'Actes moins sûrs des faits ou des noms certains, et si nous n'avions eu le droit d'invoquer, comme source d'informations nouvelles ou comme moyen de contrôle, le témoignage chaque jour plus étendu et mieux compris des monuments, un petit nombre de pages eût suffi pour résumer l'histoire de cent quarante années tragiques et fécondes où l'Église grandit sous les coups de la tempête, pendant que le sang des martyrs arrosait à flots ses racines.
Quand, après avoir tracé péniblement les lignes de ce tableau, suppléant sans cesse par les découver-
INTRODUCTION. ni
tes archéologiques à la rareté ou à l'incertitude des documents écrits, l'historien commence l'étude du troisième siècle, il est étonné et presque embarrassé de l'abondance des matériaux qui s'offrent à lui. Les seuls ouvrages de Tertullien, de Clément et de Denys d'Alexandrie, d'Origène, de saint Cyprien sont une mine inépuisable d'où il peut extraire, par blocs en quelque sorte taillés et numérotés d'avance, toute l'histoire religieuse de ce temps. A côté de ces puissantes masses, qui font penser aux énormes colonnes de marbre d'Afrique, de Grèce ou d'Asie, toutes prêtes à être mises en place, gisant depuis tant de siècles sous le sable ou la vase de Vemporium romain, que de fragments plus petits, mais non moins authentiques et non moins précieux nous ont été conservés! Il suflit, pour s'en rendre compte, d'ouvrir VHistoire ecclésiastique d'Eusèbe, vraie mosaïque toute formée de débris antiques, et où se rencontrent en si grand nombre les morceaux du troisième siècle.
En présence de tels documents, on ne songe pas à se plaindre du petit nombre d'Actes des martyrs qui sont restés de ses cinquante premières années : quelles relations de ce genre pourraient valoir celles qui se lisent dans les lettres de saint Cyprien et de saint Denys, et tracer des souffrances des chrétiens persécutés un tableau plus émouvant que certaines pages de Tertullien? D'ailleurs, parmi les relations