IV INTRODUCTION
martyrologiques de ce temps il en est de premier ordre : par exemple la Passion de sainte Perpétue, de sainte Félicité et de leurs compagnons, cette perle originale et vraiment exquise, comme peu de littératures en ont dans leur écrin, les Actes de saint Pionius, très simples et très grands malgré quelque apprêt, et d'une si exacte couleur locale, la curieuse « dispute » de saint Acace, les Actes récemment retrouvés de Carpos, Papylos et Agathonicé, les Actes de plusieurs martyrs d'Asie.
Mais on a pour ce temps d'autres renseignements encore. C'est l'époque où la propriété ecclésiastique se fonde, où les catacombes romaines se creusent et se décorent, grâce aux ressources d'une communauté nombreuse et déjà puissante : malgré l'extrême réserve des chrétiens de cette époque, qui confiaient rarement à la pierre leurs émotions intimes ou les événements de leur histoire, plus d'une peinture, plus d'une épitaphe éveillent ou satisfont par un nom, par un titre, par une image discrète, notre désir de savoir. L'architecture et la décoration d'une catacombe, avec leurs phases diverses si clairement dist nguées aujourd'hui, raconteraient à elles seules les vicissitudes traversées par l'Eglise. Ici, des galeries régulières, d'élégantes chapelles, construites dans un intervalle de paix : le pinceau d'artistes théologiens les a couvertes de symboles médités à loisir, dont l'enchaînement forme parfois comme une prédication
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muette et un cours de doctrine ; on sent que le peintre et le penseur n'ont pas craint d'être troublés par une irruption de l'ennemi, et d'entendre résonner sous les voûtes prochaines le pas des soldats traquant les chrétiens. Puis tout se brouille : le plan régulier est interrompu, la belle ordonnance des travaux paraît abandonnée : aux galeries droites succèdent les labyrinthes, les issues tortueuses, les escaliers dérobés ; la persécution menace ou sévit, et les fidèles se préparent les moyens de lui échapper. Le contrecoup des révolutions du dehors se fait sentir ainsi jusque dans ces souterrains, qui nous en ont gardé, après seize siècles, l'empreinte reconnaissable.
Telle est l'abondance et la diversité des sources auxquelles peut puiser celui qui entreprend de raconter la vie des chrétiens persécutés pendant la première moitié du troisième siècle. Mais, pour bien comprendre le caractère du sujet, il faut de plus se rendre compte du grand nombre de points par où l'histoire religieuse de cette époque touche à l'histoire profane.
Jusqu'aux dernières années du second siècle, ces contacts étaient rares. La société chrétienne grandis-