‹ Les derniers babares: Chine, Tibet, MongolieChapitre 36 sur 56 · DERNIÈRES FORÊTS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES FORÊTS

de monter, nous avons atteint la source de la rivière Min, à 4250 mètres d'altitude, au col de Lang-Kia-Ling. De là nous descendons la rivière de Paotso, qui coule en sens opposé : c'est la source, inconnue jusqu'ici, de la rivière aux eaux blanches (Pei -Chouei-ho), le grand affluent qui après huit cents kilomètres de cours rejoindra le Fleuve Bleu à Tchong-King. Un col encore, de 4300 mètres, celui de Tangoma, et nous pénétrons dans le bassin du Fleuve Jaune. Nous avons quitté la zone de la végétation— au-dessus de 3800 mètres nous ne trouverons jamais même un buisson — et nous avons atteint le domaine des neiges. Sont-elles éternelles ? Je ne le crois pas : leur peu d'épaisseur, dû à révaporation, ne doit pas résister au soleil d'août. Mais, bien que nous entrions dans le joli mois de mai, chaque jour la couche est renouvelée.

C'est ici la crête de la grande chaîne bordière du Tibet, et notre vue plonge dans l'intérieur. On doit s'attendre, d'après les récits de tous les voyageurs qui ont exploré cette contrée mystérieuse, à une description d'effrayantes montagnes : bien au contraire, la multitude des chaînes qui nous entourent, toutes égales ou supérieures au Mont Blanc, ne nous apparaissent que comme de faibles collines aux formes arrondies. Nous pourrions ignorer à quelle hauteur nous sommes si, derrière nous, du côté de la Chine, quelques pointes aiguës, surgissant du vide, ne nous révélaient que leur pied plonge dans des profondeurs démesurées, qui nous enveloppent.

Au col de Lang-Kia-Ling nos Tibétains et même nos Chinois ne manquent pas de jeter une pierre sur le latsi. C'est le nom que porte ici ce que les Mongols appellent obo : un amas de pierres s'élevant en pyramide, et formé par les cailloux que les gens pieux y ont déposés en passant. Des perches y sont plantées, où flottent des banderoUes portant des invocations pieuses. Contrairement à ce qu'on écrit assez généralement, les latsi ne se rencontrent pas sur tous les cols, loin de là, et par contre on en trouve tout

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