UNE PAGE D*HISTOIRE XXIII
d'un seul coup toutes les garanties de la nation. Des favoris gorgés d'honneurs, des fonctionnaires sans conscience, des exactions inouïes, des crimes, tel est le gouvernement. »
Le Morrdng Advertîser n'est pas plus consolant : « Sur la surface du globe, il n'y a rien qui se puisse comparer au despotisme qui pèse sur la France et à la dégradation où elle est plongée.... Personne n'ose ouvrir la bouche dans la rue, dans le inonde, dans la presse. Encore quelque temps et les Français seront plongés dans une barbarie telle qu'on ne pourra leur trouver de parallèle dans l'histoire des nations . »
Eh bien, lecteur, tu as vu quelle était la situation ; tu as vu comment la jugeaient les étrangers... n'accorderas-tu pas des circonstances atténuantes à ces âmes faibles et défaillantes qui, en face de cette perspective, n'ayant garde d'autre vertu que la vertu de la haine, ont reculé devant cette fange et préféré se laisser mourir plutôt que d'entrer dans l'égout?
La proclamation de l'Empire ! comme je me souviens de ce jour-là!
Il pleuvait et il faisait froid — car on était en Décembre, le mois des Bonaparte — et pendant que le successeur et le restaurateur de la maison Napoléon passait crânement sous rArc-de-Triomphe,
j'errais dans Paris, loin des tambours et des trompettes, pensant au Discours sur la servitude volontaire du vieil ami de Montaigne, lorsqu'en relevant la tête, mes yeux tombèrent sur une gravure pendue à l'étalage d'un marchand. Elle représentait, d'après un tableau deMauzaise, l'arrivée en France de Napoléon Bonaparte et de sa famille; c'est une barque dans laquelle ils sont presque tous : voilà l'amie de M. de Marbeuf, — peut-être bien un fondateur de dynastie, celui-là aussi, — la trop féconde Lœtitia Ramolino, depuis Madame Mère, la mère de tous les vices dirent plus tard les mécontents ; elle est là debout, pressant contre elle ses deux filles, Pauline et Caroline, âgées de treize et onze ans, — l'une de ces petites filles là deviendra la belle Pauline Borghèse et l'autre sera reine de Naples ; derrière se tient Elisa, elle a seize ans et ne songe pas à devenir grande-duchesse de Toscane ; Lucien n'y est pas, je ne vois pas Joseph, mais les autres sont là, Louis, Napoléon et Jérôme, qui n'a que huit ans....
Je restai longtemps devant cette gravure.... un coup de vent et il y en a tous les jours, — tous les jours il se perd des barques avec de pauvres diables
de pêcheurs
et je pensai que ceux qui
après cela croient à un Dieu juste et bon, doivent avoir une foi bien forte et bien robuste. Eh quoi ! la France n'a pas tressailli quand cette couvée d'oiseaux de proie, d'aigles si vous voulez, est venue s'abattre sur elle ! Quoi ! cette terre qui allait donner son sang le plus pur et le donner à Ilots afin que