‹ Les Derniers bohêmesChapitre 9 sur 47 · UNE PAGE D HISTOIRE XXI · texte numérisé non relu

UNE PAGE D HISTOIRE XXI

seul, jouit de la liberté de la presse, dément tous ces bruits d'une façon vague et solennelle : « Une

opposition tracassière et mesquine s'efforce de »,

ou bien : « La guerre des faux bruits est en permanence. Les rumeurs mensongères ou calomnieuses sur tous les sujets, sous tous les prétextes sont les armes accoutumées des coteries mécontentes »

Somme toute, opposition peu dangereuse; certaines affaires plus sérieuses, comme le Complot de l'Hippodrome et de V Opéra-Comique, le Complot de Vincennes ou la Ligue fédérale, Y Affaire de la Commune révolutionnaire, le Complot de Marseille, etc., permettent au gouvernement de se débarrasser des quelques républicains qu'il peut y avoir encore dans le pays, bien que nous ne soyons plus au temps où une poignée de perturbateurs suffisait à inquiéter les esprits — comme dit Cauvain. Du reste, le gouvernement Impérial ne demande pas mieux que d'être contenu par les discussions graves et réfléchies que des esprits sérieux pourront incontestablement soulever dans la presse, tel que, par exemple, Le Journal de la Nièvre qui vient de recevoir un avertissement et qui répond fièrement que ses sympathies pour le Prince que la- Providence a placé sur le trône, n'en sont pas ébranlées, et il ajoute carrément qu'après comme avant l'avertissement et « malgré certaines appréciations dans lesquelles il a pu se tromper, il n'en reste pas moins fermement dévoué à la personne de S. M. l'Empereur ! »

Quant à l'opposition des monarchistes, elle est des plus vives et des plus intelligentes! V Union ma-

louine insère à l'article Naissances, la mention suivante : Messire Pierre-Raoul-Marie-Emmanuel de Sérizap, écuyer, sieur de Grillemont, protestation évidente contre les principes de 89, et le duc de Nemours fait une visite au comte de Cliambord qui vient de publier un mandement... — que dis-je ? un manifeste dans lequel il se réclame de la Providence et prie Dieu de sauver la France.

Mais Dieu est du côté des gros bataillons !

Oublieux de ses devoirs, le pays semble se désintéresser des affaires publiques; on lui répète sur tous les tons que puisque son sort est fixé et que c'est lui-même qui l'a fixé, il n'a plus à s'inquiéter de rien et qu'il peut aller à ses plaisirs : c Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bestes estranges, les médailles, les tableaulx et aultres telles drogueries, estoient aux peuples anciens les appast de la servitude, le prix de leur liberté, les utilz de la tyrannie »; — c'est aujourd'hui comme hier et l'argent que coûtent ces « drogueries», il le faut vite et n'importe à quel prix. Le travail, la loyauté, l'ordre, la prévoyance, beaux moyens vraiment! On joue, on hasarde, on aventure, on trompe et la passion du jeu devient telle — en bas comme en haut — que le gouvernement (qui en est la cause directe et qui en est bien aise), croit devoir féliciter Ponsard, l'ex-bibliothécaire du Sénat, de sa pièce V Honneur et V Argent et que le préfet de police fait fermer le Casino Paganini!/!

Bref, notre situation est telle que le Times s'écrie :

« Un Sénat plus lâche que celui de Tibère a donné

à l'Empereur les plus exorbitants pouvoirs et tué

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