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JEAN DU BOYS

En ce temps-là — vers 1855 — Jean du Boys n'était pas encore bien fixé sur le nom qu'il voulait laisser à la postérité. Il arrivait d'Angoulême — comme Albéric Second ou Lucien de Rubenpré — et signait tantôt Octave Ferry, tantôt A, ou Anatole Duboys, ce qui ne se ressemblait pas; un beau jour, cela fit Jean du Boys ! .... Va donc pour Jean du Boys.

11 habitait alors, rue Régnard, une petite chambre dans laquelle se passaient, le samedi de chaque semaine, des choses vraiment étranges. C'était d'abord une procession, dans les escaliers, de gens mal peignés et mal vêtus, sur la tête desquels on pouvait voir un échantillon de tous les genres de coiffures qu'on ne portait plus, depuis le feutre mou jusqu'au fez rouge à gland bleu.

Une fois introduits chez du Boys, qui dormait encore — il n'était que deux heures et demie de l'après-midi — ces gens-là nommaient un président qui s'asseyait sur la cheminée, et, tirant des petits papiers de leurs poches, s'amusaient à se lire des pièces de vers... qu'ils se recevaient et qu'ils se pu-

bliaient (hélas! bien à eux-mêmes !) dans une revue intitulée : Jean qui pleura et Jean qui rit, Tribune des Poètes, dont Barrillot était le directeur, et Jean du Boys (sous le nom d'Octave Ferry) le secrétaire. « Groupe vaillant et charmant groupe, que je vois de loin, disait Victor Hugo; car il a le privilège "des lumières : on l'aperçoit dans la nuit. » Et il lui envoyait tous les encouragements de sa pensée et de son cœur. Barrillot agitait en l'air cette fameuse lettre qui venait d'arriver d'Hauteville-House, et on lui criait : « Lis-là encore une fois ! encore une fois ! » Et, debout, sur la table, ce petit homme horriblement, grêlé lisait «... Vous avez élevé la Tribune des Poètes quand la Tribune des Orateurs est tombée ; c'est bien l Vous êtes éloquents, doux et forts ; vous savez mêler quelquefois un éclair à toutes vos grâces et à tous vos sourires de jeunesse et d'inspiration. Continuez, vous dis-je. La grande lutte des idées a besoin de combattants tels que vous «L'enthousiasme qu'excitait cette lecture était indescriptible ; on criait, on riait, on se serrait les mains Et pendant ce temps-là, seuls, quelques-uns de ceux qui devaient trahir, comme Amédée Hardy, Desdemaines, Aimé Giron — ils écrivirent plus tard aux côtés de M. Hugelmann — jouaient au bouchon sur la terrasse.

Puis, Pouyadou arrivait; il tenait à la main la Revue de Paris, dans laquelle Maxime Ducamp nous souhaitait la bienvenue: « Le hasard, disait-il, a favorisé ces jeunes gens et les a dotés de noms que la gloire remarquera, si on les lui fait lire. » Et, parmi ces noms, moi, je remarque celui de Charles

Gille, Fauteur du Bataillon de la Moselle, qui de lassitude, un jour se pendit; celui de Brocard de Meuyy, douce et timide nature, qui mourut à l'hôpital de la Charité, emprisonné dans une camisole de force ; celui deFernand Belligera (l'éditeur Tandou), qu'on trouva, dans son salon, accroché à la place du lustre ; celui de... Mais revenons à Jean du Boys. Il a fini par se lever et s'habiller au milieu de ce tapage et de ce désordre (il avait du reste beaucoup de Gustave Planche dans sa manière de se débarbouiller); il grimpe sur une chaise, essaye de dominer le tumulte, et récite son Dialogue à travers les tombes:

Ils m'ont comme Jésus sur la croix attaché ; Pour garder mon sépulcre, ils ont mis des soldats Mais l'œuvre se poursuit, à tous les yeux cachée, Le tombeau qui me tient ne me gardera pas .

Puis, c'est Ernest Chatonet qui lit un sonnet, pendant que Belligera cherche dans toutes ses poches ce qu'il a pu faire de ses Ressouvenirs d'alors.

C'est à cette époque que du Boys fit la connaissance d'Amédée Rolland. Celui-ci traînait derrière lui une quantité incroyable de sujets de pièces en cinq actes et en vers, pièces qui ne demandaient plus, selon lui, qu'un peu de façon, mais dont, en réalité, le titre seul existait ; aussi le jour où il fit la rencontre de du Boys fut un jour heureux.

Après avoir passé la soirée à causer de je ne sais quel fœtus de pièce, Jean du Boys disparaissait discrètement, rentrait chez lui et le lendemain appor-

tait à Rolland, dont l'imagination peu créative n'en revenait pas, tout un premier acte de cinq ou six cents vers. Rolland se mettait alors dans l'œil gauche un gros monocle qui lui faisait faire la plus horrible grimace, et tranchant, coupant, émondant, bouchant des trous, ajustant une pièce, tirant un peu sur un vers pour l'allonger, faisait tant et si bien qu'il ne restait guère debout qu'une centaine de vers ce qui était encore très-joli! Le Marchand malgré lui est assurément la meilleure chose que produisit cette collaboration, dans laquelle du Boys apportait une certaine finesse d'esprit et son étonnante facilité à faire le vers Il

donna encore avec Rolland le Mariage de Vadc, puis Cadet- Rouss elle, un drame en prose, dont l'idée appartenait à peu près en entier à Charles Bataille.

C'est alors qu'il résigna ses fonctions de régisseur du petit théâtre des Marionnettes (un théâtre en chambre), YErotikon theatron d'Amédée Rolland, dont le directeur était Lemercier de Neuville, le décorateur Darjou, le sculpteur Demarsy et le chef d'orchestre Bizet, et dont lui, du Boys, avait rimé gentiment le prologue, pour se retirer sous sa tente et travailler à une pièce en quatre actes et en vers, que le Théâtre-Français donna en septembre 1804 ; cela s'appelait la Volonté. « C'était, disait Bataille, une œuvre énergique, harmonieuse, fortifiante ; un réquisitoire plein de chaleur et de jet contre la maladie qui nous ronge et nous envahit : l'indolence... » p'était peut-être cela que Jean du Boys avait eu l'intention de faire ; mais, malheureusement, ce n'é-

tait pas ce qu'il fit, et les gens qui n'appartenaient point à la petite église que Rolland avait fondée à Batignolles, au fond d'un jardin,, ne se gênèrent pas pour trouver que ladite pièce, montée sur des idées plates et vulgaires, n'était autre que la glorification de la médiocrité cupide et tenace. Apprendre l'anglais et l'allemand pour les besoins de son commerce, de petit employé devenir caissier, de caissier gendre de la maison, et finalement remplacer son beau-père, semble avoir paru à du Boys être le prodige delà volonté... bref, du Boys, un peu découragé, se jeta clans le roman d'aventures. Il avait publié déjà sous ces titres : la Jeunesse amoureuse, les Mariages de province, une série de nouvelles d'un ton doux et gris... — la troisième eau du thé de Murger. Cette fois, il aborda résolument le genre dans lequel M. PonsonduTerrail a brillé d'un si vif éclat ; et ce ne fut pas sans une certaine tristesse, en pensant aux promesses du passé, que je lus à la quatrième page d'un journal cette annonce:

« C'est dans le numéro de la Petite Presse daté du 27 avril î 863 que commencera

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