HENRY MURGER
Nous ne t'oublierons pas, sans doute,
Au coin du feu, A l'heure vague, où l'on écoute,
Dormant un peu, Tout en caressant les chimères
De l'avenir, Les voix douces, les voix amères
Du souvenir ; Voix vengeresses qui, chacune,
Et tour à tour, Viennent vous conter leur rancune
Ou leur amour ; A l'heure sombre où l'on s'ennuie,
Songeant aux maux Qui frappent l'homme et que la pluie
Fouette aux carreaux, Nous reverrons son fin sourire,
Qui triste et doux Quoique moqueur semblait nous dire :
« Rien n'est à nous » Chantons, chantons humbles cigales,
» Les froids venus, » Nous tremblons, sous les rafales,
» Maigres et nus ; • Chercheurs d'amour, chercheurs~de gloire
• Et de Mimis » Notre chanson est illusoire » Pour les fourmis ! »
— Et fredonnant tout bas Musette,
Chef-d'œuvre amer, Nous dirons, en hochant la tête •
* Pauvre Murger !
Amédée Rolland