‹ Les Derniers bohêmesChapitre 15 sur 47 · HENRY MURGER · texte numérisé non relu

HENRY MURGER

Nous ne t'oublierons pas, sans doute,

Au coin du feu, A l'heure vague, où l'on écoute,

Dormant un peu, Tout en caressant les chimères

De l'avenir, Les voix douces, les voix amères

Du souvenir ; Voix vengeresses qui, chacune,

Et tour à tour, Viennent vous conter leur rancune

Ou leur amour ; A l'heure sombre où l'on s'ennuie,

Songeant aux maux Qui frappent l'homme et que la pluie

Fouette aux carreaux, Nous reverrons son fin sourire,

Qui triste et doux Quoique moqueur semblait nous dire :

« Rien n'est à nous » Chantons, chantons humbles cigales,

» Les froids venus, » Nous tremblons, sous les rafales,

» Maigres et nus ; • Chercheurs d'amour, chercheurs~de gloire

• Et de Mimis » Notre chanson est illusoire » Pour les fourmis ! »

— Et fredonnant tout bas Musette,

Chef-d'œuvre amer, Nous dirons, en hochant la tête •

* Pauvre Murger !

Amédée Rolland

Page 1