BROCARD DE IV1EUVY
En 1856, Brocard de Meuvy écrivait aux petits journaux : « M. Brocard de Meuvy a 25 ans, il est poète et auteur dramatique. Ses comédies dorment jusqu'à présent d'un profond sommeil dans les cartons des directeurs de théâtre et ses vers, timides comme lui, n'osent pas aller sonner à la porte des princes de la littérature... »
Il revenait de Florence où il avait fondé — je ne sais plus aujourd'hui, ni pourquoi, ni comment, — un journal intitulé le Blason italien, lequel était mort précipitamment, frappé, disait ingénument Brocard, par le choléra qui lui enleva une partie de ses abonnés et mit le reste en fuite. Il s'était promptement consolé de ce petit malheur, et se faisant de cette feuille morte un antécédent littéraire, l'ex-fondateur et rédacteur en chef àuBlason italien pensa que pour arriver au prompt et parfait écoulement de sa marchandise poétique et dramatique, il était plus simple de fonder un journal que d'aller frapper aux portes des directeurs de théâtre et des princes de la littérature.
Et le lendemain, Paris comptait une feuille de plus: la Balançoire pour tous, journal paraissant et disparaissant à volonté.
Ce fut pour Brocard le moment le plus heureux de sa vie. Son père, loin (Je blâmer ses essais littéraires, l'encourageait de toutes ses forces ; il faisait les frais du journal dont il devint du reste, sous différents noms, l'un des principaux collaborateurs (!!!)
Ali ! cette Balançoire pour tous ! Quels beaux rêves n'a-t-elle pas fait faire ! Quelles espérances n"a-t-elle pas mollement bercées !
Des rêves d'argent — comme les petits journaux d'aujourd'hui! Non, fi donc ! Des rêves de gloire ! tout simplement. On l'eût donnée bien volontiers, cette Balançoire, à qui eût voulu la lire, donnée et même quelque chose avec si l'on eut osé, et je ne puis, sans sourire, me rappeler ce numéro en tête duquel on lisait : Souscription pour les inondés : Produit de la vente du dernier numéro de la Balançoire : 20 fr.
Vingt francs ! Deux cents numéros vendus ! ! ! Oh ! le bon, le charitable petit mensonge !
Et maintenant qu'on avait un organe à soi, on allait pouvoir lancer ce fameux premier volume de vers, on allait pouvoir exercer sur les directeurs de théâtre une honnête et salutaire pression jusqu'à ce qu'ils vinssent demander pardon de leurs iniquités et se repentir d'avoir rendu des manuscrits sans les avoir lus, car Brocard les accusait de tout, ces diables de directeurs ! H leur tendait des pièges dans lesquels ces Messieurs s'empressaient de tom-