AMÉDÉE HARDY
Je Tai connu du temps de la Tribune des poètes; c'était un chaud républicain, mais qui paraissait déjà ne pas vouloir mordre aux amendes et à la prison. Il prit la direction de la Tribune des Poètes, lorsque le sieur Hugelmann devint propriétaire de ce petit recueil, et, tourmenté par ses remords, se crut obligé de donner à ses amis des explications qui ne satisfirent que ceux qui n'étaient pas difficiles. « On a fait à la Tribune des Poètes 9 disait-il, le reproche d'avoir une couleur politique. Le fait serait facilement réfutable, mais nous aimons mieux faire pour l'avenir une profession de foi qui mette toutes les consciences en repos. Laissons donc sans le renier, le passé en arrière, et disons désormais que la Tribune des Poètes, comprenant que sa mission est une mission de paix et de progrès, purement intellectuel, rejettera comme attentatoire à ce sage principe toute pièce ayant une nuance politique quelconque. »
Une seconde fois, Hardy revint sur ce sujet : « une partie du public s'étant étrangement mépris sur la déclaration que j'ai mise en tête du dernier
numéro de la Tribune des Poètes, je crois utile de donner quelques explications. Lorsque j'ai dit que la Tribune rejettera toute pièce ayant une nuance politique quelconque, j'ai voulu parler de la politique d'action ou de personnalité, que nous considérons comme incompatible avec la poésie ; mais notre œuvre a toujours été et sera toujours essentiellement progressiste et c'est dans ce sens qu'il faut interprêter ces expressions : que sans renier son passé, nous pourrions facilement la disculper d'avoir eu une couleur politique. Ainsi plus d'équi= voque : nous ne renions rien du passé de la Tribune et nous entendons la maintenir dans le même ordre d'idées. »
A la clarté, à la franchise de ces déclarations, on reconnaît déjà un élève du sieur Hugelmann.
Plus tard, envoyé par le ministère de l'intérieur à Grenoble pour y faire un journal bonapartiste, Hardy se couvrit tellement de gloire dans cette mémorable campagne, qu'il fut décoré et qu'il allait enfin jouir du bonheur réservé à ses pareils, quand la guerre arriva. Le bonapartisme de Hardy était bon teint ; rien ne l'altéra, et, quand il mourut, ses dernières paroles furent pour Napoléon III.
En dehors de cela, Amédée Hardy était un bon
compagnon, aimanta rire et aimanta boire
C'est à lui qu' Amédée Rolland a dédié son dernier livre le Poème de la Mort :
Ami, nous avons tous les deux Tenté vingt chemins hasardeux....
Etc.
Mes souvenirs deviennent plus vagues, plus confus; je vois dans l'ombre :
FRANÇOIS TALON. Blond, mince, compassé et pointu... n'aspirant qu'à passer pour un homme de gros bon sens, de sens commun, ce qui ne l'a pas empêché de mourir fou. Il aimait à signer : Un ancien négociant retiré des affaires, et je vois au dos d'une petite brochure intitulée : Menus propos et joyeusetés d'un bourgeois de Paris, sur la décentralisation, entremêlés de petites théories politiques pleines d'à-propos, où Von traite de V inutilité de l'Autriche, ces mots : « Mon cher Maillard, ne cherchez là dedans rien autre chose que du. bon sens. »
Il avait publié en 1861 un livre bourgeois : les Mariages manques, livre intéressant bien que fort mal écrit, et avait lancé un journal intitulé : le Bourgeois de Paris, qu'il faisait à lui seul et qui mourut au bout de quelques numéros.
Quand la folie le prit, il lui restait encore dans ses cartons bien des choses bourgeoises.
ALEXANDRE RAYMOND. Il signait aussi Raymond de Breilh, bien que fils du colonel Raymond de la Garde républicaine de 1848 et était l'auteur de Galants du temps jadis, essai littéraire sur le moyen-âge, pauvre petit livre dont parlaient sans
l'avoir lu les amis de Fauteur. — Moi qui l'ai lu, je n'en parlerai pas. Après avoir mené à l'étranger une vie assez aventureuse, Raymond revint à Paris un mois ou deux avant la mort de Rolland, dont il reçut le dernier soupir; je le vis le jour de son arrivée, ce fut la dernière fois. Il mourut peu de temps après Rolland, sans avoir pu faire jouer aucune des pièces dont il se disait l'auteur et dont je n'ai connu que les titres : Mère et martyr, les Gens d'affaires, les Turlupins, etc., etc.
Je ne crois pas qu'on puisse être beaucoup plus avancé que moi sur ce chapitre-là.
LOUIS DUVEAU. En avril 1867, les journaux publiaient l'entrefilet suivant : « Un artiste extrêmement distingué, M. Louis Duveau, dont les tableaux d'histoire ont souvent brillé aux expositions de peinture, a été malheureusement, frappé, dans toute la force de l'âge et du talent par une paralysie qui a fait tomber le pinceau de sa main. Devant une telle infortune, plus de deux cents confrères de M. Duveau, et parmi eux les plus illustres, ont spontanément offert chacun une ou plusieurs de leurs œuvres pour être vendues au profit de l'intéressant malade. »
Duveau, — ayant perdu toute conscience de luimême, — mourait, heureusement pour lui, peu de
temps après, et je vois encore le peintre de la Peste d'Elliant, je vois ce vieil ami, l'œil éteint, la main tremblante, ne pouvant pas couper la viaade qu'il avait dans son assiette, la portant avec peine à la bouche, remplissant d'allumettes chimiques sa tasse de café, et ne retrouvant un peu de vitalité que lorsqu'on lui avait allumé et mis aux lèvres sa vieille pipe bretonne.
Il est complètement gâteux, me disait Pelloquet, — qui en avait encore pour un an !
HENRY NOIROT. Un violoniste détalent, compositeur à ses heures... je me souviens encore de quelques jolies valses qui s'appelaient, je crois : Souvenir de Nice, Fleur d'hiver, les Adieux.
Quand il entra à l'hôpital de la Charité, un aimable docteur lui dit brutalement : — Pourquoi n'êtes-vous pas venu plus tôt, ces gens-là arrivent toujours lorsqu'il est trop tard. A quoi Noirot, qui se mourait d'un œdème, répondit doucement : je ne pouvais cependant pas venir vous dire : je me porte bien, j'engraisse à vue d'œil, tous mes amis me félicitent sur ma bonne mine, eh bien! cela m'inquiète et je voudrais faire quelque temps d'hôpital ! (puis, avec un triste sourire) : — c'est vrai, j'engraissais,.... avec les mêmes appointements, j'aurais dû me méfier.
BARBIZET. C'était un grand bonhomme à tête de Mépliistoplièlès, dont le nom, — avec celui de Célestin Nanteuil, — se trouve sur toutes les romances de la maison du Ménestrel; outre qu'il dessinait fort bien, Barbizet sifflait d'une façon surprenante et je lui ai entendu siffler l'ouverture^ de Zampa avec une sûreté, une conscience d'exécution que je voudrais toujours voir chez les possesseurs d'un instrument plus sérieux.
Barbizet, du reste, appartenait à une famille d'artistes et était frère dul Bernard- Palissy de la place du Trône.
PRAT. Un chanteur. Il était lauréat du Conservatoire et, contre le gré de ses parents (un père souspréfet, je crois ; vous pensez !), voulait embrasser la carrière dramatique.
La mère avait dit : J'aimerais mieux le voir mourir! Quant au père, —plus pratique, — il avait simplement exigé que son fils ne débuterait qu'à l'Opéra.
Mais ce n'est pas commode de débuter à l'Opéra, et le pauvre garçon, lassé d'attendre, finit par aller à Turin où, le jour de ses débuts, au Grand Théâtre, il fut hué, sifflé
Prat rentra chez lui et se brûla la cervelle.
LA FOSSE COMMUNE 2o9
Sa mère mourut de chagrin, croyant que Dieu avait exaucé le désir impie qu'elle avait manifesté.
LE MARQUIS D'URBIN. Un rédacteur de la Gazette de France que Ton rencontrait généralement proh pudor!) dans tous les cabarets qui, par tolérance, restent ouverts une grande partie de la nuit. Je l'ai même vu, — et il ne faut pas que M. Janicot secoue la tète d'un air de doute, — entrer dans un antre malsain, celui-là même que décorait Montjoye, et s'écrier : que dit-on, quand on me voit? — (Vive le roi ! criaient en chœur les personnes auxquelles
s'adressait ce champion de la légitimité) — puis
sauter sur une table et déclamer de la façon la plus amusante une pièce de vers intitulée : Aux chanteurs de France, pièce qu'il avait lue l'après-midi d'une façon plus décente au Palais de l'Industrie lors du grand festival des Orphéons.
CHARLES DE LA VARENNE. C'était un personnage d'allures louches et équivoques, de relations compromettantes,... ; il venait peu avec nous (nous n'achetions pas de décorations), et rédigeait alors la Chronique de France, journal soutenu par le
parti légitimiste. Ce chevalier d'aventures est trop connu, — surtout depuis la scandaleuse affaire de Kervéguen, l'ouverture du sixième paquet {papiers à brûler après ma mort), pour que je m'arrête plus longtemps sur cette figure sèche, froide et antipathique.
VÉDEL. Le fils de l'ancien administrateur du Théâtre-Français ; le 27|mai 1865, il avait invité à dîner à Moret, près de Fontainebleau, ses amis Villot, Teinturier et Blot, et tous venaient de se mettre à table dans une tour gothique de l'Hôtel de l'Ecu quant brusquement tout s'effondre... une poutre avait manqué.
Védel a la colonne vertébrale brisée, Teinturier les deux jambes cassées à quelques centimètres de la cheville, Blot une jambe cassée et quatre côtes d'enfoncées, Villot la jambe gauche cassée et la colonne vertébrale abîmée
Ainsi finit Védel.
PAUL DUMOULIN Dans la nuit du mardi à mercredi dernier, un artiste de talent, jeune encore, M. Paul Dumoulin, s'est suicidé. Mardi soir il acheta une mesure de charbon, s'enferma dans sa chambre, alluma son fourneau, s'assit devant une table et écrivit jusqu'au jour. Les dernières lignes qu'il a tracées sont datées de « mercredi matin, 4 heures. » Ce sont des besoins d'argent et des soucis de famille qui l'ont poussé à en finir avec la vie. (Le Gaulois, Dimanche 10 juillet 1859).
Ce même Gaulois, qui publiait alors des charges, avait quelque temps avant donné celle de Dantan ; le grand artiste a le bras appuyé sur sa selle, sur laquelle se trouve une petite statuette représentant un peintre la palette à la main : ce peintre, c'est Paul Dumoulin.
HIPPOLYTE MAXANCE. 11 s'appelait Renard et était avocat... ce qui pouvait le mener loin; il préféra être homme de lettres ! et écrivit dans le Rabelais, dans Latèce, une feuille de chou dans laquelle il publiait un roman intitulé : le Bois de l'homme mort, dans le Gaulois, où reporter du monde interlope, il s'écriait : « Aussi rencontre-t-on souvent, dans quelques-uns de ces temples de la Terpsychore du Cancan et des pas de fantaisie prévus par les règlements municipaux, de char-
mantes têtes d'anges déchus, blondes et brunes fillettes, habillées d'une robe d'indienne et coiffées de leurs cheveux, mais avec les joues en fleur, les lèvres en feu et au regard caressant et velouté qui demande l'aumône à la porte de votre... cœur. »
Hippolyte Maxance était évidemment marqué pour la mort.
MARIANI. C'était un dessinateur qui, à rencontre de ses collègues, s'occupait beaucoup de spéculations philosophiques et pour lequel le moi et le non moi était un terrain aussi familier que la critique et l'étude des beaux-arts. Il avait de la grâce, delà légèreté, et c'est de lui le charmant petit dessin qui, pendant neuf années, illustra la couverture de YAImanach parisien que nous faisions avec Desnoyers. Envoyé en Espagne par Y Illustration, Mariani mourut à Madrid, isolé et loin des siens ; il était Suisse et s'appelait de son vrai nom : Moos~ lirugger.
ARTHUR LOUVET. Encore un avocat-écrivain, ce qui est le pire du pire ! On lui avait refusé une pièce au Théâtre-Français, et depuis il s'était jeté dans
le Quart-d' Heure, gazette des gens demi-sérieux, dans la Revue internationale de Carlos Derode, etc. Il en est mort.
WARBURG. Un grand mulâtre, fils d'un tailleur de pierres de New-York; les Etats-Unis l'avaient envoyé en France, où Warburg, pour ses débuts, eut un petit succès avec sa statuette de Y Enfant jouant avec an lézard. — La mort ne lui laissa pas le temps de faire autre chose.
ALFRED ROUSIOT. Celui-ci faisait de tout, et rien de bien ! montait en ballon et écrivait des brochures; il portait des chemises sur lesquelles étaient brodés de charmants petits ballons, s'habillait volontiers les jours d'ascension en chasseur de grande maison et, assis à côté du cocher sur le siège du fiacre qui le conduisait au Champ-de-Mars, montrait gratuitement aux populations ce qu'était Yaéronaute de Sa Majesté Napoléon IV.
Quant à ses brochures !. . . Eh bien ! non ; je l'aimais encore mieux dans sa nacelle.
VENTADOUR. Un élève de Cicéri et un bon élève; il a^ exécuté nombre de décorations fort remarquables, et ses panneaax pour les tapisseries de Beauvais et des Gobelins sont très appréciés. Comme les autres, il est mort jeune, il est mort au travail, — sur le mont Nébo, d'où il pouvait voir la terre promise.
JOSEPH LEBŒUF. C'était un brave et digne sculpteur qui ne manquait pas de talent mais qui, par exemple, manquait d'entre -gent, comme disent les habiles, et dont la vie fut une longue suite de misères et de chagrins. Il a fini, comme finissent trop souvent ses pareils... à l'hôpital.
Je me rappelle avoir vu de Lebœuf un Spartacus nègre, Saint Paul devant l'aréopage et plusieurs b listes remarquables, entre autres, celui de Victor Hugo, qu'il était allé faire àGuernesey même.
CHAMBERT. Il avait remplacé auprès de M. de Mirecourt le sieur Mazerolles, auteur d'un petit livre intitulé : Maison Mirecourt et Compagnie, fabrique de biographies, livre dans lequel ledit
Mazerolles frotte vivement le nez de son catholique patron. A quoi de Mirecourt avait répondu : on ne peut que mépriser le laquais congédié qui vous calomnie, et avait mis en lieu et place de Mazerolles le sieur Chambert, — qui dura jusqu'au jour où je lus dans le journal les Contemporains cette phrase un peu sèche : « M. Chambert a cessé de faire partie de la rédaction du journal les Contemporains. »
Je ne le revis plus, et ce fit longtemps après que Jules Mahias m'apprit qu'il ôtait mort.
ANT0NI0WATRIP0N.il n'y a 'que quelques années queWatripon est mort dephthisie à l'hôpital Saint- Louis... Qui se souvient de lui? Et quand j'aurai indiqué les Etudiants de Paris, une Etude sur Villon, quelques brochures et les titres des 3,632 journaux auxquels collabora ce terrible pondeur, sa mémoire y gagnera-t-elle beaucoup?
Il vaut mieux pour lui, — et pour moi, — que je m'en tienne à la Complainte sur l'assassinat de Sïbour par Verger, une des choses qui, certainement, recommandent le plus à la postérité, le doux nomd' Antonio Watripon.
Si j'étais certain que le lecteur ne fasse pas partie 4e la Société de Saint-Vincent-de-Paul, je citerais quelques strophes de cette élégie, mais peut-on être sûr d'une chose comme celle-là?....
Les noms se pressent sous ma plume, j'en écrirais toujours qu'il y en aurait encore; il me semble que je ne puis me dégager de' cette chaîne dont les anneaux glacés nfétreignent et me mordent. La nuit sombre descend sur moi et cependant je vois encore HENRI BALESTA, un étudiant en rupture de quartier latin, et qui cherchait à entrer dans la littérature ; le Figaro, qui en a perdu bien d'autres, — inséra de lui deux ou trois articles; — MARCHAUX, un jeune peintre, un élève de Couture et d'Hébert, mort de la poitrine ; — ROGER (de Grenoble), le petit Roger, comme nous disions; un peintre tout jeune, tout charmant, tout amoureux de son art ; il avait de l'esprit, un talent plein
de promesses et la poitrine malade; — E.
GUILLOT, garçon doux et aimable, qui avait un peu écrit au Figaro, au Gaulois, aux Salons de Paris, et que la mort trouva tout triste, tout désenchanté... surveillant d'une place de nacres ; — CRELL, un réfugié prussien, rédacteur du Weg-Weiser, journal qui avait précédé le Parizer-Zeitung , de la baronne C. de Scheidlein ; c'était encore un bohème des plus étonnants que ce particulier qu'il m'a été donné rarement de voir à jeun ; il buvait à lui seul comme un Français et un Prussien... intempérants, et mourut dans un état complet de consomption ; — POLO, qui signait A. Polin à la France, et qui mourut à 33 ans d'une attaque de choléra foudroyant ; c'était le frère de ce malheureux qui, la même année, mourut à Gaj'enne assassiné ; — WÉLÉ, un peintre, un juif allemand, élève de Cou-
ture. Il avait manqué le portrait d'une femme qu'il
aimait Un matin on le trouva pendu dans son
atelier.
Ne me dites point qu'on ne se pend pas pour cela ! Qu'en savez-vous ?
Au cimetière, pendant qu'une femme voilée déposait discrètement un bouquet de violettes sur la tombe du pauvre mort, — son frère, un négociant, je crois, disait tranquillement aux quelques peintres qui étaient là : nous étions à peu près sûrs dans la famille qu'il finirait mal.
Cela fait que ces braves juifs n'ont pas été surpris.
BONAVENTURE SOULAS, l'auteur de A bas les cuistres \ un petit brûlot à l'adresse de l'Ecole normale, Soûlas qui n'aimait pas les vers de Fernand Desnoyers, ce dont celui-ci se vengeait par des chansons :
Que j'éprouve de soûlas
A cette lecture Elle déplaît à Soûlas
Ma littérature !
Jamais, je ne serai las
De déplaire à Soûlas !
La bonne aventure
O gué La bonne aventure !
BARBIER, le Franc-Comtois ; — A. AUDIFFRET, l'auteur des Premières pages de la vie; LÉON BAI LLY, un peintre, gros garçon doux et tranquille, qui, dernièrement, s'est tué à coups de couteau ; — SACRÉ, un tout jeune littérateur, mort de la poitrine; — TH1R10N-DUVAL, un dessinateur que je viens devoir
mourir, usé par les fatigues du siège; —HENRI PŒNCET, l'habile violoncelliste, brave et digne cœur, qui, atteint dans la force de l'âge par une cruelle infirmité, — il avait presque complètement perdu la vue, — vient de mourir à Dijon, où il était depuis deux ans professeur au Conservatoire ; — CERVOLLE qui, je crois, fut tué dans une expédition garibaldienne; — CAMPORINI, qui se poignarda; — JEAN, ou M. Jean, grand premier rôle tragique desthéâ-4 très de Batignolles, Belleville, Montparnasse, etc.; ANTIGNAC, le neveu d'Antoine Antignac, le chansonnier, l'ami de Désaugiers, Antignac qui, comme son oncle, chanta et surtout fêta la dive bouteille.
Et celui-ci et celui-là et tous ceux dont ma mémoire fatiguée ne se souvient plus.
Je n'ai pas oublié JEAN JOURNET, LACHAMBEAUDIE, AUGUSTE LUCHET, GUICHARDET,... mais qui n'appartiennent pas à notre époque et qui, du reste, sont trop connus pour que je m'y arrête.
GUICHARDET!... il importe, a dit Monselet dans un petit portrait de Guichardet, portrait resté célèbre, que ce passant majestueux et souriant ne soit point oublié. Aussi, aujourd'hui que royaume, monarque et sujets, tout a disparu, saluons de ces deux lignes de souvenir celui qui fat le vrai roi radieux; enchanteur et enchanté de toute cette bohème !
Ajoutons pour clore cette funèbre liste que DINO- CHEAU, le restaurateur des lettres, est mort ruiné, que BAPTISTE, le garçon de la Brasserie, celui qui avait dans son département, comme il disait, le côté des grands hommes, est mort pendant que l'heureux possesseur de ce joyeux établissement s'éteignait tristement à Bicêtre !
Et maintenant, comme dit Henri Heine, ne t'attendris pas trop, lecteur, le jour n'est peut-être pas éloigné où tu auras besoin de toute ta commisération pour toi-même.
— Est-ce que tu sais comment tu finiras, toi ?