‹ Les Derniers bohêmesChapitre 46 sur 47 · ALEXANDRE M0N1N · texte numérisé non relu

ALEXANDRE M0N1N

C'était un élève de l'Ecole normale. Homme de polémique avant tout, il avait l'attaque vive, franche, carrée, — un peu forte en gueule, surtout pour un élève de la susdite école ; mais il était catholique et avait par conséquent l'humeur agressive et batailleuse. Brutal avec passion, il faisait volontiers le coup de poing et dépensait en crâneries de toutes sortes — et je ne l'en blâme pas — ce que ses camarades d'école dépensent ordinairement en érudition pédante.

Il fut un instant l'espoir du Figaro, et de Villemessant cite/toujours son fameux article sur la mort de l'archevêque de Paris : « Il est tombé au milieu de sa prière, au milieu de son œuvre, hostie prématurée. Je ne sais point dans notre siècle de terreur et de pitié, pitié plus grande et plus saisissante terreur. Un prince de l'Eglise tué dans l'église, tué par un prêtre î Sang du Christ qui coules en larmes éternelles sur le crucifix, m'entends-tu bien? » De Villemessant lui avait dit : vous avez bien au fond de quelques campagnes une vieille parente pieuse qui fait l'aumône et va à la messe tous les matins

— pensez à elle en écrivant cet article — si elle ne pleure pas en vous lisant, vous n'avez rien fait qui vaille.

Monin, du reste, était toujours prêt à écrire en deux heures cinq cents lignes sur le premier sujet venu — et cela, avec toute la conviction possible.

Il publia aussi dans la revue le Présent — une revue qu'avait fondée le fils d'un négociant de Valence, un tout jeune homme qui jouissait d'une assez belle fortune et qui la consacrait aux lettres (on ne rencontre plus cela aujourd'hui .') — un grand roman : V Année des Cosaques

Monin l'avait d'abord porté à la Revue des deuxmondes qui. prudemment, n'en avait pas voulu, ce qui attira à MM. Buloz et autres les invectives les plus violentes; c'est à ce propos, je crois, que Monin disait en parlant de M. de Mars : il a l'air d'un séminariste qui vient de commettre en secret une mauvaise action.

Bref, Monin comme beaucoup d'élèves de l'Ecole normale eût fait son chemin — (,il avait [tout ce qu'il faut pour cela — si la Mort

Après cela, vous me direz : n'avons-nous pas Sarcey et... les autres!

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