‹ Les derniers BretonsChapitre 1 sur 32 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

lesquels elle vit. Ils ont voulu parler, et, au lieu de la prose de Froissard, ils ont entendu une langue dure, aux inflexions âpres et sifflantes. Alors lijutes leurs balles espérances se sont évanouies ; les réalités ont éteint leur «snthousiasme. Le moyen âge, sans rouge, leur a fait mal au cœur. Ils se sont crus tombés au milieu d'un peuple sauvage de l'Orénijiiue; ils ont crié vers leur cher Paris, comme des enfants après la maison paternelle ; et , tout épouvantés encore , ils se sont jetés dans la diligence qui devait les ramener à ce centre classique de toute civilisation.

Et une fois de retour, Dieu sait quels récits ! Les uns n'avaient rien vu, rien trouvé qui valût !a peine qu'on en parlât. La Bretagne, à teur avis, était une vieille duchesse qui s'était figuré qu'elle était vénérable et qui n'était que vieille. Ils avaient cherché ce caractère original qu'on leur avait tant vanté , et n'avaient rien aperçu qui ne se trouvât ailleurs. D'autres, au contraire, la représentaient comme un pays plus curieux à étudier que la Nouvelle-Hollande. Le journal de terre s'y achetait sixliards, la greffe n'y était pas encore connue, et les hommes mangeaient à i'auoce, comme les pourceaux civilisés de Poissy.

Jugez quel émoi au récit de ces Colomb ! Les bourgeois du Marais en frémissaient d'horrour ; les têtes les plus chaudes parlaient d'avertir le gouvernement , et, un beau jour, la Chambre des députes recevait une pétition dans laquelle on signalait la barbarie de la Bretagne , où l'on parlait un patois intelligible (pouf ceux qui ne le comprenaient pas), et par laquelle on

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