LE RENARD ET LE RAISIN
a Un renard regardait d'un air mélancolique une grappe « de raisin qui commençait à mûrir, et qu'il aurait bien voula « manger. II cherchait le moyen d'en grapiller quelque choses « mais voyant qu'il perdait sa peine, et qu'après tous ses effort» « il ue lui restait (jue son désir, sa tristesse s'en alla en gaieté, ef
« il dit : — Ce raisin-là ne doit pas être bon, il est encore trop « vert !
« Les gens d'esprit n'aiment pas ce qu'ils ne peuvent se pro- « curer. »
Disons enGn e.^ pour achever que, malgré leur mérite, les fables de Riccu ont eu peu de succès. Nos paysans , qui seuls achètent les ouvrages bretons, devaient en effet peu goûter un livre pliilosophique dont la grâce spirituelle leur échappait. Ainsi, tandis que les ^«cr^s , les cantiques , les sÔ7ies , et les noVJs de M. Ledan se trouvent dans toutes les fermes, c'est h peine si l'on rencontre par hasard, dans une vingtaine d'entre elles , le recueil de fables dont nous venons de rendre compte. Cet échec a dû décourager Ricou. D'ailleurs , je l'ai déjà dit , notre Esope breton se fait âgé. Tel qu'il est pourtant, c'est encore un homme capable de penser et de produire. Son visage ridé , mais mobile , a conservé son expression de finesse âpre et d'intelligence scrutatrice ; son œil éveillé a tout le feu de la jeunesse. C'est un de ces vieillards que le froissement de la vie ne semble pas avoir usés , mais aiguisés. Seulement on sent chez Ricou, a travers son humilité campagnarde , l'irritation d'une haute capacité aigrie et d'ime espérance déçue. Quand je le vis , il y a un an, je lui demandai, après lui avoir longuement parlé de ses fables, à quoi \\ travaillait maintenant.
— Je travaille à ensemencer un champ de panais , me dit-il avec un amer sourire.
ruis il me proposa d'acheter des œufs qu'il portait dans son panier. J'achetai ses œufs et je lui versai utt coup d'eau-de-vie, qu'il but après avoir fait avec son verre le signe de la croix.