XVIII INTRODUCTION
ments trop favorables aux derniers Carolingiens: IMl a commencé à écrire au moment où les Capétiens étaient définitivement maîtres du trône ; 2!" Il était disciple d' Adalbéron et de Gerbert, partisans résolus de Hugues Capet. Aussi U se rallie dès le début à la nouvelle dynastie et traite Charles de Lorraine de tyran. En dépit de l'instruction qu'il avait acquise à l'école de Reims sous la direction de Gerbert, Richer n'est pas un historien. Salluste, son modèle, lui a fourni des phrases toutes faites sans rien lui communiquer de son esprit ni de son style. Aussi Richer, si empressé de faire des discours à tort et à travers, ne sait-il pas tracer un portrait. Les personnages dont il parle, ceux même qui sont au premier plan comme Lothaire et Hugues Capet, ne sont que des ombres pâles, aux contours indécis. Il y aurait pourtant injustice à ne pas faire remarquer que de temps en temps la narration s'anime et devient réellement intéressante. Les récits de la prise de Laon par Charles de Lorraine ou de la trahison d'Ascelin ne manquent ni de vivacité ni de couleur. Mais en somme la connaissance de l'antiquité classique a été funeste à Richer. Elle a donné à son style un archaïsme insupportable. Néanmoins, malgré tous ses défauts, sa chronique est une source précieuse. N'acceptons pas aveuglément tous ses dires, mais gardons-nous aussi de rejeter systématiquement, comme le font certains historiens, tous les renseignements qu'elle fournit.
La troisième source, la plus importante peut-être, la plus curieuse assurément, c'est la Correspondance de Gerhert. Jusqu'ici une difficulté capitale en arrêtait l'étude et la rendait même dangereuse : on ne pouvait dater avec certitude ces lettres déjà si énigmatiques, qui devenaient par là à peu près incompréhensibles. Cet obstacle a été levé par M. Julien Havet* ; il nous a donné une édition des
i. Lettres de Gerbert, (983-997), Paris, 1889, S». (Compte pendu, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, année 1889, p. 236-244.)