SITUATION CRITIQUE DE L*KVÊCHÉ DE CAMBRA
Vieux*, Il menacjaîtenmême temps Theudon éri^que de Cambrai, d'origine saxonne et tout dévoué aux rois de Germanie, L'évoque de Cambrai étant en même temps évèque d^Arras, son hostilité pouvait être très préjudiciable aa roi de France qui possédait précisément cette dernière ville. Tbeudon se trouva alors dans une situation extrêmement critique. Sa ville épiscopale était loin des secoui^s de Tenipereur; elle s'avançait en plein cœur du royaume de la France occidentale. De tous cotés il se voyait entouré d'ennemis : le roi de France, Charles, Renier, Lambert^ Albert et Eudes de Vermandois, A Cambrai même il était sans cesse insulté et bravé par les seigneurs du pays. Un de ses vassaux, du nom de Gautier, qui possédait Lens, se fit un jeu de le bafouer, de le tromper de toutes sortes de manières. Il lui promit d*abord son dévouement s'il consentait à donner à son fils homonyme les biens de Jean le majordome; quand Tévêque eut cédé à ses demandes, il ne Ten persécuta que davantage. Ce Gautier ne cessait de prédire à Theudon Tarrivée des Français et Tincendie de Cambrai, et quand il Tavait épouvanté de la sorte, il lui escroquait de l'argent sous prétexta de le défendre. Hériward obtint aussi plusieurs villages par le mêtne procédé ; il annonçait à Theudon l'arrivée et les ravages de Renier et de Lambert, puis feigTiait d'aller à leur rencontre et de les chasser. Le naïf évoque récompensait alors richement Hériward-.
i. iluiorien& de France^ IX, 640. — En975 Adélaïde se brouilla avec son lils Otton II et se réfugia auprùs de son frère Conrad, tqï de Hourgogne, Adélaïde était auj^îii mère d'EImma, femme de Lothajre. Les bislorîen.s allemands^ remarquant qu'Krama a eu une grande influence sur son mari et riu Adélaïde aimait au moins autant son gendre Loth aire que sa fille (lettre de Gerbert, 74, éd. Havet, p. 70), en ont conclu que Thostilitê entre Lotîiaire et Otton II à partir de 975-76 fut une contiêquence de^i mauvais rapports de l'empereur avec 5*a inére fGiesebrecht, p. 27- 28: Witte, p, 27 ; Kalckstein, p. 330; Matthaei, p, 40-41), Inutile d'insister sur la légèreté de ces hypothèses,
2, Voy. Geatd ep. Camerae., [, c, 92, 93, 99, Cf. plus lïas, p. 90, n. 4. — Albert do Vermandois et le majordome Jean ne prirent peutêtre pas part à la bataille de Mons. mais ils n'en ravagèrent pas moins Tévôché de Cambrai. Sur un évangile (écrit au x-xp s.) de l'église de Cambrai {uis. de Cambrai n<» 309) on trouve à la fin cette notice intéressante : V Ilaec sunt nomîna malefactorum qui eccle^ias,,. cum comité fl kainero saccenderunt : Albertus cornes... lobannes^ etc., m en tout
86 MORT DE RORICON [976]
Le jour même ou son frère était battu et blessé à Mons, Adalbéron faisait à Reims Y « invention » du corps de saint Thierry et suppliait le roi de venir assister à V « élévation » des reliques. Mais Lothaire, alors en Flandre, n'était nullement pressé de répondre ; ce fut seulement le 1 1 décembre que Lothaire et la reine Emma, accompagnés d'une nombreuse armée, arrivèrent à Reims. Il s'y tint une grande assemblée, et le roi, en présence de ses troupes, des grands, des évôquesf, des abbés, convoqués par Adalbéron, fit lui-même la translation des reliques de saint Thierry dans cette abbaye située alors à trois milles de Reims* (décembre 976)*.
Huit jours plus tard (le 20 décembre), l'évêque Roricon mourait à Laon de paralysie'; perte aussi funeste pour la des-
42 noms (Mon, Germ., SS., t. VIF, p. 439, n. 46). Jean épouvanta tellement Theudon que celui-ci lui rendit son patrimoine qu'il avait donné un instant à Gautier de Lens et à son fils. {Gesta pp. Camer,, I, c. 93).
1. Historiens de France, IX, 635 A. Saint-Thierry est à 8 kil. N.-O. de Reims.
2. Mirac s. Tneoderici: a Anno DCCCCLXXVI., mense aprilis, vide- « licet XIII. kal. raaii, inventum est corpus s. Theoderici.. Episcopus (t Adalbero quaerebat ut rex Lotharius accersiri posset ad elevationem « hujus corporis. Sed rex toto fere illo tempore morabatur pro nego- « tiis ad exteras partes regni ; sed circa adventum Domini rex venit « ad Remorum fines et eu m uxore sua Emma et exercitu copioso eo « venit ad elevationem. Aderat summus pontifex Remensis. Levatum « est III. idus octobris (corrig. III. id. dec.) » — Brève chron. Remense : « 976. S.. Theodericus levatus ». — Martyrologe de Saint- Thierry, « XIII. « kal. maii. Inventio corporis beati Theoderici a domino Adalberone « archiepiscopo, qui ordinatione beati Remigii primus abbas exstitit « in monte Or ubi incorruptus plus ferme quam trecentis quinqua- « ginta annis requievit : et translatio ipsius ac s. Theodulfî in capsam a argenteam. » — Libellus de elevatione s. Theoderici (comme les Miracula s. Theoderici) «... infra ipsos dies quibus agitur observance tia dominici adventus, ut Remorum finibus rex appropinquaret, « habiturus quidem apud metropolim placitum cum optimatibus suis... L'archevêque convoque les évoques et les abbés voisins, enfin : « III. « idus dec. », le corps de saint Thierry est porté par le roi. L'archevêque s'était efforcé de tirer le corps du saint de son tombeau, mais en vain ; seules les mains royales purent l'en retirer... « Ipso die rex « cum regina beato confessori pretiosa ornamenta obtulerunt ». Historiens de France, IX, 39 et note (d), p. 129. — Marlot (éd. franc), t. III, p. 39-40.
3. Conlin. Flodoard. : « 976. Ipso in anno, tertia décima kalendas « januarii, praesul Rorico sanctae Laudunensisaecclesiae, qui erat lan- « gore paralisi correptus, post raultas ac débitas Deo pro ipsa infîrmi « tate redditas gratias, vita decessit, videlicet vigilia sancti Thomae
[976-977] ADAl.RÉRON ÉVÈQUK DE LAON 87
tinée des Carolingiens que celle d'Odelric. Fils naturel de Charles le Simple \ il avait toujours été pour son neveu Lothaire un conseiller sage et dévoué. Il était parvenu, entre autres services, à em pêcher Tarrivée de Hugues de Ver man dois au siège de Reims, et avait réui^si par des négociations â assurer à Lcjthaire la possession d'une notable p^irtie de la Flandre*, Lothaire choisit pour succéder à Roricon un jeune clerc lorrain, Adalbèron» désigné plus souvent sous le diminutif d*Ascelin, son chancelier depuis trois ans^. Il le nomma évêque, dans la cathédrale même de Laon^ le 16 janvier 077, Ordonné prêtre à Reiras, le 24 inars^ par son homonyme Tarchevêquede Reims, Adalbéron fut consacré évèque le dimanche des RameauXj 1"'' avril ; il alla ensuite â Laon * consacrer le saint-chrème et fut intronisé îe jour de Pâques 8 avriP. Lothaire ne se doutait guère qu'il venait d'introduire au cœur de ses domaines Tennemi dont la perfidie devait, quatorze ans plus tard, exterminer sa famille, — Ascelin commença peut-être
« apostoli post laudes Dei matutînaies a. *— Ann. S^ Quint ini Veromand. : « 976, HL>rïco presul mûrit qi\ — Un an auparavant Lothair*? se trouvant à Coin pît^ne avait à sa demande accordé j'iniiniuiité al abbaye de Saint- Vincent, « second siège de l'évècbé » (Historiens de France^ IX, 639).