ADALBÉRON ÉVÉQUE DE LAON
ses trahisons envers son bienfaiteur dès le début de son épiscopat ; des rumeurs sourdes coururent bientôt accusant la reine Emma d'adultère avec le nouvel évoque. Dans le dessein de laver Ascelin de cette accusation infamante, l'archevêque Adalbéron prit l'initiative de réunir un synode dans le diocèse de Reims à Saint-Macre \ pour soumettre la conduite d' Ascelin à l'enquête de ses confrères. Nous n'avons plus les actes de ce synode ; Richer les a sans doute fait disparaître par prudence; mais il n'est pas douteux qu'Ascelin ait été acquitté, car il continua à jouir, ainsi qu'Emma, de la confiance de Lothaire*; bien plus, le roi exila son frère Charles, qui seul avait osé dire tout haut sur sa belle-sœur ce que tout le monde pensait tout bas\ Emma se défendit naturellement d'avoir jamais eu de relations coupables avec Tévêque de Laon*, et il est possible que ces rumeurs aient été suscitées par la malignité de Charles qui détestait sa belle-sœur. Thierry, évêque de Metz, lui reprochait quatre ans plus tard, entre autres choses, d'avoir voulu souiller la femme de son frère par ses mensonges. Charles, dans sa réponse à Thierry, se justifie sur tous les points, sauf sur celui-là qu'il passe sous silence ^ D'ailleurs, au témoignage môme de Richer, les
1. Richer (IIL 66) : « Eodem tempore, Emma regina et Adalbero, « Laudunensis episcopus, infâmes stupri criminabantur ; id tamen laïc tenter intendebatur, nullius manifeste intentionis teste. Sed quia sup- « presse dictum ad omnium aures devenerat, episcopis visum est id « esse discutendîum ne frater et coepiscopus eorum infamiae tantae a subderetur, A supradicto ergo metropolitano collecta est episcopo- « rum sinodus apud Sanctam Magram, locum Remorum diocesaneum. a Considentesque et quaeque utilia pertracianles, postquam metropo- « litanus... » (le reste manque).— Saint-Macre est dans le dép. de la Marne, arr. Reims, cant. de Fismes.— C'est à l'instigation d'Emma que Lothaire avait exilé son frère. Aussi Charles en garda envers sa bellesœur une rancune implacable : Richer (IV, 16) : « Emmam reginam « cujus instinclu sese repulsum a fraire arbitrabatur, ibi compre- « hendit eique custodes adhibuit ».
2. Voy. un diplôme de Lothaire (Historiens de France, IX, 641), accordé à la demande d'Emma et d'.\scelin, en 980.
3. Charles dit lui-môme (Richer, IV, 9) : « licet enim a fratre de regno « puhsus .sim, etc. » Il s'en vengea en essayant deux ans plus tard de détrôner son frère. (Voy. Lettres de Gerbert,, 31 et 32, éd. Havet, p. 25-31). Cf. plus bas, page 97.
4. Voy. sa lettre à sa mère Adélaïde (Le«rM(/eGerôer/, éd. Havet, p.89).
5. Lettre de Thierry : «... regnique sui consortem infamares tuisque
[975-977] l'archevêché DE SENS 89
preuves manquaient, « nullius manifesto intentîonis leste' j).
Pendant ces années 975 à 977, un certain nombre d*évêques moururent ou furent déposés. Thibaur], évèque d* A miens, fut condamné à Rome dans un synode par le pape Benoit VII au commencement de 975. Ti refusa de comparaître au concile provincial tenu à Reims, le dimanche 3 juillet, sous la direction de Tarchevêque, et de se rendre à un deuxième concile, le samedi 24 septembre. Alors Adalbéron^ de concert avec le diacre Etienne, légat du pape, excommunia et déposaThibaud (peu après le 19 juillet 975)*.
En Bourgogne, Anastase, archevêque de Sens, était mort en 977, dans la nuit du dimanche 7 janvier; il fut enterré dans Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif. Son successeur, Séguin, consacré à Saint-Etienne d'Auxerre, le dimanche 10 juin 977 ^ se vit refuser l'entrée de sa ville épiscopale par son oncle maternel, Rainard, comte de Sens, qui craignait que son neveu ne prit trop d'empire dans ]a ville. Séguin jeta alors l'interdit sur tout le diocèse, depuis le V octobre 977 jusqu*au début du carême; ce fut seulement le 17 février 978, premier dimanche de carême, qu'il put être intronisé. Une épidémie se déclara alors et causa une grande mortalité; le propre frère de l'archevêque, un chevalier du nom d'Isembard, en mourut le 13 avril*. Gautier fut nommé évéque d'Autun vers
a mendatiis commaculares, » et la réponse de Charles. {Lettres de Gerbertj p. 25-31). Voy. ci-dessous p. 137- UO-
1. Voir p. précéd., note 1. La date de ca^ vvénements n*est pas connue. Richerdit a eodem tempore w et il les rappurte après la dispute de Gerbert etd'Otric qui eut lieu en 981. — MM. Ollt^riii (I. 35- 36) et Sepet les datent de 972, confondant Iv synude du Saint-Mac re avec celui de N.-D. en Tardenois ; cent uu lapsus : en 972 Ascelin n'était pas encore évêque. Le synode du Saint-Macre a dû avuîr liuu au milieu de Tannée 977, peu après la consécration d'AdalUéron. C'est en 977 en effet que nous voyons Charles aueepter ^ïnYCï^liture d'Oiton II (Cf. p. 91), évidemment après avoir èià exilé par sqh frère qu'il s'engage à combattre (Cf. p. précéd., n. i, et p. iïl, n, 4). A pmpus de ce synode M. Mourin (Les comtes de Paris, p. :îîï5) a fait des réflexions bien étranges dans un style non moins étonnant.
2. Historiens de France, IX, 299. Gallia christiana^ X, 1161* Gerbert se lia avec ce diacre Etienne et t^nt retint une correspondance avec lui (Voy. Lettres de Gerbert, éd. lïavet, p. 38 et 67).