OTTON II ENVAHIT LA FRANCE
Au jour fixé, la France eut à subir toutes les horreurs d'une nouvelle invasion. Le Laonnois, le Soissonnais, le Rémois furent mis à feu et à sang; Tennerai s'acharna à détruire les villes royales de Compiègne et d'Attigny. Laon fut pris et Charles y fut proclamé roi par l'évêque de MetzV Toutefois, détail qui peint bien Tépoque, Otton épargna scrupuleusement les églises et les abbayes. Il faisait horriblement dévaster le Rémois et le Soissonnais, mais il vénérait saint Rémy' et saint Médard. Les commandants de Tavant-garde détruisirent et incendièrent, à la vérité, le monastère de Chelles fondé près de Paris par sainte BalhiMe, mais ce fut contre les ordres de l'empereur ; quand il eut connaissance du mal, il le déplora et s'empressa d'indemniser les religieuses. La Seine put seule arrêter ce torrent dévastateur; l'armée des assaillants vint camper entre Montmartre et le
a Parisiam sedem ». — Bruno, Vila s. Âdalherti : « Aliahora congregatus a estoptimus populos et exercitus grandis nimis valde congredîuntur « cum Karolinis P>ancis ; cedunt hostes non durantes virorum forcium « impetum fortissimum. » — Rod. Glaber, Hisl.: <f Tune tlenique Otto <c congregato exercitu sexaginia milia et eo amplïua milîtuïD, Fran- « ciam ingressus, venit usque Parisius ibique triduo commoratuscepit « redire in Saxoniara. » — Kalckstein suppose (p. 342) qu'en envahissant la France, Otton comptait avoir des intelligences avec lea Robertiens; cette hypothèse ne repose sur rien, et tout La contredit.
1. Ces faits nous sont connus par allusion, grâce à la polémique échangée entre Thierry évêque de Metz et Charles, duc de Basse- Lorraine. Le premier écrit {Lettres de Gerbert. éd. Havet, p. 26) «...dum a fratri tuo nobili Francorumregi Laudunum civitalera, suam inquam, « suam, nunquam utique tuam, dolomalo subrîperes eumquc regno « fraudares...» Charles réplique : «An cum Lothariura regem Francorum « quem gloriosum vocas, cum maxime oderis,* hnnc îuquaui, cum re* « gno pellebas, meque regnare cogebas, fidemne eis vel micbi pro- « missam servabas? » (^Ibid., p. 30). Ces passages ne peuvent certainement s'appliquer qu'à Tan 978. — Mais si Charles a été procfamé ro\ à Laon, il n'a pas été oint; ce sacrement lui aurait permis de succéder à son frère et à son neveu en 987, ce qui n'arriva pas. — Un passage d'Adam de Brème (1. II, chap. 21) semblerait contredire nos allégations : a Is (Otto) Lothario et Karolo Francorum regibus subactis. cum « in Calabriam, etc. » Mais Adam de Brème n'a aucune espèce d'autorité pour l'époque qui nous occupe. M. Matthaei prétend que Laon n'a été pris par Charles que lors de la retraite de rarinée impériale (v. p. 26-27). Ses raisons ne m'ont pas paru convaincantes.
2. Ce fut peut-être ces sentiments qui lui valurent les services d'Adalbéron, archevêque de Reims. Voir p. 102 n. 3.