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CONDUITE DE CHARLES EN BASSE-LORRÀTNE

indignation en voyant la singulière manière dont Charles entendait protéger Téglise de Cambrai. Il coiiiraença par mettre ses biens au pillage, manda sa femme auprès de lui et la fit coucher dans le propre lit de Tévêque ; il dissipa le trésor de l'église, -vendit les prébendes, enfin trafiqua des dignités ecclésiastiques \ Le retour de Tempereur à la fin de Tannée mit fin à ce scandale. A Noël il tiot à Pohkle^ une grande assemblée ; sur la proposition de Notker, évéque de Liège, et, avec Tassentiment des Lorrains, Rothard fut nommé évoque de Cambrai. Il fit son entrée dans cette ville le P^ dimanche du Carême (1°^ mars 980), et peu après fui ordonné par son ancien condisciple et ami, AdaVbéron, archevêque de Reims '.

Rothard, bien que d'un caractère doux*, n'avait rien de la faiblesse imbécile de son prédécesseur Theudon. Eudes do Vermandois, non content de posséder Gouy et d'avoir rendu tributaires les paysans et jusqu'aux bourgeois de Cambrai, construisait un château-fort à Vinchy, à quatre milles seulement de. la cité. Rothard appela à son aide Godefroi et Arnoul et détruisit le château ^ C'est ainsi que la nomination

1. Charles a sans doute été quelque peu noirci par l'auteur des Gesta ep, Camerac, violemment hostile à tous les personnages de France. La Vita sanctae Gudilae fait de lui un grand éloge. Elle le qualifie de a glorieux duc » et prétend qu'il s'appliqua à améliorer la situation des églises de la Lorraine. Il parvint à arracher à un certain Hermenfroi Téglise de Mortzel et les reliques de sainte Gudule qu'iî restitua à Tabbaye de ce nom. Il en fît la translation dans l'église de Saint-Géry, à Bruxelles, mais eut le tort d'ouvrir le sarcophage qui contenait le corps de la sainte ; il se punit de ce péché par un jeune de trois jours et fit don à l'abbaye d'une partie du village de Molenbecca (Vlûhlenbeck) (Historiens de France, IX, p. ii^;Acta Sanctorum^ janv., I, 514 et 524).

2. Pôhlde est situé au pied du Harz, près de Herzberg (Hanovre, district d'Hildesheim, cercle d'Osterode).

3. Gesta episcoporum Cameracensium, livre I, chapitres 101 et 102. — Cf. plus haut page 63-6 'i.

4. « Aestimans (Otto) illum lenitudine ingenii sevitias Cameracen- « sium posse pressurum » (Gesta ep. Camer.).

5. Gesta ep. Camerac, I, 103. L'armée de Godefroi et d'Arnota. arriva secrètement la nuit ; les habitants de Cambrai et les paysans se joignirent à elle, se munirent de pioches, et, le lendemain matin, surprirent le château garni de tours et le rasèrent. — Le récit des Gt^sta nous donne tout lieu de croire que cette forteresse était en pierre et non en bois. Il nous fournit en outre des détails archéologiques înté-

114 FAVEUR DE Là MAISON DE VERMANDOÎS ^979-980

de Rotliard et Téchec de son neveu Eudes firent perdre à Lothairc toute influence sur ce pays de Cambrai qui s'enfori* çait comme uu coin dans son royaume et gênait les communications entre ses possessions du Laounois et celles de Flandre,

Les Carolingiens se liaient de plus en plu a étroitement à la maison de Vermandois. En 978, Lothaire avait désigné son neveu Liudulf, fils dVAlbert de Vermandois, pour succéder à Hadulf sur le siège de Noyon et Tournai. Liudulf fut consacré en 979 \ Ce fut sans doute vers la même époque, que le roi confirma, sur la demande du nouvel évêque, les réformes accomplies par celui-ci àSaint-Eloi de Noyon ainsi que ses donations à ce monastère'. Au cours de Tannée 980, se trouvant àLaon, Lothaire, à la requête d'Emma, d'Ascelin et de Gibuini confirma encore la donation, faite au monastère de Montierender, par son a aimé et très fidèle comte du Palais Herbert (de Troyes), » d'un alleu sis en Omois^, dans le village de

ressanta sur Tautel et les cloches dont Rottjard fit don à Notre-Dame de Cambrai. Rolhard apaisa par des présents la colère du comto Eades, maiâ il ne put parvenir à triompher de la résistance indomptable de Gautier, châtelain de Lcns (Cf. pi as haut page 85). — Vinchy a disparu ; mais une écluse du canal de Saint-Qaentin, à 9 kilom. &ud de Cambrai, porte encore ce nom.

1. En mars 978, LiuduJf se trouvait à Dijon avec son oncle Lothaire. n n*était encore qu'évêque désigné (voyez p. 92, note 2). — Ànnates S. Quinlitîî Veromandensis : « y 79. Leudulfus episcoptis ordinatur. p Son nom a fait supposer ingénieusement à Kaicksteîn (p. 294, note ï) qu'il était filleul de Brunoni archevêque de Cologne, qui Taurait appelé Lïudulf en souvenir du iïls d'Otton [*% mort en 957, ce qui placerait la naissance de l'évèque de Noyon peu après cette date.

2. Historiens dt France^ IX ^ 653, n"* 40. Le diplôme qui suit (Ibid^, n° 41, p. 654) est faux-

3. Historiens de France^ IX^ 641, Kalckstein commet ici une méprise : il prend le pagus Otmensis (Omois) pour la forêt d'Othe, Voir &\iT ce pagus^ Longnon, Atlas historique, p, 121. La charte d^Herbert a été publiée par l'abbé Lalore (Carf. du dioc, de Troye,^^ IV, p. 142-143). Elle est sanscrite par Herbert, par son fils Eudes (qui mourut avant lui)j par Ysuard, peut-être comte de Bnenne (Cf. sa souscription, Lalore, t. JV, 137, et vcir plus haut p, 60, note 3). Dans la charte de 980, Herbert s'intitule et souscrit : « Herîbertus. Francorum comes inclitus »; en 968^ îl prenait le titre de (t gloriosus Francorum cornes m^ Kalckstein en conclut qu'il se considérait comme le premier personnage du royaume après le roi et le duc de France, ce qiai est fort possible. On sait que les comtes de Champagne ont continué à porter le titre de comte palatin ou plutôt pa^a^i».

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