‹ Les derniers CarolingiensChapitre 164 sur 376 · HUGUES CAPET S'ALLTE AVEC OTTON II · texte numérisé non relu

HUGUES CAPET S'ALLTE AVEC OTTON II

l*œil son épée qu'il avait fait placer à dessein sur un sièg«- Hngues se baissait étourdiment pour la porter, les portes de la salle s'ouvraient, et il allait apparaître à toute l'assistance dans la posture d'un vassal de Terapereur. L'habile évêque d'Orléans devina la ruse. Il s'élanc^a, arracha Tépée des mains de son seigneur, et la porta lui-même derrière Tempereiir, Ce dernier admira fort le trait et, dit-on, le raconta souvent aux siens en termes élogieux pour ArnouL Cet incident n'altéra pas du reste la bonne intelligence des deux alliés \ En homme pieux, Hugues profita de son séjour à Rome pour aller prier dans les basiliques de Saint-Pierre^ et do Saint-Paul, et obtenir, le 1" avril, du pape Benoît VII la confirmation des réformes qu'il avait introduites Tannée précédente à Tabbaye de Saint-Valery- sur-Somme*. Hugues Capet prit alors congé de Tempereur qui le fit escorter jusqu'aux Alpes.

i. Riciier (III, 84-85). Ann. Colonieîtses : a 981. Ugo rediit in gratfani « imperatoris. » — Ann. Madgeburgensm : « Celebravit eodem aniTo tt Paschain Urbe Romana cum impératrice Theuphanu. présente maire «£ sua Adelheida impératrice augusta, una eu m sorore Machthilda Metro- « pQlitanense (Quedlinburgense) abbatîssa, conveiiïentibus quoque ea « Burgundia regibus Conrado scilicet et Machthildo {*tc)» rege etiam (t Karlingorum Hugone («ic), aliîsque princïpum et oplimatura périt pluribus, regio luxu atque tripudio universîs exultantibiis* i> -^ Annaliiîa Saxo: « 981. Imperator natale DominiRavenne celebravit, Pasca « vero Rome peregit, présente matre sua eu m Theophanu impératrice ti cum sorore imperatoris abbatissa Quidelingebtirgensi, conyenien' « tibus quoque regibus Conrado ex Burgundia et Hugone (sic) ex « Gai lia atque principibus et optimal ibus perpluribua. »

2, Rîcher (III, 84). Le palais de remperenr était tout proche de Saint- Pierre de Rome (in palatio juxta ecclesiam beati Pétri apostoli. Muratorî, Annali d'Iialia, année 981). C'est là que dut avoir lieu Tentrevue entre Otton et Hugues.

3. Kalckstein (p. 351, note 1) prétend que le pape confirma les donations faites par Arnoul, évêque d'Orléans, à l'abbaye de Mîcy par une bulle H qui, chose merveilleuse, dut être aussi écrite en langue française fi vulgaire j) (sic). L'origine de cette méprise étrange est un passage dti Liber mirac. S. Maximini écrit à la fin du x" siècle par Letald, moine de Tabbaye de Micy. Après avoir rapporté les bienfaits de révèquê Arnoul envers l'abbaye, il ajoute : h Post vero lîomam pergens^ decre^ « tum apostolica auctoritate edictum atque formatum^ nostra liUera m « charta, et romana in papyro transcribi fecit» revertensque in scrinîo « nostro collocavit. » Ce texte très intéressant au point de vue de la dipiomaiique montre qu'il y eut deux expéditions de la bulîe: l'une en écriture française (nostra littera) sur parchemin^ l'autre en écriture dite lombardique (romana) sur papyrus. Cette double bulle a maï-

[981] RETOUR DE HUGUES CAPET Er^ FRANCE 125

On s'imagine la colère et l'inquiétude qui saisirent Lothaire quand il apprit le départ de Hugues pour Fltalie. Il mit tout en œuvre pour arrêter un ennemi aussi dangereux. Lui-même écrivit à Conrad, roi de Bourgogne, son oncle par alliance, pour le prier de faire arrêter le duc quand il traverserait ses Etats. Emma, de son côté, écrivit dans le même sens à sa mère Adélaïde et lui donna le signalement de Hugues ^ Celui-ci se doutait bien des machinations du roi et il accélérait son retour. Néanmoins, quand il voulut franchir les Alpes, il trouva tous les passages gardés. Il parvint à dépister les agents du roi Conrad en échangeant ses vêtements avec ceux d'un palefrenier de sa suite dont il remplit attentivement les fonctions. Il ne courut qu'un grand danger : il faillit être reconnu un soir dans une hôtellerie; l'hôte, qui regardait par les fentes de la porte, vit le prétendu palefrenier entouré de serviteurs qui lui préparaient son lit, le déchaussaient, lui frictionnaient les pieds*. Les gens de Hugues Capet

heureusement disparu. Quanta la bulle de Benoît VH en faveur de Saint-Valery, elle est adressée à l'abbé Restold, mentionne la réforme bénédictine accomplie tout récemment (noviter) en ce monas>tére par le duc Hugues et son intervention auprès du pape. Eïle confirme les réformes et les donations de Hugues, accorde Timmunité à l'abbaye et enfin la soustrait à l'ordinaire pour la mettre soug la direction immédiate du Saint-Siège. Hist. de France^ t. IX, p. 248; Jaffé, Regesta pontif. Roman,, 2^ éd., no 3805.

1. Richer (III, 86-87). Giesebrecht, après avoir paru admettre la vérité du récit de Richer (pages 68 69), dénie toute autorité aux lettres de Lothaire et d'Emma (page 178). Il prétend qu'Adélaïde résidant à Rome avec Hugues Capet n'avait nul besoin qu'Emma lui envoyât son signalement, et que d'ailleurs ce n'était guère au moment où Timpératrice venait de se réconcilier avec son fils Oîton II qu'elle pouvait répondre à des demandes hostiles à l'allié de celui-ci. Ces raisons sont peu convaincantes; d'abord les lettres rapportées par Richer n'ont rien de suspect ni comme fond ni comme forme; ensuite il n'est pas certain qu'Adélaïde ait vu Hugues Capet à Rome, ni connu son alliance avec Otton II, puisque les entrevues furent secrètes. Lotliaîï-e et Emma ont envoyé leurs lettres probablement avant de savoir que C<)nrad et Adélaïde se rendraient à Rome, ou bien ces derniers les ont reçues à leur retour d'Italie, retour qui nécessairement a du précéder celui de Hugues.

2. Cette coutume de frictionner les jambes, surtout la plante des pieds, au moment du coucher, était très répandue au moyen âge, non seulement en France, mais dans toute l'Europe. On la trouve souvent mentionnée dans nos chansons de geste et nos romans de chevalerie

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s'aperçurent heureusement qu'ils étaient espionnés. Ils invitent riiote cl entrer ; à peine a-t-il franchi le seuil de la porte que tous Tentourent, dirigent sur lui la pointe de leurs épées, menacent de le tuer s'il pousse un seul cri. Le malheureuxt garrotté et bâillonné, passe la nuit dans cette position. Le lendemain matin, on le hisse sur un cheval et on ne le relâche que lorsque le duc est hors de danger \

Le retour de Hugues Capet fut le signal de la guerre ; mais d*une guerre comme on Tentendait le plus souvent au moyen Tige, faite^ non pas de batailles rangées^ mais de ruses el de pièges de toutes sortes, où les deux partis ne cherchent pas à se battre, mais à se ruiner en écrasant les vassaux et les paysans de l'adversaire. Des deux cotés les vassaux î*e lassèrent les premiers de cette lutte ruineuse et inutile ; ils parvinrent à faire écarter du roi et du duc les conseillers qui les poussaient aux mesures violentes. Hugues Capet et Lothaire, cédant alors à des avis plus sages, cessèrent les hostilités et se réconcilièrent ^

Une occasion inespérée s'offrit alors aux Carolingiens d'étendre considérablement leur pouvoir. Certains personnages, à l'instigation de Geoffroi, comte d'Anjou*, allèrent

où cela s'appelle « tastonner >ï. Elle existait encore en Hussîe au milieu

de ce siècle.

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