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HUGUES CAPET SE REND A ROME [980-981 J

ses vassaux. Il se plaignit d'avoir été trompé, s'attribua tout le mérite de la retraite d*Ott.on ITen U78, et demanda à ceux qui « lui avaient prêté les mains et juré fidélité » quelle conduite il devait tenir à l'avenir. Les grands [primatf^s) lui firent voir qu'il ne pourrait lutter contre Lothaire, si celui-ci était appuyé par Otton, et lui couseillèreut de gagner la faveur de ce dernier. C'était chose facile, Tempereur n'ignorant pas que Hugues était supérieur à Lothaire en forces militaires et en richesses et étant parent du duc de France au même degré que de Lothaire*. En conséquence, Hugues Capet envoya secrètement à Otton. qui se trouvait alors à Ronie*j des messagers porteurs de propositions de paix et d'alliance. Otton accueillit favorablement ces ouvertures , mais» avant de 3*engager plus à fond, exigea que le duc vînt s'exp]i(iuer en personne. On le voit, les embrassades et les serments échangés avec Lothaire, moins d'un an auparavant, étaient déjà bien oubliés. Hugues devait désirer bien ardemment fallîaucederempereur, car, sur cette réponse, lise décida à partir pour ritalie, malgré la longueur du voyage et les périls de toutes sortes qu'il allait courir. Il n'emmena avec lui que le nombre de serviteurs strictement nécessaire, mais se fit accompagner de ses deux meilleurs conseillers, ArnouK évêqne d'Orléans, et Bouchard, comte de Vendôme^ lU arrivèrent à

répandue que sous les Capétiens, Cela devint même un véritable abus: saint Louis au milieu d'une bataille, incapable de prendre une décision, avait l'idée singulière d'envoyer ses t^ergents chercher les chevaliers au beau milieu de Taction pour leur demander conseil (ioinvillec. 231). On voit que le prétendu trait arcbaïque de nos chansons de geste reproduit tout simplement la réalitéi la coutume contemporaine de l'auteur.

1, Richei- (iir, 81-83).

2* C'estce que prétend Jïicher(in, 84). Mais il est douteux que Tempère nr fut déjà à Rome quand il reeut les envoyés de Hugues Capet. Il n'y arriva qu'à Piques de Tannée 9B1 C27 mars); or nous voyons une bulle du pape Benoit VU, datée du 1" avril, accordée â la demande de Hugues; ce defEÛer est donc arrivé à lîome en même temps qu*Ûtton II i par suite, pour que les messagers qui l'ont précédé aient eu le temps d*aller et de revenir, il faut qu'ils aient été envoyés à la fin de 1^80 ou au début de 981 ; ils n'ont donc pu rencontrer Otton que dans Titalie du Nord, â î'avie ou à Ravenne, résidences de Ferapereur pendant cette période.

3. Sur Arnoul, voir p. 110, note 1. Bouchard, comte de Vendôme (fils prétendu du comte Foulques d^Ânjou, Mabille, Introd, aux Chron.

[981] HUGUES CAPET s' ALLIE AVEC OTTON II 123

Rome au mois de mars de Tannée 981 ^ L'entrevue entre le duc de France et l'empereur fut secrète ; seul Téveque d'Orléans y assista en qualité d'interprète, Hugues ne sachant pas le latin*. Otton eut soin de ne pas rappeler le passé, il embrassa le duc et lui accorda son alliance. La conversation fut longue et cordiale, ce qui n'empêcha pas Fempereur de tendre un piège à son nouvel ami : quand Tentrevue eut pris fin, au moment de sortir de la chambre, Otton désigna de

(T Anjou, p. Lxv)i fnt élevé à la cour des ducs de France dont il resta toujours partisan dévoué. Haimon, comte de Corbeil, vas^^al de Hugues Capet, étant mort en pèlerinage à Rome, Bouchard so remaria avec sa veuve Elisabeth et obtint de la sorte les comtés de Corbeil et de Melun; Hugues lui donna en outre Tabbaye de Saizit-Maur-des- Fossés et même le comté de Paris. Voy. Odon de Saint- Maur (Vtta Burchanii) et la Translatio s. Walarici. — Le texte de Rieher a une lacune dans la liste des personnages qui accompagnèrent Hugues Gapet en Italie (lll, 84): « Dux igitur quosdam magnae prudentiae et astutiae assu- « mans, Arnulfum videlicet Aurelianensium episcopum atque Bur~

(c chardum, necnon reliques quoque adrnodum necessarios viros,

« Romam progreditur ». Ces compagnons du duc que Hicher ne veut ou n'ose pas nommer ne seraient-ils pas Adalbéron de Reims, Gerbert, et Adson, abbé de Montierender, qui précisément à la même époque firent un voyage en Italie pour une cause inconnue {fin 980 ou début 981, comme Ta établi M. Havet. Lettres de Gerbert^ IntrQd.,p.x)f Ce qui gêne cette supposition, c'est que ceux-ci allèrent retrouver Otton II à Pavie et à Ravenne, tandis que Hugues ne se rencontra avec l'empereur qu'à Rome. Mais peut-être qu'Adal baron et Gerbert faisaient partie de l'ambassade envoyée précédemment par le duc de France (cf. p. précéd., note 2). Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, Adalbéron, Gerbert et Adson s'étant rencontrés avec rempereur à Pavie (début de décembre 980) suivirent sa cour et descendirent avec lui le Pô jusqu'à Ravenne. Ce fut là qu'eut lieu {(in déc. ou Janv. 981), en présence de l'empereur et d'une multitude de savants et d'écolàtres, un débat célèbre entre Gerbert et un moine saxon, nommé Otric, son ennemi déclaré. Gerbert sortit vainqueur et acclamé de cette lutte, qui nous semble parfaitement ridicule quand nous en lisons les détails dans Rieher (1. III, 57-65); voir Havet (Oayr, cit., într., p, x). Récompensé richement par l'empereur, (ierbert retourna aussitôt à Reims, accompagné de l'archevêque et de Tabbé Adson. Quant à Otric il mourut peu de temps après à Bénévenl le 7 octobre 981 ( Vila secunda S. Adalberli, c. 5; VUa antiquior^ c, 4 et 5; Thietmar, Chron., 1. llf, c. 8).

1. A Pâques (27 mars) probablement, car Tempereur choisit cette fête pour faire son entrée à Rome et la célébrer pompeusement (Giesebrecht, Jahrb.y p. 67-68); cf. p. précéd,, note 2.

2. Rieher (III, 85): « dux etiam solus cum solo episeopo intro-

« duceretur, ut rege latiafiter loquente, epiacopuslatinitatis interpres^ « duci quidquid diceretur indicaret. »

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