POLÉMIQUE ENTRE CHARLES ET THIERRY DE METZ
« part à ta conjuration? Je ne suis ni seul ni dans un coin de
(( terre à garder une fidélité entière au fils de l'empereur,
« Gomme tu le vomis pris de vin ; j*ai avec moi les grands de
« la Gaule, les très illus trias rois des Francs, que tu le
ï* veuilles ou non, enfin les Lorrains fidèles, II3 prennent
<* souci du fils de l'empereur et ne cherchent pas comme toi
<i k lui ravir son royaume ni à instituer un second roi. Tu
ic brouilles lois divines et lois humaines ; quand lu parles
u de lois en balbutiant, tu ressembles à la limace qui dans
« sa coquille s imagine frapper des cornes^ Voilà donc
" le prix des bienfaits des Ottons ! Et ce n'est pas seulement
it dans l^affaire de Tenfant que tu auras été convaincu de les
a avoir toujours trahis. Gardais-tu la foi que tu leur avais
f< promise ainsi qu'à moi, quand tu chassais du royaume
« Lotbaire, que tu qualifies de glorieux roi des Francs, alors
ce que tu le hais eïtrémement, et quand tu me forçais à
tf régner? Et cette foi, tu me Tavais promise, je Tattirme, et
ff devant Tautel que tu invoques impudemment» Tu savais
« bien ce que tu faisais quand tu me poussais à prendre les
a armes contre mon frère et la sœur de ton maître ; tu
(ï voulais que notre race royale se détruisît mutuellement
« pour que tu pusses substituer des tyrans sous le nom de rois,
« et, au mépris de ton sacerdoce, habiter les palais déserts
« Tu as commis un parjure public, appauvri ta ville sacerdo-
« taie par tes rapines ^ dépouille Téglise qui t'a été confiée,
1, )* ïTt limax in auo conclavi cornupeta tibi videris. » M. Havet explique ce passage en le rapprochant d'une lettre écrite vers 954-960 par Gunzonde Novare aux rnoines de lleichenau : « Sedens in conclavi <i moriastcni comutum se putîit, secundum proverbium AristotelU, « quû ait 1 limax in auo conclavi cornupeta sibî videtur^ se*jue patat tt rursu timidis conlendere damis*. >î M. J. Ifavet a pu établir que ce ptissag.-ï eîst le seul débris d'une traduction en vers latins hexamètres des proverbes d'Aristote (Trapo^ixiai)^ Il faut rétablir les vers de la faron s^ui vante : k Vnir^x in concha sibi cornupeta (esse) videtur | Seque pulat « ctirsu timidis contendere damia,{LIn escargot dans sa coquille s'imagine frapper des cornes et lutter de vitesse avec lesdaims timides). Htvue de Phtiohgie, t. XL p. 123424,
2. Au témoignage de Thietmar (Ht, 9), Thierry était en effet un homme avide et avare. Alpertus, qui lui est favorable, nous apprend néanmoins qu*il se fit acheter par Henri de Bavière, « oblatis donisexitt miis et pluriura cum maxima potestaîe regni polJicens, élection cm et tt deditionemfecit,..,.» Ces derniers mots nous semblent expliquer el
140 SOUMISSION DE HENRt DE BAVIERE [984]
« Gémîa, malheureux, etc*. » Thierry survécut peu à cette polémique ; il mourut le 7 septembre suivant.
Les impératrices, Adélaïde et Théophano, appuyées par le roi Conrad', ayant enfin réuni des troupes, quittèrent Pavie et se dirigèrent sur l'Allemagne. Henri de Bavière ne fit pas de résistance, comme tout le donnait à croire, Petit 'être était-il découragé par rindignaiion manifestée en AUemagne contre ses projets, peut-être ceux-ci n'étaientils pas bien aiTêtés dans son esprit; il n'avait sans doute eu tout d'abord que Tintention d'être régent du royaume et ses partisan;^ avaient dépassé le but. Quoi qu'il en soît, Henri promit aux impératrices de leur rendre la personne d'Otton m. 11 tint parole dans Tentrevue qu'il eut avec elles à Rorheim, le dimanche 29 juin 984 \ Rempli de joie à cette nouvelle, Adalbéron écrivait à rarcbevêque Ecbert avec qui la conduite de Henri le réconciliait : w En ces temps périlleux, i< on ne peut se confier par lettres tout ce qu'on peut se tt transmettre par de fidèles messagers. Ce que vous nous K annoncez par notre G.* au sujet des affaires de TEglise et H de l'Etat nous a rempli de joie et d'allégresse ; voilà donc (( l'homme qui accomplira tout ceci ; en celui que nous avons « craint comme un tyran (Henri), nous admirons maintenant « un homme plein de fidélité et de sagesse. Ce que vous nous fc demandez pour lui et pour vous a été arrêté avec la plus « grande discrétion pour vos secrets, avec la plus grande « tidélité pour vos actes". » Le sens de cette dernière phrase est obscur. M. Havet l'interprète de la façon suivante ; (( La paix entre Henri et les impératrices devait ôter au roi de France, Loihaire, tout prétexte pour se faire attribuer la tutelle du jeune Otton. Il avait donc intérêt à la faire
justifier \e^ paroles de Charles : «in voulais», au mépris de ton Baceitloce habiter les palais déserts, a