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S7] CHARLES DE LORRAINE ET ADALBERON

ron et Gerbert le prirent par la main et l^installèrent sur le trône de Fraoce, La cour impériale lui fut d*abord tout à fait favorable. Elle avait beaucoup souffert dans les dernières années des tentatives des Carolingiens sur la Lorraine, Charles avait secondé les desseins de son frère Lothaire; il était donc très suspect- Etant déjà duc de la Basse-Lorraine, ayant manifesté des velléités sur la Haute-Lorraine \ s*il était élu roi deFrancej il deviendrait exlrétnement dangereux. Hugues Capet avait au contraire à maintes reprises témoigné de ses sentiments amicaux pour le parti impérial. Nous ne doutons pas que son élection n'ait été vue de très bon œil par Fempire. Ce fut peut-être même à Tinf^tigation des impératrices Adélaïde et Théophano qu'Adalbéron et Gerbert mirent leurs talents au service de Hugues Capet ^ Nous savons, en effet, qu'ils ne faisaient rien sans demander des instructions en Allemagne. Malheureusement la correspondance de Gerbert est muette sur ce point.

Charles vit du premier coup d'œil que l'arbitre véritable tle la situation était Adalhéron. Il ^e doutait bien de ses dispositions hostiles et se hâta d'aller le trouver à Reims pour tâcher de se le rendre favorable. Il se plaignit d'abord vivement d'être repoussé du trône où sa naissance et son courage rappelaient, puis il sollicita, assez humblement même» la

différente de son père^ et qu'il chercha à se faire donner la couronne le plus vite possible, Frecman (Ilisi. of the Norman contfuests, I, 236) me paraît avoir pris juste le contre pied de la vérité. C'est un fait curieux j mais certain, que Hugues le Grand et son fils n*ont jamais ea le moindre dessein de se faire élii-e rois du vivant des Carolingiens. Ils se révoltèrent plus d'une fois contre ceux-ci, mais jamais dans le but de ies détrôner; ïe sentiment de fidélité à la royauté carolingienne était certainement plus fort dans la seconde moitié du x' siècle qu'un siècle îiuparavant, lUifçues Capet ne parvint au trnne que grâce à des circonslances extraordinaires et parce ^|u'il y fut poussé. Si Lothaire et même Louis V avaient vécu, jamais il n'y aurait son^é. LUnfluence que M, de Certain attribue à Arnoul, èvèque d'Orléans, dans l'élection de Hugues Capet est tout à fait hypothétique. L'auteur ne s'appuie pas sur des documents ; il déplore leur laconisme.

t. Voy. p. 137.

2, Nous voyons en effet celui-ci s'empresser de faire la paix avec r Allemagne aussitôt élu, et en août 988 demander en quelque sorte les instructions de Timpératrice Théophano {Lellrm de Gerhert^ ctl, lïavet, lettre 12B). Sur tout ceci voye^ le résumé sobre et judicieux de M. Havet(/ttiri5</., p. xvn-xix).

soi ASSEMBLÉE DE SENLIS J^tffl

protection et l'appui de Tarchevêque en essayant de l'attendrir sur son sort. Peine perdue ! Adalbéron avait déjà pris son parti et les supplications de Charles n'y pouvaient rien changer. Pour toute réponse, il lui reprocha de faire sa société d'homnies parjures et sacrilèges et de refuser de s'en séparer, Charles répliqua asse^ justement qu'il préférait chercher à s^acquérir de nouveaux partisans plutôt que d'abandonner ceux qu'il avait. L arche vôque-le congédia alors en lui disant ne pouvoir rien faire sans la décision des grand*^. Cela 'était vrai; il l'avait juré à Compiègne quelques jours auparavant. De cette façon il trouvait moyen de satisfaire sâ haine en gardant son serment ; ce qui est évidemment très agréable pour les esprits du genre de Tarehevêque de Reims. Charles comprit que tout espoir était perdu pour le moment, peut-être même qu*il était dangereux pour lui de rester en France j et il s'en retourna tristement dans ses possessions de Basse- Lorraine V

Dans les derniers jours du mois de mai, les grands et les évêques qui avaient prêté serment à Hugues se rénnirent à Senlis, comme il avait été convenu. Cette assemblée était d'avance favorable au duc de France, On peut même dire qu'elle ne comprenait guère que ses partisans. L'archevêque de Reims, comme huit jours auparavant^ la dirigea à son gré. Après s'être concerté avec le duc, il prononça le discours suivant que nous reproduisons textuellement, vu sa grande importance : « Louis de divine mémoire ayant été « enlevé au monde sans laisser d'enfants, il a fallu s'occuper i* sérieusement de chercher qui pourrait le remplacer sur le <c trône pour qae la chose publique ne restât pas en péril, « abandonnée et sans chef, Voili pourquoi dernièrement ti nous avons cru utile de diflerer cette affaire, afin que « chacun de vouâ put venir ici soumettre à rassemblée l avis u que Dieu lui aurait inspiré, et que de tous ces sentiments ^ divers on put induire quelle est la volonté générale. Nous « voici réunis ; sachons éviter fiar notre prudence, par notre

1, Richer ([V, 9 et 10). Le discours qu*iï met dans la bouche de Charles est emprunté en grande partie à Sallusle (Ju^urlha, c. 14). Cela inexpliquée la situation de Charles est analogue à celle d'Adherbai.

[%7] DISCOURS d'adalbéron 305

te bonne foi, que la haine n'étouffe la raison, tjue l'affection « n'altère la vérité. Noua n'ignorons pas que Charles a ses <c partisans» lesquels soutiennent qu'il doit arriver an tn^ne <c que lui transmettent ses parents. Mais si Ton examine <* cette question, le trône ne s'acquiert point par droit héréî< di taire et l'on ne doit mettre à la tête du royaume que i< celui qui se distingue non seulement par la noblesse cor- «c porelle, mais encore par les qualités de lesprit, celui que <f l'honneur recommande, qu'appuie la magnanimité. Nous « lisons dans les annales qu'à des empereurs de race illustre tf que leur lâcheté précipita du pouvoir, il en succéda d'autres " tantôt semblables, tantôt différents. Mais quelle dignité pou- « vons-nous conférer à Charles, que ne guide point Thon- <* neur^ que l'engourdi ssement énerve, enfin qui a perdu la ii tête au point de n'avoir plus honte de servir an roi étranger, « et de se mésallier à une femme prise dans l'ordre des «f vassaux? Comment le puissant duc souffrirait-il qu'une « femme sortie d'une famille de ses vassaux devînt reine « et dominât sur lui? Comment marclierait-il après celle •f dont les pairs et même les supérieurs baissent le genou « devant lui et posent les mains sous ses pieds? Examinez « soigneusement la chose et considérez que Charles a été « rejeté plus par sa faute que par celle des autres. Décideztt vous plutôt pour le bonheur que pour le malheur de la « république. Si vous tenez à sa prospérité, couronnez « Hugues, Tillustre duc. Que rattachement pour Charles ne « séduise personne, que la haine pour le duc ne détourne H personne de Tutilité commune ; car sî vous avez des blâmes ïi pour le bon, comment louerez-vous le méchant; si vous M louez le méchant, comment mépriserez-vous le bon? Quels u sont ceux que menace la Divinité elle-même par ces paroles: « Malheur à vous qui dites que le mal est bien, et que le bien cf est mal; qui donnez aux ténèbres le nom de lumière et à « la lumière le nom de ténèbres'. Donnez-vous donc pour « chef le duc recommandable par ses actions, par sa noblesse K et par ses troupes, le duc en qui vous trouverez un défenii seur non seulement de la chose publique, mais aussi de

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