HUGUES CAPET ET LA MARCHE D ESPAGNE Î
Hugues 3e préoccupa alors du sort de Borel, mais avant de marcher à son secours il voulut prendre ses précautions et s'assurer son serment de fidélité. Il lui fit écrire par Gerbert la lettre suivante : a Au marquis BoreL — La miséricorde « divine nous ayant conféré le royaume des Francs en touie flf tranquillité, nous avons décidé, avec le conseil etTaide de « nos fidèles, de venir le plus tût possible à votre secours, « Si donc vous voulez nous conserver la fidélité que vous « avez promise tant de fois par messagers aux rois nos prè- « décesseurs, et pour qu'en nous dirigeant vers vus contrées cf nous ne soyons pas déçus dans notre projet devons secourir; cf aussitôt que vous apprendrez Tarrivée de notre armée en « Aquitaine^ hâtez-vous de venir nous retrouver avec une a faible escorte pour confirmer votre promesse de fidélité et w guider notre armée* Si vous consentez et préférez nous H obéir plutôt qu'aux Ismaélites (les Musulmaus), envoyez- « nous avant Pâques (8 avril) des messagers, qui nous don- « neront satisfaction au sujet de votre foi et retourneront « vous annoncer notre arrivée.* m
Cette résolution de venir au secours des chrétiens d'Espagne était généreuse. Elle étonne de la part de Hugues Capet, et témoigne en même temps de son peu d'esprit politique. Son trône n'était pas sufiîsarament afîermt pour qu'il pût se permettre des expéditiuns aussi lointaines. Un événement imprévu vint du reste Tarracher à ses illusions et ajourner indéfiniment son expédition en Espagne» Charles nVMait nullement résigné à laisser les Capétiens jouir tranquillemeni de leur usurpation. En Basse-Lorraine il s'était formé un parti de parents, d'amis et de vassaux. Il les apitoya siu- son sort et sur celui de ses jeunes enfants et leur fit de grandes promesses. Sur d'être appuyé, il projeta un coup hardi:
d'Adélaïde. La disproportion d'âge était par trop grande entre les deux époux, kobert répudia Suzanne en 992 {cf. plus haut p. 74, n, 4) et refui^a de iui livj'cr son douaire. Elle se vengea en coiiïitruisant un château sur la Canrhe en aval de Montreuil de manière à empêcher les navires de remonter jusqu^à cette ville (ïlîcher^ lY, 87).
1. tlerhert, lettre 112. u Gerbert qui avait voeu à la cour de ce cûmle « (Rorel) et qui lui devait son éduL*atîon scientifique, ne fut pruba- « blement pas étranger à la réjàolulion prise par le roi en sa faveur. » (Havet, Introd , p. xix).
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mettre la main sur la capitale du royaume, sur Laon. La ville était trop forte pour être prise d'assaut. Charles envoya d'abord des espions pour tâcher de trouver quelque issue secrète. Ils n'en découvrirent aucune, mais réussirent à gagner au parti de Charles un certain nombre d'habitants mécontents des mesures fiscales de Tévêque Ascelin * ; parmi eux se trouvait le propre neveu de Charles, ArnouK fils naturel de Lothaire et clerc de Téglise de Reims ^ Ils promirent de livrer la ville au duc de Basse-Lorraine, s'il leur faisait remise des impôts injustement perçus par Tévêque et y ajoutait de riches présents. Les émissaires confirmèrent ce traité par serment et revinrent apporter au duc le résultat de leur mission.
Nous allons laisser maintenant la parole à Richer dont le récit est curieux et pittoresque : « Charles eu donna aussitôt « avis à ceux de ses amis qu'il avait entraînés par le discours « rapporté ci-dessus. Ceux-ci se réunirent tous en temps (( opportun et se mirent à sa disposition. Charles avec ses c< troupes arriva à Laon au moment favorable où le soleil se « couchait et envoya ses émissaires aux transfuges pour « savoir d'eux ce qu'il fallait faire. Ses gens étaient cachés w dans les vignes et derrière les haies, prêis k entrer dans « la ville si leur fortune le permettait ou à se défendre à <c main armée si le sort le voulait ainsi. Ceux qui avaient été « envoyés pour préparer les voies rencontrèrent les traîtres « dans les lieux convenus et connus d'eux et leur annon- « cèrent que Charles était arrivé avec une nombreuse ca- « Valérie. Les traîtres joyeux renvoyèrent les émissaires (c pour dire à Charles d'arriver promptement. Dès que cet
1. « Quo tempore Adalbero, ejusdem urbis episcopus, suis civibas « plus justo injurias de lege agraria irrogabat. » (Richer, IV, 15)- Que veulent dire ces deux mots « lege agraria » ? Selon Giiadet, U& désignent l'agrier, lecharapart; selon M. Sepet (p. 136), les dimes. L'insupportable archaïsme du langage de. Richer rend toute explication difficile, et c'est peut-être avec témérité que nous avons supposé plus haut (p. 182, n. 1), que ce passage pouvait faire croire que le comté de Laon était dès lors réuni à l'évêché. — Il ne le fut qu*un peu plus tard, sans doute vers 991.
2. Voy. p. suivante, n. 1. et p. 224, n. 3. Cf. p. lOB, n. 2- — Arnoul avait été notaire ou chancelier de son père Lothaire depuis 979, après qu'Ascelin eut été nommé évêque de Laon.
2iK PRISE DE LAON PAR CHARLES DE LÛHaAlNE [M:
H avis lui fut parvenu, Charles, à la tête des siens, vint par « les détours de la montagne se présenter à la porte de la « ville. Les sentinelles, ayant compris an bruit des chevaux H et au choc des armes qu'il y avait là du monde, crièreût « du haut du mur ; qui vive î et en même temps lancèrent des (t pierres. Les traîtres répondirent: citoyens; et les seati- « nelles trompées par cette réponse ouvrirent la porte ea a dedans et reçurent les troupes. Il était nuit tombante- Les « ennemis remplirent la ville ; ils s'emparèrent des portes où « ils placèrent des gardes afin que personne ne s'échappât. « Le^ uns sonnaient de la trompette, d'autres poussaient des « cris, d'autres faisaient retentir leurs armes, en sorte que if les citoyens effrayés, car ils ignoraient ce qui se passait, « se précipitaient jtle leurs maisons et cherchaient à s'enfuir, a Les uns se cachaient dans les parties les plus retirées de» 1! églises S les autres se renfermaient partout où ils pou- H yaient se dissimuler, d'autres enfin se précipitaient en sau* « tant du haut des murs, L'évéque entre autres s'échappa w seul et descendit la montagne, mais ayant été découvert (f dans les vignes pnr les gitns envoyés en observation, il fut « conduit à Charles et emprisonné par lui. Charles s'empara « aussi de la reine Emma, à l'instigation de laquelle il pen* » sait avoir été repoussé par son frère, et la confia à des t< gardes. Il s'empara aussi de presque toute la noblesse Je M la ville. Lorsque, le trouble apaisé, la ville eut repris sa n tranquillité, Charles commença à s'occuper de fortifier la « place, de procurer des \i\res à ses troupes et de tout re- « gler à cet égard. Il arrêta que cinq cents sentinelles ar- «r mèes feraient chaque nuit des patrouilles par la ville et « garderai un t les murs ; il fit aussi apporter du blé de tout «c le Vermandois et rendît ainsi la ville capable de résisa tance, 11 surmonta de hauts créneaux la tour qui se com- (ï posait de murs encore peu élevés et Tentoura de tous
l. Cet asile ne put les garantir, car les partisans de Charles. Arnoal tout !e premier, envahirent les églises. — On accusa en outre Arnoul, d'avoir fait lui-niénie prisonnier Tévéque de Laon (Actes du Concile dr Saint-lta^U, c. 5, 25 et 26; lettres de Gerbert, n"^ 155 et 2U). Un exagère sa cuipahilité ; l'évûque fut arrête au bas de la montagne de Laon par des gens apestés par Charles (Richer).