‹ Les derniers CarolingiensChapitre 255 sur 376 · DESSEINS D*ADALBÉRON · texte numérisé non relu

DESSEINS D*ADALBÉRON

d'un empire romain chrétien, dont Otton III devait être dans sa pensée le nouveau Constantin, il ne se soit pas cru lié strictement par le serment prêté à Lothaire. On comprendra aussi pourquoi il poursuivit avec tant d'acharnement la ruine des derniers Carolingiens. Après avoir sauvé la papauté de Byzance et des Lombards, après avoir enrichi l'Église de ses bienfaits et l'avoir rendue maîtresse de sa politique, la race Carolingienne lui était devenue inutile en perdant sa puissance, dangereuse en s'opposant à l'empire. Le pouvoir et la force étaient passés aux Ottons et aux Robertiens. L'Église se rangea de leur côté en vertu de la maxime « beati possi- « dentés ». Elle n'a jamais beaucoup aimé la faiblesse. Le pouvoir, quelque impur que soit son origine, lui inspire toujours une secrète sympathie quand elle peut espérer l'attirer à soi et le faire servir à ses fins. Ceci nous explique pourquoi la majorité du clergé de la Gaule fut indifférente à la ruine de la dynastie fondée par Pépin et se rangea immédiatement du côté du plus fort, du côté des Robertiens.

Adalbéron se savait de plus menacé dans sa vie et son honneur par Charles de Lorraine, car il se fiait fort peu à ses promesses et à ses flatteries. Réunir le royaume des Francs à l'empire était malaisé pour l'instant*. Le seul moyen de sauver sa vie et ses projets, c'était d'établir sur le trône un prince qui lui eût donné des gages solides de dévouement à l'Église, et qui en même temps ne fût ni d'un esprit supérieur, ni d'un caractère bien noble. Hugues Capet remplissait à merveille ces conditions. Adalbéron se flattait de faire de lui tout ce qu'il voudrait: il le fit roi. La nouvelle dynastie se souvint longtemps qu'elle devait sa puissance à l'Église.

Une fois sur le trône, Hugues ne fut pas un instrument aussi docile que l'archevêque l'espérait. Il prétendit assurer l'avenir de sa race en associant son fils au trône quelques mois après son couronnement. Adalbéron éprouva une forte déception. Il ne parait pas avoir voulu établir une dynastie nouvelle ; il voyait dans l'avènement de Hugues un expédient utile, mais

1. Cette tentative n'était pas cependant tout à fait impossible. Nous avons déjà fait remarquer (p. 209) qu'Eudes de Chartres et Adalbéron de Laon conspirèrent dans ce sens en 995. Ce complot inspira à Hugues et à Robert une vive frayeur.

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provisoire. Il comptait peut-être jouer de nouveau de sa théorie de Téleotion pour écarter Robert au profit d'Otlon HL Son opposition à Tassociation de Robert fut manifeste'. Il lui fallut néanmoins céder, comme nous Tavons vu. D'ailleurs Robert était jeune, il avait été élevé par Gerbert, enfin il se piquait de science et de théologie. Adalbéron pouvait espérer le diriger comme son père. Il y avait peut-être là plus d uue illusion. Robert ne parait pas avoir eu une grande affection pour son ancien précepteur Gerbert'. Hugues, nous le verrons, s'effraya à la longue de Tamitié exagérée des arclievêques de Reims pour Tompire; le roi connaissait bien mieux que Lothaire et Louis V les projets secrets et les ruses de Tarchevôque ; ii en avait profité. Monté sur le trône, la trop grande habileté de son complice dut Tinquiéter plus d'une fois. Aussi pensons-nous que le bon accord avec Adalbéron n'aurait probablement pas toujours duré.

Nous avons rendu justice aux grandes qualités d^Adalbéron, essayé d'expliquer sa conduite et par suite de la justiiier en partie. Nous ne saurions aller plus loin. Sa position de vassal de la France^ en contradiction avec ses sentiments secrets, loi imposa une conduite tortueuse ; sa duplicité écarte absolument la sympathie. On peut pardonner à ce personnage le mal qu'il a fait k notre pays, en tenant compta de l'époque où il a vécu, on peut même s'intéresser à sa vie, il est impossible de laimer ni de restimer.

1, nicher (IV, 12), Voy. plus haut, p. 216-217. —Ce passage me semble prouver que M. Pfister s'est complètement mépris en prélenduni (p. 39-40) {|ue, dès 981, Gerbert avait rintentian de couronner son jeune élève Robert et que lorsque Hugues voulut associer son fils au trône les difticuîtés vinrent des grands.

2, Nous allons voir qu'il le paya d'ingratitude en lui refusant d'abord TarchevÉché de Reims, et quand Hugues Capet mourut, Gerbert ne trouva aucun appuï auprès de son élève. 11 s^enfuit en Italie * cannaissant la perlîdia du roi Robert », nous dît Richer (L IV^ in ûné).

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