POLITIQUE IMPÉRIALE DE L*ÉGLISE
l'empire romain, dirigé par une dynastie protectrice de TEglise.
C'est qu'en effet, à la fin du x' siècle, les évêques et quelques savants clercs, les seuls qui eussent quelque pensée politique, ne voyaient pas dans la domination des Ottons un empire allemand, mais la continuation pure et simple de l'empire romain chrétien fondé par Constantin. Que l'empereur fût Saxon, peu importait. La race n'avait jamais eu la moindre influence sur le choix des empereurs. Le maître du monde romain pouvait être Espagnol, Illyrien, Arabe même, sans que cela choquât personne, môme aux plus beaux jours de l'Empire*. Le centre du pouvoir impérial avait pu et dû se déplacer selon les circonstances. D'Italie, il avait passé un instant en Gaule^ puis à Byzance. Quand le christianisme et Charlemagne'^ eurent romanisé la Germanie, il était tout simple qu'il passât en cette contrée pour combattre plus facilement les païens Slaves et Hongrois*. Ce qui faisait l'erreur
1. Je retrouve cette idée dans le beau livre de M. James Bryce. Le Saint Empire romain Germanique^ (trad. Domergue, voir notamment p. 19, 105, 328) que je regrette de n'avoir pas connu plus tôt.
2. De 261 à 274 sous Posthumus, Victorinus etTetricus. Au iv« siècle sous Julien.
3. Vis-à-vis de la Germanie, Charlemagne continua le rôle des Césars romains. Ce fait a été très bien mis en lumière par Littré dans son Etude sur les barbares,
4. Remarquons encore que l'Empire était dirigé par deux femmes dont l'une était Italienne, Adélaïde, l'autre Grecque, Théophano. Le jeune Otton III était considéré et se considérait lui-même comme un Romain ou un Grec, beaucoup plus que comme un Saxon (Gerbert, lettre 26, et sa correspondance si curieuse avec Otto III en 997, lettres 182 à 187). Otton écrit à son précepteur: « Volumus vos Saxoni « cam rusticitatem abhorrere, sed Greciscam nostram subtilitatem ad « id studii raagis vos provocare, quoniam si est qui suscitet illara,
« apud nos invenietur Grecorum industriae aliqua scintilla Humili
« prece deposcimus, ut Grecorum vivax ingenium, Deo adjutore, susci- « tetis, etc.» (Lettres de Gerbert. n 186). Gerbert lui répond: «Lbi « nescio quiddivinum exprimitur cum homo, génère Grecus, imperio « romanus (c'e.->t-à-dire Otton 111), quasi hereditario jure thesauros sibî « Greciae ac Romanae repetit sapientiae, Paremus ergo, César, împe- « rialibus edictis cum in hoc tum in omnibus quecumquedivinama- « jestas vestra decrevit. Non enim déesse possumus obsequio, qui nicliil « inter humanas res dulcius aspiciraus vestro imperio. » (lettre 187). Enfin les deux membres les plus illustres de ce parti impérial étaient un Lorrain, Adalbéron, un Aquitain, Gerbert. La tentative chimérique
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des partisans de Tempire romain, ce n'était donc pas que sod siège fût en Allemagne ou que son chef fut de race saxonne, c'était (le vouloir concilier l'eau et le feu, l'empire roiïiain avec la féodalité, dont la marche était <iés lors irrési^stible. Cette erreur s'explique par l'incapacité du moyen Age, déjà à cette époque, de comprendre l'histoire et les institutions du passé. Adalljéron, Gerbert, et leur disciple OUou Ili, ne se doutaient pas du changement profond qui s'était accompli en trois ou quatre siècles dans les conditions de la propriété et les relations des hommes entre eux. Ils s'imaginaient que du moment qu'un personnage portait le titre d'empereur, Tempire subsistait tel qu'il avait toujours existé. Il n'est pas déjà à rare de voir, même des hommes éminenfs, s'aveugler ain^i sur leur propre temps.
Il faut dire aussi qu'envahie de tous cotés parla féodalité, rÉglise se rattachait désespérément à l'empire, en qui elle voyait sa seule chance de salut. Ce plan réussit avec Otlon IIL Henri IL Conrad IL Mais la conséquence fatale ne put manquer de se produire. Ces empereurs, à qui l'Église voulait tout soumettre, voulurent la soumettre à leur tour. Dès le xT siècle TÉglise, par les yeux de la Papauté, vit qu'elle s'était donné un maître, et que maintenant son salut était d'échapper à la tutelle impériale ; alors naquit la querelle des investitures qui sons diverses formes n'a cessé de durer pendant tout le moyen âge dans tous les pays et s'est continuée jusqu'à notre époque. De nos jours elle persiste toujours: c est la lutte entre l'Église et l'État, héritier des principes d'autorité de l'empire romain.
Ces réflexions ne sont pas inutiles pour comprendre les sentiments d'Adalbéron et nous faire une idée juste et impartiale de sa conduite. On s'explique comment, fasciné par cet idéal
de reconstituer Tempire romain a été en général fortement crLtiqïié par \e^ lii^toriens français et allemands. Voy. Giesebreclit, Gexch rf. Kûûerzeit, t. l. « Olto's pliantastiâdie Plane », Mler, I/ist. d\Uîemagne, IL 425-449 — a Le nom mèmeque Gerbert avait choisi en prenant pcssession du Saint-Slege était une albisîon à ce ï*eversaintSilvestrei'^ fut ]mpe (314*335) au temps: de l empereur Constantin (3Û6-33T). C'eiit sous fion pontificat que s^iègeale concile de Nicée » (Havet, Introd., p. xxxm. n. 3). M. ïlavot si^^nale les elTnrts tic Silvestre II pour favorber les em. pièt43ments de l'empire sur les droite du roi de France (p, xxxm-iv).