‹ Les derniers CarolingiensChapitre 282 sur 376 · J TRAHISON D*ASCELIN · texte numérisé non relu

J TRAHISON D*ASCELIN

ce posa à aller se coucher et à dormir jusqu*au matin. Ascelin, « poursuivant le cours de sa trahison, pendant que Charles n et Arnoul dormaient, enleva de leurs chevets leurs épées ce et leurs armes et les cacha. Il appela le portier, qui ignocc rait sa fourberie, et l'envoya au plus vite chercher un de ses c< serviteurs, lui promettant de garder la porte pendant ce c< temps. Quand il fut parti, Ascelin se plaça au milieu du c< passage, tenant une épée sous ses vêtements. Bientôt rejoint « par les siens, complices du crime, il les introduisit tous.

« Charles et Arnoul reposaient, accablés parle sommeil du u matin. En se réveillant, ils aperçurent leurs ennemis serrés « en troupe autour d'eux ; ils sautent du lit, cherchent leurs « armes, et, ne les trouvant pas, demandent ce que signifie « cet événement matinal. Ascelin leur répondit : « Vous m'avez « autrefois enlevé cette place et forcé de m'en éloigner exilé. a Vous en voici chassés à votre tour ; et .votre sort sera pire a que le mien, car je suis resté libre de ma personne, tandis « que vous êtes tombés au pouvoir d'autrui. » — Charles « répliqua : « J'admire, évêque, comme tu te souviens du repas « d'hier soir! N'es-tu pas arrêté par le respect de la Divi- <c nité? N'est-ce rien que la foi du serment? N'est-ce rien « que les imprécations d'hier soir?» En disant ces mots, il « se jeta sur son ennemi. Les hommes d'armes enveloppent le « furieux, le rejettent sur son lit et l'y maintiennent. Ils font « de même pour Arnoul. Ils les renferment dans la même « tour, la ferment avec des serrures, des verrous, des barres, « et y placent des gardes.

« Cependant les cris des femmes et des enfants, les gémisc< seraents des serviteurs montaient jusqu'au ciel et réveil- « laient les habitants. Les partisans de Charles trouvèrent le « salut dans la fuite, et il n'était que temps : à peine étaient-ils « sortis qu'Ascelin ordonna qu'on s'assurât de la ville afin de « saisir tous ceux qu'il regardait comme ses ennemis. On les « chercha sans les trouver. C'est ainsi qu'un fils de Charles, « âgé de deux ans et portant le même nom que son père, fut « soustrait à la captivité. Ascelin envoya au plus vite des « messagers au roi, alors à Senlis, pour lui annoncer que la w ville jadis perdue venait d'être reprise, que Charles était « prisonnier avec sa femme et ses enfants, ainsi qu' Arnoul,

(( trouvé au milieu des ennemis*. Qu'il vienae sans délai avec « tous ceux qu'il pourra réunir, qu*il ne perde pas son temps « à rassembler l'armée, qu'il invite par messages les voisins « en qui il a confiance à le suivre de près; qu'il vienne vile, « même peu accompagné ^

(( Le roi prit avec lui toutes qu'il put trouver et se rendît « àLaon sans retard. Après avoir fait son entrée dana la ville, « où il fut reçu selon sa dignité royale, il s'enquit et fut « informé du sort de ses fidèles, de la prise de la ville et<]e « la captivité des ennemis. Le lendemain, il réunit les habi- « tants et exigea d'eux fidélité. Ceux-ci, comme des prison- (( niers, étaient passés sous une autre domination. Us pro- « mirent fidélité et se lièrent au roi par serment. Sûr do h « ville, le roi retourna à Senlis avec les prisonniers. Il inier- « rogea ensuite les siens et leur demanda conseil sur ce « qu'il devait faire, Les uns pensaient qu'il fallait recevoir (( comme otages à la place de Charles, honm^ie illustre et de « sang royal, ses fils et ses filles, exiger qu'il prctùt serment « d*être fidèle au roi, de ne jamais revendiquer le royaume « de France et qu'il en déshéritât ses fils par testament. Cela (( fait, Charles devait être remis en liberté. D'autres étaient « d'a\is de ne pas relâcher si vite un homme illustre, d une « race si ancienne, mais de legarderau pouvoir du roi jusqu'à « ce que ses partisans se dévoilent. On verrait si par le « nombre, le nom, le chef, ils étaient capables d>tre appelés « adversaires du roi des Francs, ou bien s'ils étaient sans « importance. S'ils étaient faibles et peu nombreux, i) fallait « retenir Charles ; s'ils étaient forts et nombreux, il fallait « céder et le relâcher. En conséquence le roi jeta en prison « Charles, sa femme Adélaïde, son fils Louis et ses deuï

1. a At il quorum intererat, tociens se decipî, tociens bonis suis « privari non ferentes, Lauduni arcem occupant. Arnulfus int^ho&les « régis invenitur », dit Gerbert, qui se garde bien trmdîquer en quelles circonstances la lourde Laciu a été prise et Arnoui iiouvéau milieu des ennemis (Lettre 217, éd. Mave:, p, 205).

2. Ascelin craignait un retour ofi'tmsif fies habitania une foiîs leur frayeur passée. 11 n'avait accompli le caup qu'avec l'aide de ses serviteurs que Charles avait eu la faiblesse de laisser rentrer dma U ville.

a filles, Tune appelée Gerberge, Taûtre Adélaïde, enfin son «f neveu Arnoul (30 mars 991 )\ »

A partir de ce moment, le sort des derniers Carolingiens devient très obscur. Charles parait avoir été transféré avec sa femme, ses enfants et Arnoul dans la prison que les Capétiens possédaient à Orléans. Sigebert de Gembloux fait mourir Charles en 991, c'est-à-dire Tannée même où il fut trahi,

I. Richer (IV, 47-49).— Adhémarde Chabannes : « Franci inito conte silio eum abiciunt et Ugonem ducem, filium Ugonis regera eligunt. <c (lac de causa episcopus montis Leudenensis Ascelinus, ebdomada a maiora in qua est coena Domini et Parasceve et sabbato ante Pascha, « velut Judas Christum, tradidit Carolum; qui Aurelianis in carcere « trusus usque ad mortem. Ibi genuit filios Carolum et Ludovicum et « mortuus est. Et expulsi sunt filii ejus a Francis, profectique sunt ad a împeratorem Romanorum et habita ver unt ciim eo. » (Copié par le Chr. S, Maxentii Pictav.) — Annales S. Germant : « 987. Obiit Hlu- « dovicus rex; cui successit filius ejus (sic) Karolus quem traditione « Ascelini episcopi Lauduni, Hugo Capetus in carcere trusit, et se a cum filio suo Rotberto regem inungere fecit. » — Annales S. Medardi Suess. : « Hugo cognominatus Chapez, dux Francorum, Karolo, « fratri Lotharii régis, avunculo Ludovici régis filii Lotharii, traditione a capto et apud Aureliacensem urbem cum uxore sua incarcerato, a rex Francorum effectus est. Et ita disjunctum est regnum « Francorum a genealogia Karoli Magni, imperatoris, régis Fran- « corum. » — Uistoriae Franc, fragm. (Duchesne, IV, 85; Historiens de France, X, 210J: « Carolus autem captus, positus in carcere in « Silvanectensi urbe, ubi genuit Ludovicum et Carolum; qui, raortuo « pâtre, pulsi a Francîa ad imperatorem Romanorum confugerunt. Ita « Francorum regnum secunda déficiente linea regum, in tertiam est a îranslatum. » — Ilistoria Francorum Senonensis: « Cernens itaque a Hugo dux quod minime posset Karolum vincere, consilium habuit « cum Ascelino, traditore vetiilo, qui erat episcopus falsus Laudunis et « consiliarius Karoli Itaque tradens Ascelinus episcopus Laudunum « in nocte una, quiescentibus cunctis, Ilugoni duci Francorum vinctus « est rex Karolus cum uxore sua et ductus in custodia Aurelianis civic< tate. Nondum autem ipse Karolus erat unctus in regem, resistente « Hugone duce. Manens vero idem Karolus in custodia Aurelianis in « turri, genuit illi uxor suafiTos duos Hludovicum et Karolum .... Hic « déficit regnum Karoli Magni. » (Copiée par le Chr. S. Afedardi, Orderic Vital, Richard de Poitou, etc.). Le récit le plus exact de tous ce.s événements est celui de Hugues de Flavigny; mais cela provient de ce que l'auteur a eu connaissance du manuscrit de Richer qu'il se borne à abréger. 11 est donc inutile de citer cet auteur. Ces faits sont encore consignés dans un grand nombre d'autres annales, chroniques, etc., mai.s comme elles se bornent à copier les sources précédentes, il est parfaitement inutile de les rapporter.

278 MOKT DE CHARLES DE LORRAINE [991-995 f

mais ce chroniqueur seïuble avoir confoDtiu la date de sa mort avec celle de sa captivité. Il vivait probablement encore en janvier 992 \ VÀri de vérifier les dates le fait mourir celte même année, le 21 mai^ mais la date d*année ne repose sur aucun fondement solide et la date du mois est fausse ; en effet, Ernstj qui a eu entre îes mains le Xécrologe de Liège. nous apprend que sa commémoration y est indiquée au 22 juin en ces termes : h X, kt julii commemoratio duc:i3\ « Charles était déjà mort probablement en 095 \

En 1606, un antic^uaire liégeois trouva dans la crypte de Saint-Servais de Maastricht un sarcophage en plomb surlequel était gravée Tinscription suivante eu caractères lîu x[* siècle :

Karol! com. cen

SE STIRPIS FILIl LOTHUICI

FKATKIS LOTHARH ,

Frakcok REG Anko Dnl ml

Ce qu'un érudit du nom de Paquot restitua : Karoli comtih (jenerose slir/*is filu LQlhvici, fralris Lotharii, Franc ontm rfUfum. Anno Ihmini iOOi. Le P, Papebroch en avait conclu que Charles, ayant renoncé à ses droits à la couroone de France, s'était retiré à Maëstricht et y était mon en

1. C'est du moins ce que semblent indiquer les deux dates suivantes: 1^^ ft Mense jantiario anno V. sperante Karolo rege jj (charte citée par Dahize, Uisi. de Tulle ^ p. 'SB^)\ 2* « Datum et ratunt per manum « Itnberti sacerdotiSj die sabbat i in [nense jauuario anno quinlo Huff gone rcge féliciter régnante in Franda, Karolo trusus in carcere. " (Charles de Clunif. t. III, p. 1 37, nM 915)-

2. T, I, p. 587. Lotliii {Hech. xur OHéans, 1, 76) écrit : « Cbarleâde Lorraine dans la Pour Neuve d^Orléatun le 21 mai 99^. » 11 ne donne aucune référé utje. Il B^i probable f^u'il emprunte le 21 mai u VArt de vérifkr les dates, l'année 9^4 et la Tour Neuve^ a son imagination.

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