‹ Les derniers CarolingiensChapitre 281 sur 376 · MACHINATIONS D*ASCELIN · texte numérisé non relu

MACHINATIONS D*ASCELIN

scélérat de son époque. Arnoul, après avoir embrassé son nouvel ami, revint à Laon et réussit à obtenir de son oncle la grice de l'évêque. Celui-ci était retourné auprès de Hugues et lui avait dévoilé ses projets ; « aussi, grands furent les a compliments et Tespoir de reprendre la ville. » Hugues (^apet abandonna alors ses préparatifs belliqueux et attendit que la trahison lui livrât ce que ses talents et son courage n'auraient jamais pu lui donner.

Charles appela Ascelin à une entrevue et lui fit un accueil honorable. L'évoque le flatta de Tespoir que bientôt il triompherait de son rival, et ils se séparèrent après s'être prêté un serment d'alliance. Ascelin emmena Arnoul à la cour du roi. Hugues n'eut pas honte de prendre part à cette comédie infâme. Il embrassa Arnoul et refusa même d'entendre ses excuses ; il feignit de croire que Charles avait usé de violence à son égard. Tout ce qu'il demandait à l'archevêque, c'était d'amener son oncle à reconnaître l'autorité royale et à tenir d'elle ce qu'il avait envahi. Arnoul, étourdi par ce bon accueil, fit les plus grandes promesses ; c'était son habitude. Pour achever de lui faire perdre la tête, Hugues lui prodigua les marques d'honneur. Au dîner, Arnoul fut placé à la droite du roi, Ascelin à la gauche de la reine*. Après avoir pris congé de Hugues, Tarchevêque retourna à Laon rapporter à son oncle ses excellentes dispositions. « Dès lors il chercha à « amener la réconciliation du roi et de Charles et à mériter « leur faveur ^ »

Le duc de Lorraine n'hésita plus à laisser rentrer Ascelin dans Laon. L'évêque fut reçu avec éclat, ses serviteurs exilés furent rappelés et jouirent de leurs biens sans inquiétude. Cependant, par un resté de prudence, Charles exigea qu' Ascelin

1. Le récit que Gerbert fit de ces événements à Wiiderod, évêque de Strasbourg, est passionné et inexact. Il confirme toutefois Richer sur ce détail : « Sed cum a se maximos fautores nequitiae suae discedere « sensit (Arnulfus), territus regem adiit, novisque sacramentis ac « novis rerum conditionibus régie mensae parliceps factusest. » (Lettre 217, éd. Havet, p. 205).

2. Richer (IV, 41-45). Cette dernière phrase contredit formellement les assertions haineuses de Gerbert (lettre à Wiiderod) : «atque ita ira « régis sedata, omni se crimine exutura credidit, indeque mox redien.s tt fîdem sacramentorum rupit, conditionibus non servatis).

274 TRAHISON d'aSCELIN '991;

lui prêtât serment de fidélité envers et contre tous ; sans hésiter, Tévêque jura sur les reliqiies\ 11 inspira alors une confiance générale et put surveiller les fortifications de la ville, 3 enquérir des afi'aires de chacun sans exciter aucun soupçon. Quand il connut les habitudes de Charles et des siens, il se décida à exécuter la trahison.

C'était le dimanche des Rameaux (29 mars 991), Charles, Arnoul et Ascelin dînaient dans la tour de Laon ; Tévêque était très gai. A plusieurs reprises il avait déjà ofl'ert au duc de se lier à lui par un serment encore plus solennel, s'il lui restait quelque doute sur sa fidélité. Charles le prit au mot. Mais à partir d'ici, il faut traduire le récit si vivant et si intéressant de Richer :

H Charles, qui tenait entre ses mains une coupe d'or où du « pain trempait dans le vin, la lui présenta après avoir lon- « guement réfléchi et lui dit: « Puisque vous avez aujourd'hui, n conformément aux décrets des Pères, sanctifié les palmes et « les rameaux, consacré le peuple par vos saintes bénédicit tions et offert à nous-mêmes l'Eucharistie, dédaignant les « calomniateurs qui insinuent qu'il faut se méfier de vous, je w vous tends, à l'approche de la Passion de notre seigneur H et sauveur Jésus-Christ, ce vase qui convient à votre cf dignité avec le vin et le pain rompu. Videz cette coupe en H signe de fidélité inviolable à ma personne ; mais si vous <- n'avez pas l'intention de garder votre foi, abstenez-vous, de « peur de jouer l'horrible personnage de Judas. » — Ascelin (f répondit : w Je vais prendre la coupe et boirai voloni* tiers. » — Charles poursuivit vivement : « Ajoutez que vous (t garderez votre foi. » — Il but et ajouta : « Je garderai ma ït foi ; qu'autrement je périsse avec Judas. » Il proféra devant M les convives beaucoup d'autres serments de ce genre.

H La nuit approchait, nuit de deuil etde trahison. On se dis-

l. <^ Adsunt sancta, superponite dexteram; fidem contra omnes *t spondete. Exceptio nulla erit si vnltis mihi cornes fieri » (Richer, IV, 46). Guadet traduit ainsi ces derniers mots : « sj vous voulez devenir tt mon comlCy n'y faites nulle exception. » Ainsi ce serait Charles qui aurait investi Ascelin du comté de Laon (Cf. p. 182, n. 1). — Le fait serait intéressant. Mais en réalité je crois que cornes signifie simplement ici « compagnon, partisan. »

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