AVENEMENT DE LOTHAIRE
combattre son fils révolté Liudolf. Quant à Brunon, nommé depuis un an par son frère, archevêque de Cologne et duc de Lorraine, il avait à lutter de son côté contre le duc Conrad. Gerberge comprit que Tarbitre véritable de la situation était Hugues le Grand ; elle se hâta de sonder ses intentions en lui envoyant demander par messagers conseil et assistance. Hugues, pour la troisième fois depuis la mort de Robert P^ disposait de la couronne. Pas plus que dans les occasions précédentes il ne semble avoir été tenté de se Tapproprier, et ceci pour plus d'une raison : il craignit sans doute, s'il usurpait le trône, de s'attirer des difficultés, non seulement avec une partie des seigneurs français, mais encore avec la Germanie ; l'exemple de Louis IV, de Raoul, de son père même, lui avait montré à quels périls le titre de roi exposait alors pour de bien faibles avantages. Enfin peutêtre avait-il un retour de loyalisme envers la race Carolingienne, qu'il avait cependant tant de fois trahie. Les sentiments des hommes de cette époque sont si mobiles, si contradictoires, que cette dernière hypothèse n'est peut-être pas la moins vraisemblable. Quoi qu'il en soit, Hugues fit une réponse favorable aux demandes de Gerberge, et quand celleci, sur son invitation, se rendit auprès de lui, il l'accueillit avec honneur et la consola en lui promettant d'élever au trône son fils Lothaire. 11 était naturellement bien décidé à se faire payer ses services très cher.
Une fois le consentement de Hugues obtenu, ainsi que Tappui d'Otton et de Brunon, l'élection n'était plus guère qu'une formalité. L'assemblée des grands et des évêques de France, de Bourgogne, d'Aquitaine, se tint à Saint-Rémy de Reims. Lothaire fut élu, couronné, et sacré par l'archevêque de Reims, Artaud, le dimanche 12 novembre 954*. Le nouveau roi, fils
1. Flod. Afin., à 954 ; Richer (111,2.) — Diplôme de Lothaire {lïist. de France^ IX, 617, n° 3); Ann. S. Col, Senon. — Folcuin (Cart, Sithiense, p. 149) met le couronnement un jour trop tôt, au 11 novembre. — Richer prétend que tous les grands de Lorraine et quelques-uns de la Germanie y assistèrent. C'e&t là une de ses exagérations habituelles, et doni il use pour rehausser le prestige des Carolingiens. — Par contre il n'y a i ien que de vraisemblable à ce que quelques grands de Gothie (Ruussillon et marche d'Kspagne) se soient rendus à Reims, comme il le prétend. Ces pays furent en effet toujours en relations amicales