ODELRIC, ARCHEVEQUE DE REIMS
fait échouer la candidature de leur frère, qui, sans leur opposition, avait les plus grandes chances d'être acceptée, appuyée qu elle était par Hugues'Capet. Aussi cherchaient-ils une occasion de se venger. Roricon, demeurant à Laon auprès du roi, était inattaquable. L'archevêché était plus vulnérable. Herbert lui enleva le gros bourg d'Épernay, riche et peuplé*. Gibuin, par la position même de son évêché, était exposé à toutes les entreprises de Robert de Troyes. Celui-ci et son frère Herbert guettaient sa ville de Châlons depuis la nomimination d'Odelric, mais sans que rien transpirât de leurs mauvais desseins. En effet, le l*** avril 963, Lothaire était à Soissons, sur le territoire du comte Herbert, dont il souscrivait une charte en faveur de l'abbaye d'Homblières*. Or, peu de temps après, Herbert et Robert de Troyes, mettant à profit une absence de Gibuin, accouraient mettre le siège devant Châlons et, après l'époque de la foire', s'en emparaient et l'incendiaient. Les défenseurs purent, par bonheur, se réfugier dans une tour et y attendre leur délivrance *.
La paix se ât néanmoins l'année suivante entre la maison de Vermandois et l'archevêché de Reims. Herbert sollicita l'amitié d'Odelric et lui restitua Épernay ainsi que toutes les autres possessions de l'église de Reims qu'il avait ravies \
1. a Spamacum vicam populosum ac opulentum » (Richer, III, 20).
3. Flodoard, Ann. (à 963) : « expiicitisque tandem nundinis igné
a succendunt. » Selon Tabbé E. George (Hist. de Champagne, p. 290), « la foire de Sannes se tenait alors comme aujourd'hui quinze jours « après Pâques. » C'est être bien affirmatif. M. Bourquelot ne connaît au moyen âge que six foires en Champag^ie, deux à Troyes, deux à Provins, une à Lagny, une à Bar-sur-Aube. Voy. Bourquelot, jffisl, des foires de Champ, (t. I, p. 75-76). Ce passage de Flodoard permet d'affirmer l'existence d'une foire à Châlons dès le x« siècle, — à moins qu'on ne traduise avec Kalckstein (p. 311) nundinae par a période de « neuf jours! ».
4. Flodoard, Ann. (à 963): « milites vero in turre quadam loci cons- « censa liberantur ». Ils furent sans doute délivrés par l'évêque revenu à la tète de ses vassaux armés. — Ce fut en cette année 963 que Flodoard brisé par l'âge (il avait 70 ans) et les infirmités se fit relever de la prêtrise par Odelric et remplacer par un neveu homonyme. Les Annales mômes de Flodoard semblent attester sa vieillesse et sa mauvaise santé. Elles sont pour les dernières années d'une brièveté et d'une sécheresse regrettables.
5. Flodoard rapporte les restitutions d'Herbert à deux années, 964 et 965, sans doute parce que celui-ci ne lâcha prise que peu à peu.
46 MORT d'aRNOCL de FLAKDRE [964-965]
Thibaud le Tricheur fat plus tenace. Excommanié en 964, il ne consentit à rendre Goncy qu'an début de Tannée suivante, et encore ce fut à condition que TarcheTêque, outre son absolution, donnerait Goucj en fief à son fils V En résumé, par force ou par diplomatie, Ténergique prélat n*en parvint pas moins à recouvrer en deux ans toutes les possessions de son église.
Cette année 965 fut remplie d'événements de la plus haute importance pour la famille carolingienne : le vieil Arnoul de Flandre mourut le 27 mars et fut enterré à Saint-Pierre de Gand '. Lothaire qui se prétendait son héritier* voulut mettre la main sur la Flandre. Mais les Flamands n'entendaient nullement avoir le roi de France pour souverain direct. Ils proclamèrent comte un enfant, Arnoul II, petit-fils d' Arnoul le Grand, et lui donnèrent pour tuteur Baudoin surnommé Baldzo (Bauces) qui fut le véritable régent du pays ^. Lothaire
1. Flodoard, Ann. (964-965) ; — Richer (III, 20). — Sur Couci, voy. p. 24 et n. 2. — Fiodoard mentionne la soumission de Thibaud après la mort d'Amoul, avant le voyage de Lothaire à Cologne auquel Odelrîc prit part. Ce fat donc fin avril ou commencement de mai que l'archevêque recouvra Coucy.
2. Flodoard, Ann. ; Ann. Blandin.^ Binon, major, et min., Laubiens, et Leod. ; Necrol. Luneburgense ; Widukind (l* Hli 23) ; Notitia de Arnulfo comité (Mon. Germ., SS. V, 12, 25 ; IX, 318).
3. Voir plus haut, p. 43 et n. 1. — Les Annales flamandes ne disent rien de pareil. Les Annales Blandinienses mettent simplement à la date de 964 : « Magnus Arnulfus restaarator hajus Blandiniensis « coenobii obiit VI. kl. Aprilis ». Les Ann. Binon, min. : « 964. <c Arnulfus filius Balduini ex Mathilde régnât. — 966. Lotharius rex a Atrebatum, Duacum, abbatiam S. Amandi et omnem terram usque <c Lis invadit. » Les Ann.' Laub. et Leod.: « 963, Arnulpho comité « mortuo Lotharius rex Francorum Flandrias vastat. » Les Gesta Bp. Camerac, 1. I, c. 100 : « Sub hujus autem tempore, Arnulfo sene, Flan- « drensium comité, mortuo, mox irruens Lotharius rex possessiones « illius, abbatias scilicet S. Amandi, sanctique Vedasti cum castello, a Duvaicum quoque sed et omnia usque ad fluvium Lis cum omni occu- « patione invasit » (à la date de 978 mais par erreur). — C'est en 932 qu*Arnoul s'était emparé d'Arras à la mort du comte Aleaume, tué à Noyon (Flodoard, Ann.; Chr. Tomac; Chr. Binon.). Il avait également usurpé Tabbaye de Saint-Amand.
4. Une généalogie des comtes de Flandre (Afon. Germ.^SS., IX, 303) prétend qu'Amoul confia la tutelle de son petit-fils et le gouvernement de ses Etats à Baudoin Baldzo, dont elle fait un fils naturel d'AUou (Adalulf)f frère utérin d'Arnoul le Vieux. Mais MM. Longnon et P. Meyer ont parfaitement démontré que Baudoin ' Baldzo était cousin
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