Les derniers corsaires Dunkerque (1715-1815)
Ce volume contient la fin de l’histoire des corsaires de notre grand port du Nord. Il embrasse la période comprise entre les traités d’Utrecht et ceux de Vienne, entre 1715 et 1815. La dernière guerre du règne de Louis XIV a marqué l’apogée de la guerre de Course : nous allons assister à sa décadence, qui tient non pas aux corsaires, mais aux conditions qui leur sont faites. Ils montrent toujours les mêmes capacités guerrières et nautiques, quelques-uns donnent l’exemple du plus
bel héroïsme, mais la ruine du port de Dunkerque fut la rançon du dernier traité signé par le grand roi : le
-port est comblé, ses fortifications rasées, et, clause qui jouera jusqu’à la déclaration de la guerre d’Amérique, un commissaire anglais surveillera sur place l'exécution du traité, empêchant tous travaux susceptüibles d'améliorer ce déplorable état de choses.
D’autre part la législation et l'administration de la Course ne répondent pas à ses besoins aussi exactement que par le passé ; on perd de vue peu à peu son
- véritable but et les moyens d’action qui lui sont indis- . pensables, Cet aveuglement du pouvoir sera complet
sous Napoléon, qui n’entendit jamais rien aux choses
VIII LES DERNIERS CORSAIRES
de la mer. Il est curieux de constater alors dans les opérations de Course l'importance que prend en fin de compte le combat à coups de papier timbré.
Cependant la bravoure des capitaines, le pittoresque de la vie des marins, l’imprévu de leurs aventures demeurent les mêmes que par le passé. Voiei les corsaires au premier plan dans les affaires d'Écosse, au cours de la romanesque équipée du Prétendant Charles-Édouard, lors de la guerre de la Succession d'Autriche. Durant la guerre de Sept ans, Pierre et. Benjamin Bart, neveu et petit-neveu du chef d’escadre de Louis XIV, se font tuer en soutenant une lutte -épique contre un ennemi plus fort qu'eux ; François Thurot, jeune, élégant, audacieux, accomplit d’étonnantes expéditions dans des conditions défavorables ; l’incapacité du gouvernement s’y révèle, et elles permettent d’instructives remarques sur l’évolution des idées et des mœurs ; Thurot est tué, lui aussi, à,son poste de commandement. Puis vient la guerre d’Amérique : Royer, qui donnait les plus belles espérances, subit la même destinée ; particularité de cette guerre : des corsaires américains arment des navires à Dunkerque êt écument les Mers Étroites.
La Révolution bouleverse les institutions maritimes ; elle ne peut rien sur la nature humaine, si bien qu’elle ne modifie guère la pratique de la Course. Les abus subsistent. La suppression des franchises de Dunkerque, l'obligation de l'inscription maritime pour tous les marins, et le choix que fera Napoléon de Boulogne comme centre des opérations de la Floülle, réduisent à peu de chose l’activité de la Course à Dunkerque inême, si on la compare à celle d’un illustre passé,