‹ Les derniers corsaires DunkerqueChapitre 14 sur 58 · IRIS · texte numérisé non relu

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donner. Son second, le chevalier de La Tourandais, « a reçu dans la joue droite une balle qui se loge à la cavité de l’œil. Il va se regréer à Flessingue d’où il re-« met à la voile le 18 septembre. Il prend ou rançonne + plusieurs navires et range les côtes d'Écosse ; un vent.

violent l’en chasse le 4 octobre : Le 6, il perd le Chau-«

velin qu'il ne reverra plus de toute la campagne. La

tempête fait rage les jours suivants; son beaupré… casse, entraînant toute la mâture. Le 9, il a connais- -

sance d’une des Shetland où 1l réussit à se mettre à l’abri et à faire quelques vivres et de l’eau. De là,

il gagne Bergen et s’y radoube, ce qui occupe les -

mois de novembre et de décembre jusqu’au 25. Les

autorités et la population ne lui ménagent pas les …

difficultés et les embarras, arrêtant jusque dans la maison du consul français deux de ses officiers qui voulaient rallier des déserteurs.

Après son départ, les tempêtes recommencent ; le 28 décembre, 1l doit jeter six canons de douze à la

mer. [Il rétablit de son mieux son gréement et sa

mâture endommagés, court dans l’ouragan jusqu’au

23 janvier 1758, l'équipage réduit à onze, puis à

huit onces de pain par jour. Il mouille ont dans le

pet port de Tredefiord, et de là envoie chercher .

des vivres à Mandal. Il appareille le 31 janvier pour

Gôtheborg. À part une trentaine de déserteurs, il

retient son équipage qui voulait le désarmement de la frégate, mais ne peut garder ses volontaires, qui l’abandonnent. Trouvant des canons à bon compte, il en achète, de même qu’une goélette. le Coureur, pour lui servir de découverte.

Parti de Gôtheborg le 11 mai, il traverse la mer du Nord, retourne à la côte d'Écosse, descend ; jusqu’à

Newcastle, amarimant des prises ét faisant des rancons. Le 26 mai, par le travers et à environ six lieues de la rivière d’Édimbourg, il est attaqué à 7 heures du matin par deux vaisseaux anglais lancés à sa poursuite, le Dolfin, capitaine Maclowe, le Solebay, capitaine Craig. À midi, le capitaine Maclowe est tué, le capitaine Craig grièvement blessé, leurs vaisseaux totalement: désemparés : 1ls vont se rétablir à Shields ; le Belle-Isle, également très maltraité, gagne la Norvège : 1l a dix-neuf morts dont un enseigne, et trentequatre blessés dont quatre ofliciers. Pendant qu’il se répare à Mandal, Thurot arme et équipe de 40 hommes une prise anglaise qu'il baptise le Homard, et confie à son premier lieutenant Payen. En compagnie du corsaire de Calais l’Émerillon, capitaine Potier, le Homard enlève plusieurs prises qui sont conduites à Christiansund. Thurot garde le Homard pour lui servir de découverte.

Il quitte Mandal le 3 juin avec ce petit bâtiment et l’Émerillon, qui, après avoir enlevé un certain … nombre de navires en sa compagnie, l’abandonne dès leur arrivée à Gôtheborg le 9, le capitaine Potier ne s’accordant pas sur la répartition du butin.

Thurot continue à croiser dans les parages de l’entrée de la Baltique et des Féroë sans cesser d’amariner ou de rançonner des marchands dont quelquesuns armés en guerre de douze et dix-huit canons. Au “Cours d’une canonnade avec dix-huit charbonniers le 11 juillet, il a cinq tués et quatre blessés. Le Cou- …reur l’a rejoint. Le capitaine anglais Lockhart, lancé à sa poursuite avec deux fortes frégates, n’arrivera » jamais à l’atteindre non plus, ni l’escadre du commodore Boys. Coupée de relâches aux Féroë, à Bergen

et à Gôtheborg, cette longue et brillante croisière.

dure jusqu’au 15 février 1759, où Thurot rentre désarmer à Dunkerque: Il l’aurait fait à Ostende, où il a relâché le 11 décembre, sans la crainte d’encourir les reproches de ses intéressés : « Actuellement que les vents sont bons, écrivait-1l de là, Peau manque. Si vous pouviez nous envoyer un débordement d'urine de Versailles pour faire flotter mon navire, Je

pourrais en profiter. » À ces conditions naturelles «

défavorables, le Magistrat d’Ostende ajoute le refus d’un pilote pour le conduire à Dunkerque : Thurot en prend un de force, et lui donne dix louis : « Cette action ne manquera pas d’être regardée comme un crime, parce que malheusement tout est crime pour moy, et que je suis obligé de faire la planche partoul »

Déjà, la faveur du maréchal de Belle-fsle, et celle du duc de Choiseul, et derrière eux celle de la marquse de Pompadour, lui valent des envieux et des ennemis ; ses succès personnels n'en diminuent pas le nombre, lorsqu'il se présente à la Cour, où il est quelque temps l’homme à la mode. Un de ses compa-

gnons rédige un récit de leur campagne, pour le dé-. fendre contre certaines attaques, et publiera son récit « au moment où lThurot reprendra la mer. Les Anglais,

dont 1l parle couramment la langue et chez qui 1l

compte des amis personnels, lui rendent justice plus … exactement que ses compatriotes. [ls le redoutent «

pour ses talents et les preuves de valeur qul a données ; ils l’estiment, parce qu'il (en use très bien avec

les prisonniers ; ilne leur prend n1 leurs bagues, n1 leurs.

montres ; tous les officiers pris mangent à sa table. On le dit extrêmement brave, et l’on prétend qu'il a

déclaré qu'il feroit plutôt sauter son vaisseau que de le rendre (1)». | ù Les expéditions des Anglais contre les côtes fran- . çaises en 1758 provoquent l’éclosion de nombreux projets d'entreprises contre les leurs. Le gouvernement s'arrête à un plan comportant une attaque principale sur les côtes d’Essex, favorisée par deux diversions, l’une sur l'Écosse, l’autre sur l'Irlande. Les points de départ seront Brest, le Havre et Dunkerque. Thurot obtient du maréchal de Belle-Isle le commandement de ce dernier armement.

Le peu de secret et la lenteur des préparatifs donnent aux Anglais le temps de prendre leurs me- …sures. En conséquence, il faut modifier le plan primitif : le maréchal de Conflans sortira de Brest, et Thurot de Dunkerque pour se jeter soit sur l'Irlande, soit sur l'Écosse, suivant les circonstances.

…. Rien de curieux et de compliqué comme l’organisation de l’armement de Thurot, par suite de la confusion des pouvoirs gouvernementaux, et de la manière dont on emploie les fonds du Trésor. Le véritable “instigateur de l’expédition est le ministre de la Guerre, maréchal de Belle-fsle. Il a accepté à la Marine un col-

(1) Il a dépensé plus de 250.000 livres pour se réparer dans ses relâches en Suède et Norvège. L’Amirauté de Dunkerque liquidera pour lui dix- “huit prises et une rançon. Arch. Nat., Marine, B? 589 f. 155::B179:1: 48, 75 f. 88 et seq., 79 [. 1-29, où trois Journaux de cette longue campagne, 94 f. 114; C4 283 f. 149. — Arch. Mar. Dunk., cart. 13, 16: Rapports de “Guerre, 1748 f. 9, 1757 f. 163, 1758 f. 115, 1759 f. 129. -— Arch. Com. Dunk. 190. — Bib. Nat., ms. nowv. acq. franç., 10577 {. 27. — Bullet, Union Faulconnier, 1899, II, 240. — Guerre, Arch. hist., 8582 n. 47, 48, 119. — “Henri Malo, Les Corsaires, Paris, 1908, in-8°, p. 37 et seq. — Arch. Nat. 1" 449, 14, Inv. et Testament du maréchal de Belle-Isle. — Gazettes anglaises, citées par Émile Garnault, Le commerce rochelais au xvin® siècle, La Rochelle, 1891, 5 vol. in-8°, IV, 235. — Journal historique de la campagne du capitaine Thurot sur les côtes d'Ecosse et d'Irlande en 1757 et 1758, Dunkerque-Paris, 1760, in-12,

ls

lègue des mains de la marquise de Pompadour, l’ancien lieutenant de police Berryer. Il est donc fondé à

croire que cet homme se considère un peu comme

sa créature ; mais Berryer lui échappe : Thurot four-…

nira la preuve que ce ministre, lorsqu'il acaquiesce ? £

aux décisions du maréchal, agit d’une manière dia-.

métralement opposée à ses paroles.

À ne considérer que les apparences, tout annonce un armement particulier. Thurot, directeur, arme un

vaisseau et une frégate ; un armateur de Dunkerque,

J.-L. Briansiaux, arme un deuxième vaisseau. Le

Couteulx, banquier à Paris (1), et Pierre Tugghe, un

des plus gros hommes d’affaires de Dunkerque, qui

tous deux s’occupèrent du précédent armement de Thurot à Saint-Malo, effectuent les paiements pour.

les dépenses de celui-ci. La Marime n'intervient, qu'indirectement, pour deux frégates, et une décou-"

verte.

Mais si l’on pénètre le fond des choses, on constate que les paiements faits par Le Cbutetuis et Tugghe

sont prélevés sur une somme de 520.000 livres, à eux

versée par le Trésorier de la Marine. Les billets de

Thurot leur servent de quittances ; 1ls prélèvent pour. leurs peines une commission de deux pour cent. D’autre part, Thurot se porte comme intéressé pour

210.000 livres dans les 461.000 auxquelles montent les frais de l’armement du vaisseau de Briansiaux,. et voici comme se paie cette part d'intérêts dont Briansiaux lui donne quittance : 60,000 livres en billets sur

(1) Jean-Etienne Le Couteulx, rue Montorgueil. L'hôtel Le Couteulx, | p

108, rue de Richelieu, deviendra la maison de Livry, dite Frascati. —

Léttr es de Marville, II, 138 n. — Jal, Souvenirs d'un homme de. fetrresk

Paris, 1877, in-16, p. 194 n.

Le Couteulx, 150.000 livres en un engagement d’armer le vaisseau à forfait pour pareille somme. Les articles de cet accord sont consignés sur le registre secret du greffe de l’Anurauté.

. Thurot, aidé de son homme d’affaires Joseph Cazin, sieur d'Honincthun, procède à Dunkerque à larmement du Maréchal-de-Belle-Isle, du Pégon et de la Terpsichore. Cazin traite à Boulogne avec Louis Paillet et Compagnie, pour leur frégate l’Amaranthe. Le commissaire de la Marine de ce port y achète l’an- Gienne prise de Thurot, le Hawk, devenu le Faucon, qui servira de découverte. Enfin Duhoux-Desages, l'ancien capitaine du Chauvelin, est envoyé à Lorient où parmi quatre frégates du roi désarmées, 1l choisira

Ja meilleure, la Blonde.

Au mois de mars de cette année 1759, le gouvernement a décidé de mettre le port de Dunkerque en état de recevoir des vaisseaux de soixante et Soixante-dix canons : des chasses approfondissent le chenal ; les grands travaux avancent vivement ; le prince de Croy et Solre, neveu du maréchal de Belle- “Isle, s’acharne à déblayer le banc qui s’est formé devant l'entrée du havre. Triomphalement, 1l annonce à son oncle que, le 25 mai, l'Amaranthe a pu entrer d’une seule marée au port et au bassin : « C’est la “bremière à qui cela soit arrivé. » Le Faucon arrive de Boulogne le 7 juillet. Ce même jour, la Blonde, Cachant sa destination, quitte Lorient. Quelques jours plus tard, elle envoie à Saint-Malo une prise éstimée plus de 50.000 francs. Elle évite avec bonheur trois frégates anglaises qui depuis peu rôdent assidûmént devant Dunkerque, et, le 17 juillet, mouille en rade, où Thurot lui ordonne de rester.

Il comptait partir aussitôt pour Versailles recevoir ses dernières instructions, mais ne le peut avant le 28. Depuis trois semaines, il a envoyé le mémoire de ses projets en triple exemplaire : au maréchal de Belle-Isle, au duc de Choiseul : « C’est, dit-il, une précaution que Je prends en cas qu'il m'arrive quelque accident dans mon voyage »; enfin à Berryer; mais à l'intention de ce dernier il a supprimé « divers éclair-

cissements qui ne serviroient qu'à faire valoir les « officiers de Marine, en leur fournissant des idées qu'ils «

n’ont pas ». Il séjourne à la Cour le temps strictement nécessaire pour s'entendre définitivement avec les ministres, repart le 6 août et arrive le 8 au soir à Dun-

kerque. Sa présence est indispensable pour triompher « d'obstacles de toutes sortes qui entravent la bonne …

marche de son armement.

Obstacles financiers, d’abord : en Juillet, il lun

fallut déjà obtenir la levée d’une saisie © qui accrochoit la frégate le Maréchal ».

Pendant sa dernière campagne, étant en Norvège,

(décembre 1757), il a dépecé un bâtiment dunkerquois pour réparer sa frégate. En compensation, il a signé

un billet de 21.000 livres tournois au propriétaire,

Pierre Debaecque. Mais son armateur maloum, Merlin, « ne put faire honneur à sa signature : deux de ses fré-" sates, le Chauvelin et la Marquise, ont flambé lors de l'incendie du port de Saint-Malo par les Anglais ; il lui en coûte personnellement 600.000 livres. Pour s’m-… demniser, Debaecque a saisi le Maréchal-de-Belle-Isle«.

en armement ; Thurot le décide à se désister.

Une autre affaire de même ordre se pose plus mena-* çante, Au cours des mêmes relâches en Norvège, Pam-, bassadeur du roi, le président Ogier, se croyant en pré-…

NME EE

Ù LAN T et 0% ER STE are : à Fe

sence d’une frégate du roi, à donné les secours indispensables à Thurot, littéralement dénué de tout. Il a engagé la Cour pour une somme totale de 239.616 liv. 18 s. 7 d., remboursée depuis à ceux qui l'ont avancée, et sur laquelle on a passé l’éponge. À Flessingue, Thurot a obtenu 80.000 livres de la maison Mathieu Pruyst et fils, pour ses dépenses de ravitaillement. Ces négociants suivent la voie diplomatique pour leur demande en remboursement, que l’ambassadeur de Hollande présente au ministre de la Marine. . Ce dermier se récuse : 1l s’agit ici d’un armement particuher ; et les Pruyst sont renvoyés à se pourvoir

» par les voies ordinaires. Ils saisissent le Maréchal-de- Pelle-Isle à sa relâche à Ostende : le consul français en donne mainlevée. Ils s’adressent au lieutenantcénéral de l’Amuirauté de Dunkerque, qui fait droit à leur requête par une première sentence du 30 avril 1759, mais revient sur sa décision le 25 mai suivañt. Les créanciers se pourvoient devant le Parlement de Paris, qui rend un arrêt en leur faveur le 10 juillet : le 25, un huissier de l'Amirauté de Calais saisit la frégate, les fonds aux mains de Pierre Tugghe, considéré comme dépositaire de l’armement, et assigne devant le Parlement le heutenant-général de l’Amirauté de Dunkerque et le consul de France à Ostende.

Le surlendemain, Thurot part pour Versailles. Il soutent que l'affaire est manigancée par l’ambassadeur de Hollande, qui a surpris la bonne foi de Joly de Fleury pour obtenir l’arrêt. Au surplus, le gouvernement ne peut admettre un pareil contretemps : l'armement actuel se fait en réalité pour son compte. S'il faut une

. preuve que le lieutenant-général de l’'Amirauté agit par ordre en rendant une seconde sentence contra-

dictoire à la première, une lettre autographe et confidentielle de Berryer la fournit. Le 10 août, il écrit à l’intendant Bécon et au commissaire de Sorel :

€ Le départ du sieur Thurot estant, Messieurs, un objet assez important dans les circonstances présentes, il est nécessaire que vous le favorisiez l’un et l’autre en ce qui dépendra de vous, et par cette raison loin d'apporter quelque retardement ou des empeschements quand 1l voudra sortir du bassin, vous aurez à le faire aider à cette opération, ou du moins à n’y mettre aucun obstacle. Vous sçavez que la frégate corsaire qu’il monte est en quelque manière saisie, et comme vous pourriez l’un ou l’autre ou tous les deux ensemble estre requis de vous opposer à son départ en vertu d’un arrest du Parlement qu’on pourra peutestre mettre en avant, 1l faudra que vous éludiez par divers prétextes d’en prendre connoiïssance, soit en faisañt dire que vous n’y estes pas ou que vous avez trop d’affaires ou autrement, de manière qu’on ne puisse rien imputer à déni de justice que vous auriez refusé de rendre. C’est en fermant les yeux sur ce qui pourra se passer sur cela indirectement à ce qui vous regarde, et en évitant de vostre costé d’y prendre part que l’on peut éluder d’y retenir la frégate. Je crois n’avoir pas besoin de vous en dire davantage sur cela, et il faut d’ailleurs que vous ne pass pas en avoir receu aucuns ordres à cet égard. )

Mais ce n’est pas tout. fe fonds de l'armement ne suffisent pas aux besoins. Thurot compte sur la prise de la Blonde pour se procurer quelques ressources ; l’Amirauté de Saint-Malo la juge valable par arrêt du 28 août : en octobre, Berryer prétend ne pas connaître ce Jugement, ce qui, dit Thurot serait « plus qu’éton-

nant », et refuse de délivrer les deniers provenant de la prise. Thurot se plaint à Choiseul : € Voilà déjà le début de la Marine à mon égard ; bien loin de me secourir de nouveaux fonds, on m’arrête ceux qui m’apparténoient. » [l a dépassé ses disponibilités ; le temps s'écoule sans que l’expédition puisse partir, et les frais courent toujours. Sans argent, sans crédit, Thurot réunit toutes ses dettes sur les têtes de Pierre Tugghe et de Briansiaux, qui, au 25 septembre, sont en avances le premier de 98.504 lv. 15 s. 2 d., et le second de 163.282 liv. 13 s. Il fait ressortir dans sa correspondance la manière généreuse dont Briansiaux l’a secouru, et la reconnaissance particulière que mérite cet armateur : après des débuts modestes, Jean-Louis Briansiaux s’est lancé hardiment dans de grosses opérations de course qui réussissent ; 1l a le tort d’éblouir ses concitoyens par son faste, et laisse percer trop de la fierté qu'il éprouve à participer à une affaire d'État. « Les ressources que j'ay trouvées en luy, écrit Thurot, l’ont fait Jalouser sur cette place ; tout * le monde luy a tourné le dos. »

Les obstacles financiers aplanis, restent ceux qu’op- … pose l’ennemi à la sortie de l’escadre. Des officiers prisonniers revenus après échange citent cet exemple de l’inquiétude provoquée en Angleterre par la menace de l’expédition : au début de Juillet, les habitants de Douvres apercevant en mer trois frégates qu'ils s’'imaginent être celles de Thurot, courent aussitôt - aux armes, et enferment les prisonniers français prêts * à embarquer sur le paquebot des échanges.

À cette date, trois ou quatre frégates seulement surveillent Dunkerque, quand le bruit court que le

port est menacé d’un bombardement. Un smogg'eur

de Boulogne le donne pour certain : il Papprit de trois

officiers anglais qu'il a grisés à Flessingue, et confessés «

dans l'ivresse. Les mouvements de la flotte anglaise

confirment la nouvelle. À son passage, le prince de Soubise s’en convainc, et écrit à Castries : « J'espère

que les Anglois y trouveront un peu plus d'obstacles

u'au Havre, quoique les movens de défense maritime 2 ;

soient absolument nuls. » Le lieutenant-sénéral de Chevert, commandant militaire de la province, et le lieutenant-général marquis Du Baraïil, commandant de Dunkerque s’emploient à y pourvoir. Les chantiers de Dunkerque, Calais et Boulogne construisent cinquante bateaux-plats. Begon (1) et Sorel credoublent de vivacité » pour tenir prêts les brûlots et lés chaloupes carcassières.

Un autre smoggleur de Boulogne certifie maintenant qu'aucun bombardement ne menace Dunkerque.

Thurot en est persuadé, mais à son retour de Ver-«

sailles (2), le 8 août, 11se voit bloqué par deux vaisseaux

de cinquante canons, sept frégates de douze à qua-”

(1) Sous la révolution, en 1791, Michel Bégon âgé de plus de 70 ans, à

vivait à Paris. Pour renseignements sur ses derniers jours, cf. Arch Préfecture de Police, À a 83 p. 222.

(2) Au cours d’un de ses précédents vovages à Versailles, Thurot fut à

mis par le maréchal de Belle-Isle en rapports avec un orfèvre dauphinois,

nommé Dupré, qui avait inventé une sorte de feu grégeois. « J'ai eu chez «

moi, écrit Dupré, un long entretien avec le sieur Thurot, je lui ai fait voir les plans que j'ai levés de mes expériences aux carrières de Belleville et sur le canal de Versailles. 11 a conçu une si grande idée de mes moyens qu'il s’est aussitôt déterminé à les mettre en usage, et a dit qu’on en entenarait parler dans trois semaines. Je vois dans cet homme plein de valeur

et d’audace tout ce qu’il faudrait pour renverser la marine anglaise. » En ”

fait, Thurot n’appliqua pas l’invention de Dupré, qui fit plusieurs expé-

riences en présence du duc d’Harcourt. Louis XV, estimant qu'une telle «

découverte aurait des suites trop funestes pour l’humanité, brûla, dit-on, les mémoires et les plans contenant le secret de l'inventeur, auquel il aecorda une pension, ét qu il nomma chevalier du Saint-Esprit. — François Louis, Le feu grégeois, dans le Mercure de France, 16 mars 1916, n° 496, tome CXIV, p- 264,

rante-quatre canons, et huit cotres, aux ordres du commodore Boys. Ces forces augmentent de jour en jour ; elles se répartissent en deux divisions, gardant les passes de l'Est et de l'Ouest, tandis que des corvettes louvoient constamment de l’une à l’autre. A la fin du mois, Thurot et le prince de Croy comptent au télescope, du haut de da tour : quatre vaisseaux de hgne de soixante à soixante-quatre canons, dix frégates de- vingt-quatre à quarante canons, un senau de quatorze canons, et huit cotres. Au début d’octobre, on distingue nettement quarante voiles ennemies dans le Nord, et quinze dans l'Ouest. Seul, un coup de vent « bien déterminé » peut ouvrir à l’escadre ( une lumière de passage ».

Ce n’est pas tout : € L’espion est terriblement exact dans ce port 1cy. » Thurot en signale et fait arrêter trois, et l’on en arrête encore un très dangereux peu après son départ (1). Il saisit un petit smack hollandais qui prétend aller de. Calais à Flessingue, mais mouille la nuit si près du Maréchal-de-Belle-Isle qu'on a tout lieu de le suspecter. Et combien d’ofliciers légers dans leurs propos, contre lesquels 1l faut se tenir en garde ! Des oreilles attentives recueillent la moindre indiscrétion. Thurot en profite habilement pour répandre de faux bruits, qui passent le - Détroit. | - Son personnel, enfin, lui suscite maint souci. La levée des équipages se fait avec peine. La Marine ne … lui fournit que lentement les hommes dontil a besoin, quoique l’intendant ait ordre de lui donner tous les secours possibles. Il se sépare de Duhoux-Desages,

(1) CE plus bas, p, 81,

76 LES DERNIERS CORSAIRES AUre «

qui devait commander la Blonde, et de Mathieu Dumont, (le meilleur costier » de Dunkerque. Le détachement d’infanterie, et surtout son chef, lui valent les pires mécomptes. Ce sont mille cimq cents hommes que commande le brigadier d'infanterie de Flobert ; Clamouse et Cavenac commandent en second et en troisième, avec le marquis de Bragelongne pour major-

général. Ces officiers nobles méprisent le roturier «

Thurot, et jalousent la faveur dont 1l jouit à la Cour.

Par mauvaise volonté, par incapacité, ils assureront « l'échec de l’entreprise. Le brigadier de Flobert est

le premier coupable.

Ce militaire compte trente-trois ans de services. Il attribue le tremblement de son écriture à « une pluye de pierres » qui estropia ses mains au siège de

Syracuse en 1735. La forme des caractères qu'il trace

est aussi voulue que son style alambiqué de plat

courtisan : € La poste va partir, et Je n’ai que le tems”

de vous assurer que je n’aspire qu'au bonheur de jus-

üfier et mériter les continuelles bontés dont vous me comblés, par les preuves les plus auténtiques du plus profond respect et de la plus tendre et plus vive re-

connoissance avec laquelle Je suis et serai toute ma

vie, Monseigneur, votre plus humble et plus obéissant serviteur .» Et plus loin : « Je vous prie dé me faire

la justice d’être persuadé que je reçois vos préceptes

et vos ordres avec tout le respect et toute la vénération que J’aurois pour mon propre père, et telle ques je la sens véritablement dans le fond de mon cœur.

pour mon protecteur, mon bienfaiteur, et bien plus

encore, Monseigneur, pour votre propre personne. » En pareil cas, l'instinct du peuple dit : « Trop polir

pour être honnête ».

FRANÇOIS THUROT Ya"

Premier embarras : il veut embarquer mille six cent quatre-vingts hommes au lieu de mille cinq cents prévus. Thurot n’y peut suflire, sans l’adjonction d’un nouveau bâtiment, qui coûterait 30.000 livres de plus desquelles 1l rat munir Le Couteulx. Le mauvais air de Bergues tranche la difficulté : la maladie multplie les indisponibles. Flobert demande l’envoi de son monde à Cassel, mais l’imminence de l’embarquement provoque le refus du ministre (1).

. Thurot et Flobert se communiquent leurs instructions par écrit (15 août). Elles ne disent rien du but de l’expédition. Curieux d’en savoir davantage, Flobert souligne la conformité des textes, pour le cas où Von aurait à lui donner « quelque nouvelle connoissance ultérieure dans ce moment ou dans un autre temps ». Il ne reçoit aucune «€ connoissance nouvelle », Se vexe, et se plant « du silence et de la réserve du Sieur Thurot » sur des projets dont 1l partage l’exé- Cution, « s1 tant est, ajoute-t-il, que cette expédition doive bientôt avoir lieu ». Comment lui confier un secret ? Il annonce l’envoi de documents dans une lettre, ét oublie de les inclure ; il écrit en rade, et date sa correspondance, de Bergues ; il oublie même de la signer. |

Le 3 septembre, il embarque mille trois cent soixante

…. (1) Le corps expéditionnaire est composé de grenadicrs des Gardes Françaises, de soldats des régiments d'Artois et de Bourgogne, et de piquets des régiments étrangers. Répartition prévue : Maréchal-de-Belle-Isle. 482 hommes, 2 canons Flobert, comt en chef. Cavenac, comt en 2°.

Bragelongne, major général

ne. 400 — 1 — Clamouse, comt en 2°.

2 ERNENIENONS 262 — 1 — DuSoulier, comt,offic, maj, Terpsichore.......... 230 — 1 — Russilly, comt. Amaranthe.......... 164 — 1 — Stoult, comt,

hommes, dont un millier sous les armes (1). On lui propose des remplaçants : enfants de quinze à dix-” sept ans qu'il vaut mieux laisser à la terre, en seconten-« tant de mille deux cents soldats aguerris. :

Sitôt embarqué, ses plaintes redoublent : parce qu'on le réduit à un seul domestique ; parce que l’eau est puante, le vin sur, la bière aigre ; parce que si, à lan vérité, la nourriture est abondante, la chère manque de délicatesse. Et voici le comble de l’incommodité :« « Je vous avoue, Monseigneur, que je suis un peu scandalisé de voir soir et matin le sieur Thurot des cendre seul à table en bonnet sale et en robe de“ chambre, au milieu d’un nombre d'officiers habillés « avec qui Je ne le croiois pas fait pour figurer en pareil équipage. » Flobert va et vient ; «il est inquiet de tout et ne s’occupe de rien, ne finit rien ». Thurot distribue .trois fois par jour du vin et une fois de la bière, et as sure que l’eau n’est pas malsaine ; 1l fait dresser par les syndic des bellandriers un certificat constatant qu’on l’a prise, cette fois comme en tous temps lors de las dernière guerre et des guerres du grand roi, dans le“ canal de Bourbourg, où les vaisseaux et galères du roi, et tous les navires en armement, se sont toujours approvisionnés. Mais Flobert a une idée fixe : se pro curer de l’eau de source. Il finit par en faire venir de Saint-Omer, et obtient de la Marine une soixantaine de barriques neuves. Nouvelles plaintes longuement diluées dans des lettres au ministre : on a versé une. partie de son eau de source dans de vieilles barriques

Autre idée fixe : dresser des états. Avec force expli”.

(1) Chaque homme reçoit au moment de l’embarquement une redin= gote de drap bleu, une chemise de mer bleue, une paire de gros bas de

laine et une paire de souliers. Les hommes couchent deux dans un hamac, |

avec une couverture par hamac.

cations, 1l envoie au maréchal de Belle-[sle les modèles qu'il a établis. Pour les remphr, 1l lui faut se transporter en rade de navire à navire : le commandant de l’escadre craint cette facilité donnée aux désertions, et refuse un canot pour ce service.

Le ministre « voit avec une sorte de peine par leurs lettres respectives qu’il commence à se mettre de la rixe entre eux ». Chevert les convoque, les raisonne en tête-à-tête, puis tous deux ensemble. Il constate que l’eau et les vivres sont bons. Il obtient pour: Flobert un canot qui ne quittera pas la rade, et l’assurance d'être averti chaque fois que le grand canot du commandant 1ra à terre. « Ils m'ont donné réciproquement leur parole d'honneur de manger ensemble à bord avec tous les officiers du Belle-Isle, en bottes, redingote, et bonnets de campagne, ce qui est d’usage à la mer ; de ne s’expliquer jamais l’un vis-à-vis de l’autre que teste à teste, et de se donner des marques d’estime extérieure pour obtenir celle de leurs troupes .»

Flobert se plaint alors pour le compte de ses ofliciers. € L’incommodité qu'ils souffrent est inexprimable ; seize officiers dont douze des gardes pêle-mêle avec treize hommes de mer, canonniers, etc, au nombre de vingt-neuf couchés dans un espace moins

-orand que votre cabinet » Thurot le reconnaît

« Nous sommes assés pressés », et l’explique : « parce qu'il y a beaucoup de domestiques et de gens inutiles

à la chose». Et cependant, à cette heure, le déta-

chement est réduit à mille cent hommes.

Harassé de ces piqûres d’épingle, harcelé par les difficultés financières, inquiet des attaques sournoises près de ses protecteurs à la Cour, et des mesures énergiques prises contre lui par l'ennemi, Thurot cède à

un mouvement de lassitude : « Tout cela est bien dé- «

courageant quand on se sacrifie comme je le fais », ditil. Le mot n’est pas trop fort : l'avenir en prouvera l'exactitude. Le maréchal de Belle-Isle lui rend courage : € J'ai bien reçu la lettre dont il a plu à Votre Cteer de m'honorer, qui rétablit bien mon et mes forces, car j’avois besoin de cela, rééllement

Et 1l ajoute en parlant de Flobert : « Votre Crudon connoitra peut-être un peu trop tard le génie de ce Monsieur là ; pour moi, tel qu'il soit, il est de votre main, Monseigneur, et j'aurai toujours des égards pour lui malgré les impertinences qu'il m'a dites. Le service du Roy ne doit pas souffrir de l’antipathie des caractères, notre affaire n’en ira pas moins

bien- ». Chesae cependant, le voit « excédé de toutes les tracasseries et chicanes qu’il essuie journellement à son bord ». Il l’exhorte « à faire jus-

qu'à l’impossible pour ee la paix et l’union ».

Une dernière et cruelle disorâce lui: est réservée avant le départ.

Son instruction secrète lui prescrivait une attaque contre Bristol ou contre Newcastle, objet principal. dont il ne doit pas se laisser détresse par des combats sur mer. 51 l’une ou l’autre de ces attaques apparaît impossible, il s’en prendra au port d'Angleterre ou

d'Irlande qu'il jugera le plus à propos, sauf interdic- #

tion formelle de tout acte d’hostilité contre l'Écosse, Quel que soit le port attaqué, il V brûlera tous les navires et tous les magasins de la Marine, «ainsi que les Anglois en ont usé l’année dernière à Saint-Malo ».

1 a conçu le projet hardi de détruire les mines de charbon de Newcastle. Coup terrible, qui aurait en Angleterre une énorme répercussion.

Le 29 septembre, il tient la preuve que son projet est vendu à l’ennemi !

«Les Anglois ont toujours continué au même nombre jusqu’à aujourd’hui qu'ils viennent de nous quitter en partie, c’est-à-dire qu’il y a huit navires de moins

sur mon chemin, de façon que s’il faisoit la moindre

haleime de vent favorable je risquerois le paquet, quoique ce ne soit pas prudent ; mais les vents sont de lEst-Sud-Est, tout à fait contraires ; ainsi si les Anglois ne paroissent pas en plus grand nombre et qu'ils ne changent point leurs dispositions, au premier vent de Sud jusqu’au Ouest je pars. Mais une chose qui surprendra Votre Grandeur et qui ne m’a jamais surpris, c’est que notre projet est vendu si distinctement que je vais vous en citer les époques : je viens de recevoir une lettre d’'Harcourt (1) qui me marque que l’on m'attend sur la côte de Neufcastel, et que la disposition des navires est sur cette côte depuis Herwich jusqu’au bout de la terre d'Écosse : ils ont avis que je dois aller détruire les mines des environs de Neufcastel, et en conséquence peuvent se répondre par des signaux d’une minute à l’autre : 1l y a précisément dans Neufcastel un bataillon de troupes réglées et une milice nombreuse formée des ouvriers aux mines, et on m'y attend journellement et point à aucun autre endroit de l’Angleterre. J’ai reçu le même avis par la voie des smogleurs de Boulogne, et par un danois que J'ay fait visiter depuis plusieurs Jours, qui a vu les navires sur cette côte ; qu’ainsi le projet est vendu, et que J'oserois mettre ma main au feu que je sçais le coquin qui l’a vendu car personne autre

(1) Un de ses amis d'Angleterre qui avait passé en Hollande, puis en France, et était retourné en Angleterre.

n’en a élé instruit que le Comité : or tous ceux qui, composent le Comité sont incapables de pareille trahison. Voicy comment cela a été trafiqué. Monseigneur. Berryer a confié le soin de faire mon expédition au bureau de M. Pellerin, et ce ministre a donné par écrit sur un morceau de papier que Jj’ay vu, le nom des endroits où je devois aller, et ce que je devois y faire : 1l a encore à l’heure que je parle ce papier dans « un des tiroirs de son bureau, de façon que personne « au monde ne peut avoir vendu ce projet que ce Pellerm-là, qui n’a fait sa fortune que par cette voye-là, ce qui dans le public en est soupçonné depuis longtemps. J’ose vous assurer que Jamais expédition relative à la Marme ne réussira en France tant que cet « homme y restera, faites-y bien attention, Monsei- M gneur, souvenez-vous que je vous l’ay dit, et que « personne n’est plus en état, et ne sçait mieux masquer son jeu que luy. Quel bonheur pour moy d’avoir tardé jusqu’à cet instant! Comme Votre Grandeur voit, Jj'aurois donné dans le pot au noir. Il en sera sûrement de même de Bristol ; vous avez des gens en Angleterre et 1l vous sera aisé de juger par vous-même si la France est trahie; aucun autre motif que le bien de la patrie ne me force à vous faire part de ces observations. La suite vous le prouvera. Les Anglois qui viennent de dérader d’icy et qui melaissent par ce moyen le passage hbre, s’imaginent que je vais donner dans le panneau, au moins sur la côte d Écosse ; au moins tout me le confirme.

Je me gouvernerai en conséquence de ce que je je viens d'apprendre, et faites qu'aucune autre personne que Monseigneur le Prince de Soubise et Monseigneur le Duc de Choiseul en ait connaissance,

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« Je prie Votre Grandeur d’être persuadée que je brûle de profiter du premier moment favorable, )

» Après la signature, ce post-scriptum autographe « Monseigneur, tout ce que M. Berryer sçaura, Pellerim le sçaura, et tout périra, comptez (ic)y. C’est le plus grand traître de la nation, c’est luy qui a vendu la Marine de tous les temps. Pour ce que vous voudrez qui réussisse, prenez bien vos mesures ou bien donnez de faux projets. Je compte partir chaque jour ».

Il ne suffit pas de partir : il faut réussir. Thurot diffère l’appareillage. Les vents demeurent défavorables ; les Anglais gardent leurs positions. « Pourvu que cela ne tourne point à blâme à la Cour! écrit-il encore (15 octobre). Je me recommande à votre protecuon, à Dieu, et à la fortune ; j’ay fait tout pour le mieux. »

‘Enfin un coup de vent balaie les vaisseaux anglais devant lui (14 octobre). Les sachant proches, il attend jusqu’au lendemain. Sans ressources pour payer ses

“vivres, craignant de lasser la patience du maréchal de Belle-fsle, sachant que Choiseul s’impatiente, blämé par Du Barail et par Bégon pour n’avoir pas “profité du premier vent, il se décide : le 15, entre cinq heures et cinq heures et demie, il donne le signal

4 se

“ Cequila prévu se vérifie : le lendemain, mouillé dans les banes entre Nieuport et Ostende, il y voit pos- - tées deux frégates anglaises. L’une LA de voiles

“pour prévenir le commodore Boys, l’autre reste à le “surveiller avec un cotre.

La nouvelle de son départ se répand en Anpgleterrre comme une traînée de poudre. Rodney l’a laissé passer ; Q1l ne lui laisse qu’un pied de nez, quoique restant

camus de sa maladresse. Ils ont beau courir après, le renard a de meilleures jambes que le bœuf, comme il se voit, car ce M. Thurot a, dit-on, toute la malice de cet animal. » Tels sont les termes dans lesquels un négociant anglais l’annonce à un correspondante de Middelbourg. | :

À Liverpool, le maire ordonne les mêmes mesures de défense qu’en 1745 : 1l lève deux mille hommes, réunit des armes pour quatre mille, et forme un es cadron de cinq cents chevau-légers avec les gentils hommes de la ville. De Londres, on a envoyé des ordres pour qu'il soit redoublé de vigilance sur toutes les côtes. Le Parlement vote d’urgence les fonds néces« saires pour en assurer la défense, et la délivrance d'un grand nombre de lettres de marque à des cor-« saires qui gêneront la marche des escadres françaises. Le commodore Boys se lance à la poursuite de Thurot : il ne le rejoindra pas, et se contentera de protéger les côtes d'Écosse. Le commodore Percy Brett, détaché avec l’escadre des Dunes à la hauteur de Yarmouth,* prolonge au Sud la garde montée par Boys (1).

Dès le premier jour, Thurot a constaté que le Bégon« et l’Amaranthe « ne marchent pas du tout ». Avec ses équipages réduits par la nécessité de loger less troupes, 1l a pris les meilleures mesures pour faciliter

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